La Tribune (Algiers)

Algérie: Échec de l'opération de médiation du CNES : la grève des lycées reconduite pour la troisième semaine

Hasna Yacoub

29 Octobre 2003


Le CNAPEST se dit contraint de paralyser les lycées en raison du refus de son agrément

Déterminés à ne pas céder devant les pressions de la tutelle, les enseignants du secondaire ont décidé de reconduire pour la troisième semaine leur mouvement de grève nationale. «C'est regrettable mais nous n'avons pas eu d'autre solution que de reconduire encore une fois la grève», déclare M. Meriane, secrétaire général du Conseil national autonome des professeurs de l'enseignement secondaire et technique (CNAPEST) lors d'une conférence de presse animée hier au siège du CNES. Trois semaines de paralysie des lycées sur tout le territoire national, un intervalle qui commence à peser énormément sur le moral des élèves et de leurs parents. Ces derniers s'inquiètent surtout que le retard accusé vient s'ajouter à celui de l'année dernière, causé par les grèves cycliques ainsi que l'arrêt des cours après le tremblement de terre de mai dernier. Prenant, pour sa part également, conscience que l'élève est pris en otage dans cette grève, M. Meriane a tenté de rassurer les parents d'élèves en rappelant que les enseignants grévistes sont également des pères de famille. «Nous ne voulons pas de cette situation de blocage, c'est le gouvernement qui est à incriminer et qui a poussé à cette situation de pourrissement», explique M. Meriane qui souligne que le ministère du Travail refuse de délivrer au CNAPEST son agrément «car il y a un accord tacite entre Louh et Benbouzid. Le gouvernement a peur des statuts du CNAPEST qui donnent pleins pouvoirs à la base, ainsi le syndicat ne pourra pas être instrumentalisé même si des pressions sont exercées sur son premier responsable».

Convaincu que «le verrou de la situation est l'agrément», M. Meriane refuse toute médiation ou négociation avant la délivrance de ce document. Autrement dit, le CNAPEST refuse la proposition de médiation du Conseil national des enseignants du supérieur (CNES). «Nous remercions le CNES pour sa proposition de médiation mais nous pensons que le CNAPEST est assez représentatif pour pouvoir mener à bien ses propres négociations», dit M. Meriane.Pour rappel, le CNES a proposé sa médiation après l'impasse devant laquelle se sont retrouvés les syndicats autonomes CNAPEST et CLA. D'un côté, ces derniers, malgré leur représentativité prouvée par la paralysie nationale des lycées, n'arrivaient toujours pas à avoir leur agrément. D'un autre côté, M. Benbouzid, ministre de l'Education, refuse d'ouvrir les portes de son ministère à des syndicats non reconnus par la loi. Pourtant, à en croire un représentant de ce ministère, «le ministre n'a jamais refusé de dialoguer avec les enseignants. Les portes ont toujours été ouvertes pour accueillir les professeurs. Ces derniers n'ont donc pas besoin d'intermédiaire pour une entrevue avec la tutelle». Autrement dit, Benbouzid veut recevoir le CNAPEST et le CLA en tant qu'enseignants. Une proposition inacceptable pour ces syndicalistes. C'est alors l'impasse causée, selon M. Meriane, par le refus du gouvernement de délivrer un agrément à des syndicats autonomes non instrumentalisés, «le gouvernement ne veut garder que l'UGTA comme partenaire social». Rappelons que Benbouzid a tenté une «opération de charme» en direction des grévistes en décidant la levée immédiate de toutes les suspensions prononcées à l'encontre des enseignants grévistes et l'arrêt des poursuites judiciaires engagées contre eux.

Outre la levée des «mesures coercitives», M. Benbouzid a annoncé la mise sur place d'un groupe de travail qui s'attellera à la préparation d'un avant-projet concernant l'augmentation des salaires et qui sera soumis prochainement au gouvernement. Le ministre a fait part également de l'installation d'un autre atelier de travail qui s'emploiera à l'élaboration de l'avant-projet du statut spécifique de l'enseignant du secondaire et ce, à la lumière du nouveau statut général de la fonction publique qui est encore à l'étude au niveau du gouvernement. Il est annoncé, dans la même foulée, l'installation prochaine d'un troisième atelier chargé de se pencher sur la réforme de l'enseignement secondaire qui sera appliquée à partir de l'année prochaine.Toutes ces mesures ont été loin de réjouir les enseignants grévistes. Ces derniers attendent un signe de considération mais le refus du ministre de reconnaître la représentativité des syndicats autonomes et, donc, son refus de dialoguer avec eux sont considérés comme un mépris qui continue à envenimer la situation. Mais jusqu'à quand ?

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