Saliha Aouès
27 Octobre 2003
Ramadhan, sans foi ni loi !
Rien à faire ! Les habitudes, surtout les mauvaises, collent comme des mouches d'automne et font la pluie et le beau temps, chaque fois que des événements cycliques reviennent titiller la société dans son quotidien. Et pour le mois de ramadhan, on ne déroge pas à des phénomènes qui ne surprennent plus personne mais qui prennent en otage le citoyen
Et alors que ce dernier pense être suffisamment prémuni contre les mauvaises surprises et prêt à affronter les différentes situations qui se présentent à lui, il se retrouve inévitablement pris en otage, impuissant, livré à ses nerfs, à ses angoisses, à son budget.Et on aura beau déblatérer chaque année les mêmes appréhensions, inquiétudes et angoisses, crier à l'arnaque, dénoncer les spéculateurs, écrire et témoigner, faire appel aux journaux qui prennent le relais des consommateurs, avant et pendant ce mois censé être de solidarité, d'entraide et de piété, il n'y a aucun changement. Enfin, si ! dans le mauvais sens.
Le feu au marché
Pour enfoncer encore plus le clou, exercer ce même chantage annuel en pareille période, celui du couffin à remplir selon les prix dictés par le marché, qui ne répond à aucune logique, à aucune règle, au su et au vu de l'Etat qui semble fermer les yeux sur ces vols qualifiés mais jamais sanctionnés. Et alors qu'à grande échelle et au niveau de la plus grande hiérarchie le souci majeur des préparatifs concerne la solidarité de ramadhan, on oublie ou on omet, c'est selon, de prendre ce côté de la solidarité par les cornes en mettant un holà officiel aux pratiques spéculatives des maquignons et de ceux qui détiennent les rênes du marché. Alors que, tambour battant, on sensibilise le citoyen à ne pas consommer informel. Là où le consommateur justement trouve souvent son compte. Quand il a une famille de 10 membres à nourrir, allez le convaincre de s'alimenter là où il se fait désormais une obligation, sinon un sacrifice, de détourner le regard de toute cette richesse disponible mais hors de portée.Et ce n'est pas d'en haut qu'on viendra le contredire ou lui dicter là où il peut faire ses courses, alors que le mal a déjà gangrené l'esprit mercantile et mercantiliste qui sévit sans foi ni loi.Aujourd'hui, le marché a atteint son paroxysme. Depuis une dizaine de jours, le prix affiché ce jour n'est pas celui qui l'a été hier et demain est à craindre davantage à l'allure où vont les tarifs pratiqués par, dit-on, le marché libre. Et donc à chacun sa folie des grandeurs. On aura beau remplacer pour les boureks la viande hachée par des farces faites d'épinards, de pommes de terre, on ne s'en sort pas. Quant au poulet, pas touche ! 220 dinars le kg et le petit revient à 400, facilement. Comment donc prétendre le mettre dans la chorba à la place de la viande qui est montée en flèche, pour atteindre le prix de la honte : 700 dinars le kilogramme. Alterner avec du poisson ? Possible ! du surgelé alors et ce n'est pas souvent qu'on peut se le permettre. Le frais, allez plutôt voir ailleurs ! rechigne le vendeur qui exhibe toute une panoplie de crustacés alléchants et ruisselants de la bonne eau de la Méditerranée.
Reste le goût du congélo !
Ceux qui ont pris leurs précautions ont pu congeler les légumes. Même eux passent au congélo ! Poivrons, courgettes, tomates, piments le goût évidemment en moins. De toutes les manières, impossible d'y échapper quand ils sont cultivés sous serre. On rejoint les grandes sociétés de consommation occidentales à notre tour ! Mais que faire donc devant le navet cédé à 60 dinars, la carotte et la betterave à 50, la tomate autour des 60 tout comme la salade verte, la courgette à 100 dinars, le haricot vert qui frôle les 70, le citron à 80, le raisin à 120 dinars La table pour ceux qui savent s'abstenir, est partie pour être chargée du strict minimum. Les excès sont laissés à ceux qui mangent avec les yeux. Parce que là aussi, il y a à boire et à manger. La saignée ne fait pas peur aux gourmands, qui chargent leurs bras de divers produits, sans compter, sans faim Un encouragement qui sied on ne peut mieux à ces marchands qui se passent le mot pour ne pas être dépassés et régner en maîtres incontestés, sachant que la marchandise finira par être écoulée bon an mal an ! quitte à repartir avec le soir et ne pas céder d'un centime. On va jusqu'à refuser de servir le client qui tente de choisir son légume et son fruit. Ce n'est plus le roi mais le vendeur qui se comporte en véritable nabab !Hier, dans certains marchés comme celui de Hussein Dey, c'était la désolation. Impossible de supporter ne serait-ce que du regard les prix affichés sans pudeur.
On jeûne pour se goinfrer
A Bachdjarah, le rush a créé la bousculade, le marché étant pour les habitués le moins cher sur la place d'Alger. L'anarchie totale a frisé la bagarre. Chacun n'en fait qu'à sa tête, évoluant entre les étalages, se garant au beau milieu de la chaussée ou jusque sur le trottoir et grillant les sens interdits, obligeant les services de police à intervenir. La moindre petite épicerie est investie depuis une semaine. Les produits de première nécessité sont pris d'assaut. Les supérettes qui ont dégarni leurs étagères une quinzaine avant l'arrivée du ramadhan en affichant même des rabais sur des articles qui sont, en fait, en période de péremption -d'une pierre deux coups- reviennent en force pour affronter les ménages qui achètent tout, jusqu'au superflu. Les ménagères qui en connaissent un bout sur les traditions culinaires se contentent de cuisiner économique en attendant que passe la première semaine qui verra de plus en plus les prix revenir un peu à la normale. En attendant, la chorba est partie pour être épicée, plus que jamais
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