La Presse (Tunis)

Tunisie: Arts Plastiques - rencontre d'arts contemporains de la Médina de Tunis - Octobre-décembre 2003 : artistes des deux rives

Alya

25 Octobre 2003


Ce fut une fête comme on en voit rarement sur la petite place devant le Palais Kheireddine. Dans la ruelle, dans les jardins, devant le club Tahar-Haddad, une foule curieuse et animée arpentait les pavés, n'en finissant pas de s'étonner.

L'art contemporain dans les lieux chargés d'histoire avait pour premier effet de surprendre - mais n'est-ce pas là un de ses buts premiers ? - de «choquer» - au sens positif du terme -, de provoquer un questionnement - il était, cette fois-ci fédérateur.

Et, de façon imprévisible, de séduire. Car jeunes ou vieux - et il y avait beaucoup de jeunes ce soir-là - classiques ou modernes, tous étaient séduits par la démarche, le concept, sinon entièrement convaincus par les oeuvres.

Cela se sentait à leur façon de revenir sur leurs pas, à chercher le dialogue, à s'attarder dans le jardin, à tendre l'oreille pour écouter les commentaires, et a y participer spontanément.

C'était donc au Palais Kheireddine et au club Tahar-Haddad qu'un aréopage d'artistes plasticiens de Tunisie et de France avaient été conviés à venir exposer leurs oeuvres. Cela après une longue immersion dans la Médina, faite de visites successives ou de séjours prolongés. Et le choix d'un thème : «L'intime et l'étranger».

Pour accueillir ces expériences diverses, ces regards complexes sensibles, variés dans ces deux lieux différents, on avait invité Mémia Taktak et Olivier Hart à concevoir une scénographie qui harmoniserait et unifierait l'exposition.

Et il faut reconnaître que le premier coup de génie était là : dans l'habillage uniforme des deux lieux, un voile perforé qui atténue sans occulter, donnait un esprit résolument moderne à l'espace. Tout en conservant en ombre et en transparence la mémoire des pierres et du temps passé.

C'était superbe, et cela illustrait remarquablement le concept de la rencontre : la modernité au sein d'un lieu «chargé».

L'exposition, quant à elle, commençait gaiement, avec les bannières et les étendards de Raouf Karray qui claquaient de couleurs sur les façades du Palais Kheireddine : c'était joyeux, tonique, ludique et insolent.

En contrepoint, l'étonnant travail de Robbelin, sur le papier et la cendre, matériaux pauvres, harmonie austère de camaïeux de gris, semblait d'un ascétisme purificateur.

Colorés et ludiques également, le joyeux troupeau de sakhan de Abderrazek Sahly qui investissait l'espace d'un moutonnement insolite.

Sombre et mystérieux, l'univers de Tony Soulié le mérite. Il faut aller le chercher derrière un rideau : là, dans un foisonnement de braises irradiant un lit de charbon, l'image de la Médina se reflète dans ce noir mat qui l'absorbe et la restitue.

Beaucoup de rouge et de blanc après tout ce noir : celui de la performance de Fatma Charfi qui jette sa graine de paix dans le monde, et espère l'ensemencer.

Meryem Jegham, quant à elle, joue sur les images. Et rend d'abord hommage au passé du club Tahar-Haddad, du temps où il était une écurie : balles de foin accumulées vibrent des meuglements et des bêlements du bétail dont les murs ont gardé les échos. Et qu'elle, qui rend hommage à l'image, nous restitue dans un clin d'oeil.

La fête a continué, tard dans la soirée, dans ces jardins où les traits de Varini striaient l'espace et unifiaient les murs et les façades interrompues.

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Et où Skall, l'imprévisible voyageur impénitent aux confins des cultures et des civilisations, redemeurait et rehabitait le mythe du Boussaâdia et de sa danse rituelle.

Les rencontres d'art contemporain ont bel et bien eu lieu.

Du club Tahar-Haddad au Palais Kheireddine, à travers les différences, les divergences et les diversités, la grâce a joué. Il s'est incontestablement passé quelque chose.

Alors courez-y : l'exposition durera jusqu'au 15 décembre prochain. Elle ouvrira le matin, mais aussi de nuit durant la période de Ramadan.

Et tous ceux qui étaient là le jour du vernissage, qui ont senti un temps Tunis vibrer au rythme de la modernité, ont exprimé le même souhait : que cela recommence.

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