Par : Mbagnick NGOM et Aïssatou CISSOKHO(Stagiaire)
27 Octobre 2003
Ils n'ont pas eu la chance de grandir sous l'aile protectrice de la famille, pour avoir passé une bonne partie de leur existence à errer dans la rue. Dans ce centre d'accueil pour enfants en difficulté, naguère salle de cinéma, ils tentent de nouveaux départs dans la vie.
C'est au coeur de la Médina. Ses murs témoignent encore de ce qui fut l'une des premières salles de cinéma de Dakar. Ouverte du temps de la colonisation, le cinéma Empire est tombé dans une déchéance progressive depuis que le ronronnement des appareils de projection ont cessé de l'emplir. De dépotoir d'ordures, il est devenu garage de mécaniciens. Ce que ne laisse guère deviner le décor actuel. «Ce qui était un repaire pour les voyous a été transformé en tanière pour les petits délinquants, afin de leur permettre une réinsertion sociale», renseigne la directrice du cinéma, Mme Anta Mbow.
L'entreprise de «récupération» a commencé l'année dernière. «Pour commencer nous avions organisé un forum au mois de novembre 2002, avec une soixantaine de jeunes enfants de la rue. L'objectif était de savoir ce que les enfants attendaient de l'Empire, souligne Mme Mbow. Pour faire connaître l'endroit et surtout montrer aux riverains le nouveau visage du cinéma, les promoteurs avaient même participé à la dernière édition de la Biennale des arts de Dakar dans son programme Off. Ce qui leur avait permis d'accueillir des oeuvres d'art, des peintres et autres designers comme Bandia Camara, Moussa Sakho, Baye Khaly Sène, etc. En se transformant en temple de l'art, Empire réussissait à attirer sur elle un nouveau regard. L'opération de séduction achevée, le cinéma qui se veut un centre d'accueil pour les enfants en difficulté a été officiellement ouvert le 17 mars 2003. La cérémonie avait permis aux créateurs en herbe de la Médina, notamment les jeunes rappeurs du Black Coxaan, mais aussi aux artistes confirmés et autres hommes de culture (le musicien Seydina Wade, les conteurs Massamba Guèye et Babacar Ndack Mbaye) de communier avec le public. Aujourd'hui, en plus du Black Coxaan dont les membres axent leurs compositions musicales sur les déboires de la vie des faxman, le cinéma offre aux jeunes la possibilité de s'exercer au dessin, à la peinture, à la danse capoeira, etc.
Des ateliers en activités théâtrales sont en projet avec notamment le comédien Lamine Ndiaye. Au plan sportif, les pensionnaires du cinéma Empire sont déjà initiés aux techniques du tennis de table, aux métiers du cirque et au handball. L'outil informatique aidant, les jeunes du cinéma devraient pour bientôt bénéficier des opportunités offertes par les nouvelles technologies de l'information et de la communication avec l'ambition nourrie par Mme Mbow et son équipe d'aménager une «salle des Ntic».
Dans ses nouveaux habits, le cinéma Empire se veut ainsi un lieu de proximité pour les jeunes taalibe et enfants de la Médina. Avec une scène de spectacle de cinq cents places assises, une salle de réunion et une salle technique, le local offre diverses opportunités. Une trentaine d'enfants de la rue y répondent présent, dont une quinzaine assistent régulièrement aux ateliers d'initiation.
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