Fraternité Matin (Abidjan)
Michele Pépé
25 Octobre 2003
Abidjan — Vendredi 24 octobre, 9h15. Monument aux martyrs (ancien Wa-shington). On démonte les bâches, on débranche la sono et on remballe les chaises. Sous le regard indifférent des forces de l'ordre et celui satisfait d'un groupe de jeunes, tranquillement assis sur les chaises plastics qui n'ont pas encore été enlevées.
Les services du protocole et quelques membres de l'administration de l'Assemblée, visiblement perturbés, s'affairent dans tous les sens. Pas un seul député dans les parages. Ni aucune autre personnalité. La "cérémonie de dépôt de gerbes de fleurs en mémoire des martyrs de la démocratie, tombés le 24 octobre 2000", que projetait d'organiser, en ces lieux, l'Assemblée nationale, n'a pas eu lieu. Par la volonté d'une dizaine de "rescapés" de ces événements.
En colère, ces jeunes - dont la plupart portent encore, et certainement à vie, les stigmates des affrontements sanglants qui ont eu lieu les 24,25 et 26 octobre 2000 - ont à leur tête Honoré Brou. Il explique: "Nous avons fait annuler la cérémonie parce que nous ne sommes pas contents". De qui? Des autorités politiques, en général. "Nous avons monté un projet d'organisation de la 3ème fête commémorative des événements des 24, 25, 26 octobre 2000. Nous avons invité les présidents des Institutions, tout le monde, personne n'a réagi", fulmine Honoré Brou. Ses amis ne sont pas en reste. Le récit de leur mésaventure suscite en eux une montée d'adrénaline. Et chacun y va de son commentaire.
Ces jeunes se disent choqués que malgré leur initiative et leurs démarches, "la Nation organise une cérémonie commémorative de ces événements, et qu'ils n'ont été ni invités, ni associés". Et de s'interroger: "Comment peut-on organiser une telle cérémonie sans les principaux concernés, les rescapés? Nous ne sommes pas tous morts quand même!" La goutte d'eau ? "Et puis, on apprend que le président de l'Assemblée nationale, du Conseil économique et social, etc., à qui on avait envoyé des courriers, seront tous là, à cette cérémonie. En plus, le protocole veut nous mettre derrière. Nous estimons que c'est une faute trop grave". Et l'un de ces jeunes rescapés de soupirer : "Ils sont méchants, les politiciens". Sur ces faits, "quelqu'un qui travaille à l'Assemblée nationale" -et qui refuse obstinément de s'identifier - intervient: "Je voudrais faire un rectificatif. Ce n'est pas la Nation qui organise cette cérémonie, c'est l'Assemblée nationale". Une précision qui énerve quelque peu ces jeunes: "Mais les députés sont les représentants du peuple!" rétorque l'un d'eux. Honoré Brou tente de calmer le jeu: "Il a raison de faire cette précision".
Mais, qui sont ces jeunes et que veulent-ils? Leur président explique qu'il s'agit de l'association des martyrs des événements de la 2ème République (AMERCI). Cette association regroupe 1204 victimes dont 234 blessés graves parmi lesquels "32 gros handicaps"; dont les dossiers n'ont pas été "traités de manière spécifique par le ministère de tutelle". Honoré Brou explique qu'ils ont été lésés par le système d'indemnisation mis en place par le ministère des Affaires sociales. "La prise en charge des victimes n'est ni rationnelle, ni effective". Pour plaider leur cas, ils ont tenté de rencontrer le Chef de l'Etat. "Mais depuis 3 ans, on nous tourne en rond", se lamentent ces jeunes rescapés.
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