Shyama Soondur
25 Octobre 2003
Port Louis — Ce soir, les maisons des Mauriciens de foi hindoue s'illumineront de mille et une lumières. On partagera des sucreries avec son entourage et on renouvellera les liens d'amitié. Autant de gestes qui exprimeront un essentiel besoin de partager le bonheur.
Il a nettoyé maison et jardin de fond en comble, quelques jours avant la fête. Depuis l'aube, ce matin, il prépare des pâtisseries de mille couleurs et de mille formes. Ce soir, il les offrira aux dieux en disant ses prières, puis il illuminera sa maison. Paré de vêtements neufs, il s'amusera des rires de ses enfants faisant éclater des feux d'artifice pendant que jouera la musique. Ensuite, il fera la tournée du voisinage et des amis, pour partager ses friandises...
Ce rituel immuable qu'observe l'hindou à chaque Divali, tout Mauricien, de quelque confession qu'il soit, le connaît. Ce qu'il sait moins, c'est que chacun de ces gestes a une signification profonde. A travers eux, comme à travers ceux qui marquent toute fête religieuse, l'hindou réalise un peu l'objectif ultime de toute vie : la félicité (moksha).
La félicité, le contentement intérieur, c'est l'une des trois qualités de dieu, selon l'hindouisme. Puisqu'il est fait à l'image de son dieu, l'humain a un sens inné du bonheur. « C'est pour cela que l'hindou se pare, chante et danse à l'occasion de célébrations religieuses. Nos dieux à l'image de Shiva et de Krishna dansent de ce plaisir divin », explique Rajendra Arun, président du Ramayana Centre et érudit en enseignements védiques.
Sensualité et spiritualité
Ce bonheur, l'hindou le trouve dans un juste équilibre entre la sensualité et la spiritualité. Le plaisir des sens, ce sont donc ces réjouissances, ces cadeaux que l'on se partage, ces douceurs avec lesquelles on régale les amis, ces bijoux que l'on porte au grand bonheur des commerçants qui exploitent ces occasions de partage à fond. La spiritualité, elle, c'est par le grand nettoyage puis l'illumination des cours et des maisons qu'elle s'illustre.
Ce grand nettoyage de la maison et des alentours symbolise un grand nettoyage intérieur. L'hindou est en fait tenu de se laver de sentiments négatifs - colère, arrogance, hypocrisie - à l'égard de son prochain. Pour y parvenir, il observe le jeûne et dit des prières. C'est de même pour illuminer son intérieur qu'il illumine sa maison, sa cour, sa rue de multitude de petites diyas. Ces lampes, flammes éphémères, symbolisent la lumière divine, éternelle.
Par le geste d'allumer une lampe à l'occasion du Divali, l'hindou invoque en effet la grâce divine pour qu'elle le guide loin de l'ignorance, vers la vérité, hors de l'obscurité (le mal) vers la lumière (le bien) et loin de la mort vers le nirvana, le moksha, le bonheur suprême. « Bien sûr, la mort ne peut être vaincue dans le sens littéral du terme. Car tout ce qui prend vie doit mourir. Ce cycle est immuable. Mais on peut vaincre la peur de la mort et par- là, s'élever vers des sommets qui rendent immortel,» explique encore Rajendra Arun.
Ainsi, célébrer le Divali ne se résume pas à allumer des lampes. Eclairer maison, cour et ruelle n'est rien si l'on n'arrive pas à illuminer son corps et son âme afin d'en faire à son tour une lampe pour éclairer la vie des autres. «Be a lamp thyself,» avait dit Buddha alors qu'il se mourait, à Ananda, son plus fervent disciple, qui s'était écrié : «Voilà que s'éteint la lampe de ma vie !».
Voilà de belles paroles à méditer en ce jour de fête auquel le Mauricien de foi hindoue consacre beaucoup d'efforts et un certain budget. Chacun pourrait être une lampe s'il parvenait à éclairer l'existence d'un nécessiteux, lui apporter un peu de bonheur. Car il n'y a pas de partage plus significatif que celui du bonheur.
Les légendes du Divali
La culture hindoue est d'abord orale. Depuis les temps anciens, les légendes épiques sont contées pour véhiculer l'essence même de cette philosophie. Il en existe autant qu'il y a de divinités dans le panthéon hindou. Toutes les légendes associées à la célébration du Divali évoquent la victoire du bien sur le mal.
La plus populaire découle du Ramayana, conte épique consacré à Rama qui a incarné l'homme idéal en tant que fils, frère, ami, époux et père. Les habitants de son royaume célébrèrent le Divali la nuit de son retour au palais après des années d'exil. Durant cet exil, Rama avait vaincu Ravana, le mal.
Le Divali, c'est aussi la légende du démon Narakaasura qui avait enlevé les habitants de Vrindavan, tous des fidèles de Krishna. Ce dernier le tua et libéra ceux qui lui étaient chers. Le Divali est la célébration de cette victoire.
Il y a aussi la légende de Bali, un roi trop arrogant. Vishnu lui apparut sous la forme d'un ascète nain et lui mendia trois pieds de terre. Le roi accorda au nain ce qu'il demandait et perdit son emprise sur la terre, les cieux et sur sa propre vie.
Le Divali est aussi la commémoration de l'union de Vishnu, figure de la trinité hindoue, avec son pendant féminin, Maha Lakshmi. Cette dernière est aussi la déesse de la prospérité et de la richesse spirituelle. Le Divali est l'occasion d'invoquer les grâces de Maha Lakshmi.
En outre, le Divali marque le début d'une nouvelle année pour les hindous. C'est l'occasion d'un nouveau départ - spirituel, familial, social et économique. C'est le moment de faire ses comptes, d'évaluer ses dettes, au sens figuré comme au sens propre. C'est un temps en somme pour se remettre en question.
Rendez-vous à Curepipe
La diversité culturelle du pays est un outil de marketing touristique. Depuis trois ans maintenant, le ministère du Tourisme met en avant le côté spectaculaire du Divali pour en faire une attraction et organise à cette occasion une fête culturelle avec la participation des hôteliers. La première édition a eu lieu à Grand-Baie et, cette année, le ministère invite les gens dans la cour de la municipalité de Curepipe.
L'animation culturelle est assurée par une dizaine de groupes mauriciens, dont Michel Legris et sa troupe de séga typique, le groupe Takah et sa musique fusion, et les groupes Maratha, Surbhi, Payal, Mira Tapessar, Tamil Dance, Stellio et Andrea. Les organisateurs promettent ainsi un spectacle multiculturel dans la pure tradition mauricienne.
Des dispositions ont été prises avec les compagnies d'autobus pour garder la ville lumière accessible au-delà des heures de desserte normales. Le groupe ISKCON proposera des plats purement végétariens sur place.
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