L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Sabine Bourdet : Miss Dynamique

Marie-Annick SavripÈne

25 Octobre 2003


Port Louis — Miss Dynamique

La Miss Mauritius 2003 projette l'image d'une beauté froide et hautaine qui ne cadre pas avec la réalité. En fait, elle est modeste et elle apprécie le contact humain.

Sabine Bourdet, 25 ans, a une parfaite maîtrise du maquillage naturel. Et si ses yeux ne sont pas fardés, le soupçon de rouge mat, qui colore ses lèvres, rehausse son teint d'albâtre et ses iris qui sont d'un brun chaud. Techniques sans doute acquises au cours de son travail en tant que danseuse au sein d'une équipe d'animation de même qu'au cours de sa représentation pour des produits de beauté peu connus.

Elle a enlevé le titre Miss Sourire 2000 mais il faut savoir qu'elle a participé à ce concours dans un but précis : tenter sa chance afin d'être plus à même de défendre la cause des enfants séropositifs. Elle s'est présentée au concours Miss Mauritius 2003 sur « un coup de tête ». Elle n'arrive toujours pas à réaliser qu'elle a été couronnée. «J'ai encore du mal à le croire. C'est vrai que je savais que je partais avec un avantage, celui d'être à l'aise sur scène, et que je me suis donnée à fond du début à la fin, comme je le fais habituellement quand je m'engage dans quelque chose. Mais je m'attendais à obtenir un petit titre, genre Miss Sirène ou Miss Elégance, que j'ai obtenu d'ailleurs. Je ne pensais pas décrocher le titre lui-même. Je croyais que le jury allait choisir une fille qui a fait de grandes études ou qui occupe un super emploi administratif. Physiquement, j'estimais que Medzy avait un avantage. Globalement, je pensais à Nancy ou Trishvani pour le titre. Cela dit, je suis ravie d'avoir été élue.»

En mai prochain, Sabine représentera Maurice au concours Miss Universe aux côtés des plus belles femmes du monde qui sont généralement de très grande taille. Sa petite taille - elle fait un mètre 56 - ne la dérange pas outre mesure. Elle est consciente de cette limitation car elle esquisse un petit sourire quand on l'interroge sur ce point. Mais elle se reprend en disant avec tout le sérieux du monde : « La taille n'a pas d'importance. C'est la personnalité qui compte. De toutes les façons, comparée à l'Européenne, la Mauricienne est petite.»

L'ART DE S'ADAPTER

En attendant d'aller défendre les couleurs du quadricolore mauricien à l'étranger, elle continue à mener sa vie d'avant le concours et dans laquelle la danse occupe une place prépondérante. Son amour pour cet art s'est développé sur le tard, même si sa mère Florise le pratiquait quand elle était très jeune. Elle a même participé à un spectacle de danse au théâtre du Plaza.

Sabine n'a pas fait de grandes études et ne s'en cache point. Ayant démarré son cycle primaire dans une école française à la Réunion où ses parents avaient obtenu un contrat de travail, elle est obligée de s'adapter au système éducatif mauricien à leur retour au pays. Par contre, ses soeurs aînées, Stéphanie et Séverine, trop avancées dans leurs études secondaires pour changer de système éducatif, fréquentent le Lycée Labourdonnais. Mais c'est sans compter la faculté d'adaptation de Sabine. Elle réussit non seulement son cycle primaire, mais complète son cycle secondaire jusqu'en Form V au collège Notre-Dame à Curepipe.

Sportive, elle pratique plusieurs disciplines de l'athlétisme et s'entraîne presque tous les jours au stade de Rose-Hill. Elle voudrait apprendre une langue étrangère, mais n'étant pas très dégourdie à l'époque, elle ignore où s'orienter. Ne souhaitant plus que ses parents continuent à dépenser plus longtemps sur son éducation, Sabine décide de trouver du travail. Pendant trois mois, elle agit comme réceptionniste dans une usine et découvre que le travail de bureau n'est pas fait pour elle.

Quand elle entend dire que l'hôtel Trou-aux-Biches recherche une monitrice de sport qui ferait partie de l'équipe d'animation en soirée, elle postule et elle est embauchée. Cet emploi marque aussi une forme de rupture avec sa vie familiale. Ses premières semaines à l'hôtel sont éprouvantes. « J'étais certes sportive, mais je n'avais jamais fait de la danse. Le premier jour, on m'a appris deux chorégraphies qu'il fallait que j'exécute le soir même. En une semaine, j'ai dû apprendre l'aquagym et le stretching pour ensuite enseigner ces disciplines aux clients. C'était dur. Et puis, c'était la première fois que je quittais ma famille et mon père était très strict. C'est normal car avec trois filles sous son toit et avec tout ce qui court dehors, il fallait l'être. Aujourd'hui, c'est la douceur même.»

