Fraternité Matin (Abidjan)
Jean-Baptiste Akrou
25 Octobre 2003
Abidjan — Vingt cinq journalistes de la presse écrite, de radios et télévisions étrangères basées à Abidjan ont été reçus hier de 17 h à 18 h 15 par le Président Laurent Gbagbo. Les journalistes sont essentiellement venus lui parler de leurs inquiétudes pour leur sécurité, suite à la mort tragique de Jean Hélène, assassiné mardi dernier.
En prenant la parole en leur nom, Jacques Lhuilery de l'AFP a tenu à marteler des convictions qu'il voulait faire partager. " Il n'y a aucun ennemi de la côte d'Ivoire parmi les journalistes français, marocains, nigérians, américains... exerçant dans ce pays. " Il a ensuite traduit la grande émotion ressentie par la communauté de la presse étrangère à la suite de la mort de Jean Hélène. Avant de lancer un vibrant appel au cessez-le-feu. " Que la guerre médiatique cesse pour qu'on puisse de manière sereine aller vers des jours moins tendus mais pacifiés. Qu'on mette balle à terre ! Nous sommes les hôtes de la Côte d'Ivoire et voulons travailler en bonne intelligence avec les uns et les autres... ".
En réponse, le Président Laurent Gbagbo a saisi au vol l'expression " balle à terre ". Il a demandé que tout le monde mette balle à terre. Et de rappeler à ses hôtes que jeudi, il a regardé les titres, écouté les séances d'information de la presse française. " Ça n'avait rien à envier aux titres des journaux d'ici. J'ai été choqué mais je n'ai pas l'habitude de me plaindre car en politique, il faut savoir prendre les coups... Quand le Premier ministre, puis l'ambassadeur de France et le ministre de la Sécurité, m'ont donné la nouvelle, je me suis dit que ça ne pouvait pas tomber au plus mauvais moment. J'ai dit que celui qui a fait cela ne m'aimait pas. A un moment où je commençais à maîtriser certains repères, c'était déplorable ". Il a ensuite confié à ses hôtes que jusque-là, il n'était pas satisfait des explications fournies par le tueur de Jean Hélène car il ne voit pas encore d'éléments rationnels. Il persiste et signe. Jusque-là, cette guerre n'avait pas encore vu la mort d'un occidental. Celui qui l'a fait me déteste personnellement. C'est pourquoi hier soir, j'ai appelé mes avocats pour se constituer partie morale au nom de l'Etat de Côte d'Ivoire. Il s'agit du bâtonnier et d'un autre avocat. "
Après avoir présenté ses condoléances aux journalistes, il est revenu sur l'impérieuse nécessité pour tous de mettre balle à terre. " Toute la presse est devenue folle avec cette affaire... Lorsque la guerre a commencé, alors que j'étais à Rome, j'ai été ahuri de lire dans Libération que c'était un conflit au sommet de l'Etat, une guerre de leadership... Quand en pleine guerre, Stéphen Smith barre la Une du journal Le Monde avec un titre " Les escadrons de la mort de Gbagbo " j'ai porté plainte. Si Jean Hélène n'avait pas été tué en plein Plateau, non loin des locaux de la police et qu'on n'avait pas retrouvé son tueur, on aurait encore parlé des escadrons de la mort. Il y a lieu de mettre vraiment balle à terre. "
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