M. B. Traore
28 Octobre 2003
Deux champions du monde, un vice-champion du monde et un nombre incalculable de talents qui ont marqué le tatami sénégalais et international, le Centre de sauvegarde de Guédiawaye, sous la houlette de son mentor, Me Bouna Ndao, est une "fabrique" de gagneurs.
- Abdoulaye Diop, grâce au titre de champion du monde juniors remporté à Marseille en fin de semaine dernière, est devenu le deuxième champion du monde issu du Centre sauvegarde de Guédiawaye. Le premier titre mondial de karaté remporté par le Sénégal et une pensionnaire dudit centre de sauvegarde fut à l'actif de Yaye Ami Seck, au cours des championnats du monde cadets-juniors de 1996 à Johannesburg.
Tout à sa joie d'avoir un autre champion du monde issu de son centre, Bouna Ndao, l'entraîneur d'Abdoulaye Diop, reconnaît avoir été surpris par la performance de son protégé. Loin de mettre en cause le talent du tout nouveau champion du monde, sensei Ndao précise que sa surprise est née de "tout ce qui entoure ce genre de compétition".
"Beaucoup d'autres facteurs qui n'ont rien à voir avec le karaté entrent en jeu. C'est pourquoi j'ai été à la fois heureux et agréablement surpris par la performance de ce garçon qui fait partie du groupe de talentueux mis en place dans le centre", a expliqué à l'Aps Bouna Ndao dont le propre fils, Fodé Ndao, a ratéde peu la médaille d'or aux championnats du monde de Munich où a été sacré Mamadou Ali Ndiaye en 2000, rappelle-t-on.
Le groupe de talentueux en question sert à "exacerber l'esprit de compétition au niveau de nos pensionnaires et Abdoulaye Diop fait partie de ce cercle restreint qui est chargé de répercuter mes instructions aux autres combattants", a expliqué Bouna Ndao, un enseignant à la retraite depuis quatre ans. Avec plusieurs pensionnaires dont 150 au niveau des enfants, Bouna Ndao est aidé dans sa tâche par un certain nombre de "ceintures noires, Abdoulaye Diop notamment à qui je confie des tâches même si je dois repasser dans les rangs pour rectifier".
D'où sa joie à l'annonce de la nouvelle du sacre qui "va nous faire encore une grande publicité", a reconnu sensei Bouna Ndao qui en a pourtant vu passer des champions dans son centre. Le dojo de ce centre dépendant du ministère de la Justice qu'il dirige depuis 1972. Comme son nom l'indique, le Centre de sauvegarde de Guédiawaye s'occupe des enfants en situation difficile et en plus du karaté, les pensionnaires s'adonnent à d'autres disciplines sportives, mais ils apprennent aussi des métiers comme la mécanique, la menuiserie, etc.
"Nous recevons également des jeunes du quartier et tous mes enfants (Fodé Ndao et Ali Nar Ndao basés à Besançon en France) ont appris le karaté dans ce centre", explique Bouna Ndao qui n'oublie pas que les bons résultats sont à mettre à l'actif de son directeur Thierno Ndiaye.
Plus que la médaille, sensei Ndao est heureux de démontrer qu'après la génération des Fodé et Ali Nar Ndao, médaillés aux Jeux africains de 1999 et Yaye Ami Seck, d'autres sont prêts à reprendre le flambeau. En effet, rien que pour cette année, en plus d'Abdoulaye Diop, un autre pensionnaire du centre, Moustapha Guèye Ndiaye, a remporté deux médailles d'or en kumité équipe et en open lors des derniers Jeux africains d'Abuja (4-18 octobre).
ABDOULAYE DIOP Comment j'ai triomphé à Marseille
La conquête du titre mondial des moins de 80 kg d'Abdoulaye Diop aux championnats du monde cadets-juniors de karaté qui viennent de prendre fin à Marseille a été un coup de maître. Un parcours sans-faute au cours duquel il n'a fait qu'une bouchée de ses trois premiers adversaires - un Camerounais archi-dominé (8-0), puis un Norvégien (7-0) et un Koweïtien (3-0), avant de s'offrir sur le même score (1-0) un Iranien en demi-finale et un Allemand en finale.
De tous les combats livrés, celui de la finale a été le plus rude. "Franchement, la finale a été très difficile", insistait Abdoulaye Diop, dimanche dernier, quelques instants après son triomphe. La difficulté de ce face-à-face avec le combattant germanique résidait, à en croire le tireur sénégalais, dans le fait que "ça a été 100 % stratégie". "Lui (Ndlr : l'Allemand) voulait me conduire jusqu'aux 30 dernières secondes pour me marquer. Moi aussi, j'avais mis la même stratégie", souligne l'élève de Me Bouna Ndao.
Il a fallu attendre à 4 secondes de la fin du combat pour voir Abdoulaye Diop marquer son adversaire d'un gyakutsuki (coup de poing direct en contre) et s'emparer du titre mondial des -80 kg juniors. "Dieu m'a donné la victoire", clame-t-il humblement.
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