La Tribune (Algiers)

Algérie: Entre culture traditionnelle et influence extérieure : l'apprentissage de la bonne gouvernance en Afrique

Louisa Aït Hamadouche

28 Octobre 2003


Plus de la moitié des Africains vivent dans des grandes agglomérations, plus de 40% d'entre eux sont pauvres et plus de 50% sont des jeunes. Le contexte général dans lequel ces chiffres sont tirés se résume en termes économiques avec des secteurs modernes délabrés, en termes sociaux comprenant des mutations rapides et en termes administratifs, où les structures sont bureaucratisées, cloisonnées, dépassées et, donc, impuissantes.

Africaniser la bonnegouvernance

Hormis les conceptions conventionnelles inspirées du discours occidental politiquement correct, comment la bonne gouvernance est-elle perçue ? Sur le plan strictement interne, une vision africaine est défendue par Brian Farenell dans «Sur la bonne gouvernance et la démocratie "à l'africaine" : l'inclusion au sein des gouvernements africains». Une vision qui, comme le titre de l'article l'indique, est axée sur le caractère inclusif de la démocratie. «La démocratisation est l'inclusion de tout.» Or, rappelle-t-il, les sociétés africaines traditionnelles sont précisément bâties sur la consultation et le consensus. Démarche que les gouvernements africains se sont évertués à ne pas suivre au profit de l'exclusion, synonyme de maintien au pouvoir. Cette exclusion a été alimentée par un postulat simple et efficace : qui n'est pas avec moi est non seulement contre moi mais contre la patrie. «On n'a pas besoin d'importer la démocratie ni de la rendre "africaine". La démocratie à l'africaine existe déjà parmi le peuple. C'est le grand secret caché du continent.» Dans le cadre des initiatives africaines visant celle portée par une ONG congolaise, la Ligue pour la démocratie et la bonne gouvernance (LDBG). Apolitique, non partie prenante dans les scrutins électoraux, son objectif affiché est la promotion, au coeur même de la population, d'une large compréhension de la démocratie en tant que processus de prise de décisions. Démarche de proximité (illustration de la démocratie de proximité), l'ONG s'intéresse également au développement intégral et durable, en amenant les Congolais à prendre conscience de leurs droits et de leurs obligations. La LDBG axe ses actions sur les questions liées à la démocratie, au civisme, aux droits de l'Homme, à la participation, au développement, aux libertés individuelles. Autant d'aspects constituant la bonne gouvernance. La Ligue pour la démocratie et la bonne gouvernance est ouverte à tous sans distinction de tribu, de religion, d'origine sociale ou raciale, de sexe, de convictions politiques à une seule condition : respecter la Déclaration universelle des droits de l'Homme (ONU, 1948) et la Charte africaine des droits de l'Homme et des peuples (OUA, 1981). Le champ d'intervention de la ligue va de l'éducation civique (moyen qui permet d'inculquer aux citoyens des connaissances, des notions de loyauté et de responsabilité envers l'Etat) à la lutte contre la corruption, la fraude, l'impunité, l'absence de transparence, la mauvaise gestion, le manque d'indépendance de la magistrature

Coopération internationale

Sur le plan externe, plusieurs éléments sont à signaler. Côté coopération internationale, commençons en premier lieu par le PNUD, impliqué dans la promotion de la bonne gouvernance en Afrique notamment. Cette implication est soumise à certains critères qui concernent plus précisément le renforcement : - des institutions démocratiques ; - des capacités nationales en matière de promotion et de respect des droits humains ; - de mécanismes efficaces de participation des citoyens à la gestion publique ; - d'un processus électoral fiable, transparent et serein ; - d'une administration publique, centrale et locale répondant aux exigences de transparence, de responsabilité et de professionnalisme ; - d'une gestion économique et financière performante et favorisant l'initiative privée. En second lieu, citons le Canada qui a lancé un programme visant «la bonne gouvernance et la sécurité» en Afrique francophone. En octobre 2002, le secrétaire d'Etat (Amérique latine et Afrique), Denis Paradis, avait annoncé le déblocage de 2,39 millions de dollars pour la promotion du développement, de la bonne gouvernance et de la sécurité dans cette région du monde. Cette initiative s'inscrit dans le cadre du NEPAD et du plan d'action pour l'Afrique du G8, lesquels proposent que les pays en développement établissent eux-mêmes leurs priorités et mobilisent les moyens du développement. Ce budget sera réparti de la manière suivante : - 1,3 million de dollars sur trois ans au Centre canadien international Lester B. Pearson pour la formation au maintien de la paix, afin de former des observateurs civils qui s'impliqueront dans le maintien de la sécurité après un conflit.

Lests et écueils socio-économiques

Liens Pertinents

Cette initiative s'inscrit dans la foulée du projet de 4,5 millions de dollars sur trois ans lancé en 1999 au Sommet de Moncton, lequel est réalisé par le Centre Lester B. Pearson. Ce centre forme des militaires, des représentants de la police civile, des médias et de la société civile, au maintien de la paix et à la sécurité. - 1,09 million de dollars sur trois ans à Transparency International. La seule organisation non gouvernementale internationale vouée à la lutte contre la corruption vise à étendre ses activités dans 14 pays d'Afrique francophone subsaharienne. Cette initiative est censée aider les pays d'Afrique francophone à promouvoir des réformes qui réduiront la corruption et renforceront la transparence, la responsabilité et la bonne gouvernance. La première étape de cette initiative (850 000 dollars sur trois ans) a été amorcée en 1999. Le second élément est une conséquence issue des attentats du 11 septembre sur la bonne gouvernance. Tous les Etats africains se sont rangés dans le camp de la lutte contre le terrorisme, dans l'espoir d'en tirer les dividendes. Parmi ces dividendes, signalons le fait que certains dirigeants sont brusquement redevenus fréquentables, à même de recevoir de l'aide ou d'être appuyés pour recevoir de l'aide multilatérale. De plus, en soutenant l'unilatéralisme international américain, ils se garantissent le droit de recourir eux-mêmes à l'unilatéralisme. Ainsi Sadikou Ayo Alao explique-t-il, dans Globalisation, lutte contre le terrorisme et bonne gouvernance en Afrique, que la République démocratique du Congo (RDC), le Zimbabwe, le Bénin, le Togo, la Guinée et d'autres ont traduit l'impunité affichée post-11 septembre. Le pluralisme politique, syndical et médiatique, admis comme principe de gouvernance a, ajoute-t-il, été mis entre parenthèses au nom de la lutte antiterroriste au Togo, en Mauritanie, en RDC, au Liberia, au Niger et ailleurs. Le durcissement des politiques sécuritaires gouvernementales n'est pas seul en cause. Les mouvements d'opposition sont, eux aussi, mis en cause. En Guinée Conakry, une opposition armée est née à la faveur des situations déjà précaires aux frontières avec le Liberia et la Sierra Leone. En république Centrafricaine, la tentative de l'ancien président Kolinga de reprendre le pouvoir par les armes a précédé des déclarations pour le moins controversées de l'opposition. Devant la presse internationale, celle-ci a reconnu son intention de renverser, par les armes, un régime démocratiquement élu. Quant à la Côte d'Ivoire, ceux qui étaient traités comme des terroristes sont devenus un mouvement de libération occupant une partie du pays et créant une situation hypothéquant l'intégrité de celui-ci.

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