Sabine finit par s'adapter au rythme de travail et aimer cette vie et les contacts avec les clients et les employés de l'hôtel, notamment Maïta et Eric Jugoo, chorégraphe et responsable de l'animation. Au bout de plusieurs mois, l'hôtel ferme ses portes pour une grande rénovation et les derniers arrivés doivent partir. Sabine se retrouve sur le pavé. Voulant continuer à évoluer dans une équipe d'animation d'hôtel, elle accepte une proposition de l'hôtel Berjaya au Morne. Pendant trois mois, elle s'efforce de vendre des parties de pêche au gros. Elle finit par intégrer l'équipe d'animation d'un autre hôtel sur la côte ouest. Là, elle déchante. Les rapports entre employés ne sont pas aussi cordiaux que ceux qu'elle a connus à l'hôtel Trou-aux-Biches. Sentant qu'elle stagne, elle abandonne l'hôtellerie.

Elle trouve en revanche une place dans une troupe de danse de Quatre-Bornes qui anime des soirées dans des hôtels. Au contact de Christian Rouget, un des danseurs du groupe et ancien élève du danseur et chorégraphe Patrick Athaw, elle apprend la technique des danses classique et moderne. « C'est là que j'ai commencé vraiment à devenir une danseuse », raconte Sabine.

Au bout d'un certain temps, Christian Rouget quitte le groupe pour constituer sa propre troupe de danse et d'animation dans les hôtels. Comme Sabine est douée et qu'elle a suffisamment de cran pour aller frapper à n'importe quelle porte pour négocier des contrats, il la débauche. Ensemble, ils constituent la Rouget School of Dance qui comprend une quinzaine de danseurs, d'acrobates et de percussionnistes. Comme ils n'ont pas de salle attitrée pour leurs répétitions, ils répètent deux fois par semaine dans un centre de jeunesse ou une salle de boxe. Et ne voulant pas mettre leurs oeufs dans le même panier, ils décident d'offrir leurs services à plusieurs hôtels.

La Rouget School of Dance se produit régulièrement dans plusieurs hôtels, notamment à l'hôtel Trou-aux-Biches, au Hilton, à La Plantation et au Maritim Hotel. Ils proposent un spectacle français comprenant notamment des valses et du french cancan. Leur spectacle intitulé Around The World est un pot-pourri des danses du monde. Ils animent aussi des spectacles africains et latino-brésiliens.

DANSE ET ADMINISTRATION

En sus d'être danseuse, Sabine s'occupe d'une partie de l'administration de la troupe. Elle négocie les contrats et se charge du paiement des salaires des membres. En parallèle, elle donne aussi des cours de danse hebdomadaires aux enfants de cinq à 11 ans et aux adultes dans un club de La Louise. Et le fait de ne pas posséder de diplôme ne la freine pas. «J'ai été honnête envers Nita, la directrice du club. Quand elle m'a demandé d'enseigner, je lui ai dit que je n'avais pas de diplôme. Elle m'a fait confiance en se basant sur mon expérience. La formation que je donne est essentiellement la technique de base. Christian Rouget enseigne les techniques plus avancées. »

Comme elle veut absolument pouvoir s'acheter une « petite voiture », elle économise sou pour sou et fait des boulots en free-lance comme de la représentation pour des produits cosmétiques et de soins.

Sabine est heureuse de consacrer une aussi grande partie de son temps à la danse. « C'est ma vocation. C'est un moyen de m'extérioriser, de me débarrasser du stress que je peux porter en moi. La danse m'aide aussi à conserver ma ligne. Je mange tout ce que je veux et je reste mince. »

Grâce à la danse, Sabine a pu voyager et se produire à l'étranger pour le compte de la Mauritius Tourism Promotion Authority et Air Mauritius. Mais la jeune femme est tout de même lucide. Elle sait qu'il viendra un jour où les contrats se feront plus rares pour elle. «Une femme peut danser jusqu'à l'âge de 35 ans tout au plus alors que pour un homme, il peut le faire jusqu'à 40 ans. Après, il lui sera toujours facile de se recycler. Par contre, pour la femme, vu son âge, les créneaux seront limités. Si elle ne devient pas chorégraphe, elle devra diriger une troupe. »

Liens Pertinents

Pour ne pas se retrouver au pied du mur dans dix ans, elle a déjà pensé à sa reconversion. Tout en voulant continuer à s'occuper de l'administration de la Rouget School of Dance, elle cherche une remplaçante pour la danse. Ainsi, cela lui laissera le temps de compléter les cours d'italien qu'elle a commencés depuis un an et chercher un emploi dans le tourisme. « J'adore la danse mais j'ai sacrifié beaucoup de choses pour elle. Célébrer les fêtes en famille, les danseurs ne savent pas ce que c'est car ils sont toujours à l'hôtel ces soirs-là. C'est un métier très exigeant. J'aime danser mais je veux faire autre chose. J'aime le contact avec les gens. Donc, je veux être dans le secteur touristique. Cela peut être à l'aéroport, à l'accueil dans un hôtel ou ailleurs. Cela ne veut pas dire que j'abandonnerai la danse totalement. De temps à autre, je ferai un spectacle le soir, rien que pour ne pas perdre mes acquis.»

Mais l'objectif de Sabine, à moyen terme, est de faire parler de Maurice au concours Miss Universe. « Je ferai tout mon possible pour figurer parmi les dix finalistes. Je mettrai tous mes atouts en avant et s'il faut travailler très dur, je le ferai.» Tout le monde a le droit de rêver

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