Fraternité Matin (Abidjan)
Envoyé Spécial Au Tchad (michel Koffi)
29 Octobre 2003
Abidjan — Fest' Africa 2003... sous les étoiles. Au... Tchad? Pas de soleil, mais des étoiles, des étoiles de lumière pour concrétiser un rêve: organiser, à N'Djamena, capitale du Tchad, un festival.
C'était, dit-on, pire folie, que d'y avoir pensé." comment aurions-nous imaginé une rencontre d'autant d'écrivains dans un pays sans structures d'accueil, sans littérature au sens où il n'y a pas une lignée d'écrivains comme au Congo-Brazzaville, au Sénégal ou en Guadeloupe ?", écrivait Nocky Djedanoum, directeur artistique du Fest'Africa. Pari donc ambitieux. Il n'empêche que depuis vendredi dernier, ce rêve, ce pari audacieux de cet enfant du Tchad, est devenu réalité. Sous la chaleur tutoyante, s'est ouvert, en effet, au ministère des Affaires étrangères, en présence du Premier ministre, des présidents des Institutions, des ambassadeurs, des artistes, etc., la première partie de ce festival pluridisciplinaire (contes, arts plastiques, danse, musique, cinéma, théâtre) et thématique basé sur la littérature. Pour le ministre de la Culture, ce festival redonne au Tchad l'espoir, et exprime la foi d'une jeunesse en son pays. "Il nous appartient, ajoutera-t-il, de bonifier cette rencontre". Que le Premier ministre traduit en ces termes: " (Il) marque une entrée triomphale du Tchad dans la République des Lettres". Et annonce des lendemains riches en espérances. Pour tous les intervenants, le pays a payé un lourd tribut à la guerre. Avec l'avènement de l'ère pétrolière, il s'agit de rompre en visière avec hier. Place à l'éducation, à la santé, à la modernisation de l'agriculture, de l'élevage, à la promotion de la culture. Pour joindre l'acte à la parole, il a baptisé le centre culturel de la capitale du nom d'un grand homme de culture méconnu du Tchad: Baba Mustapha.
Pendant une dizaine de jours, N'Djamena, devenue capitale mondiale de la littérature négro-africaine, vivra au rythme de cette rencontre, qui réunit une centaine d'écrivains et d'artistes du continent. Pour parler de paix et d'amour. Le clou de l'ouverture officielle a été, en effet, la représentation de " Tchad ya guelbi" ( Tchad mon amour) un spectacle total et collectif sur une idée de Nocky Djedanoum, adapté de la nouvelle " Djingué ou la sagaie de famille" de Joseph Brahim Seid. Ce spectacle mis en scène par Djamal Ahmat Mahamat, rythmé par la mélodie des tam-tams, des balafons et des chants, à travers la diversité des langues, délivre un message d'universalité, de paix, d'unité et d'amour: " Un pays ne se construit pas à coups de sang... Un pays se construit avec l'amour... Faisons l'amour, faisons la paix... " chantent, en final, à la fin du tableau de ce bel hymne à la paix, des jeunes, des mômes, porteurs d'espoir d'un monde réconcilié avec lui-même.
Enjeu littéraire, on parlera aussi de Paix. A partir de ce lundi. Comme en témoigne, entre autres, la thématique générale ( Paix et guerres: l'engagement en question) de l'élément majeur de cet événement: le Nouveau congrès des écrivains d'Afrique et de ses diasporas, un demi-siècle après les deux premiers congrès organisés par la Société africaine de culture en 1956 à Paris, et en 1959 à Rome. Question principale: Qu'a t-on fait de cet héritage légué par Alioune Diop, Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, Léon Gontran Damas... ? Réponses attendues, des hommes de culture, des arts et des lettres y réfléchiront, à travers des sous-thèmes: conflits et violences en Afrique, hommages aux pionniers de ces premiers combats qui ont donné naissance à la littérature négro-africaine et antillaise ses lettres de noblesse, Adieu la négritude, bilan critique de la critique littéraire africaine, problématique des littératures en langues nationales, quelle place pour la littérature enfantine et de jeunesse, etc. Et, pour coller à l'actualité : le sida, une autre forme de violence.
Créé en1993 à Lille, son principal objectif est de contribuer à une meilleure connaissance de la production littéraire et artistique africaine, mais aussi de susciter des échanges entre les créateurs du Nord et ceux du Sud. Pour ses dix ans, le Festival s'est délocalisé à N'Djaména. Pourquoi pas? Tchad ya guelbi! Tchad mon amour. Une occasion de faire la fête, de "souffler dix bougies dont chacune porte en elle autant d'étoiles créatrices". Mais aussi de jeter une "passerelle entre l'Afrique, l'Europe et le reste du monde". Tchad, mon amour. Comme "Hiroshima mon amour" de Marguerite Duras. La guerre, l'amour. L'amour, la guerre. Il faut recoller les morceaux brisés: " Le Tchad existe certes dans sa totalité, mais aujourd'hui, mentalement, psychologiquement, nous sommes encore divisés. Nous avons beaucoup souffert de la guerre... ", expliquera l'initiateur de ce rendez- vous littéraire précieux.
Littérature, théâtre, danse, musique, samedi dernier, au stade de la capitale, l'artiste Ivoirien Meiway a gratifié le public d'un spectacle époustouflant, au cours du concert géant pour la lutte contre le sida. "Meiway! Meiway!", scandait le public qui l'attendait depuis 15 heures, sous la chaleur. Quand il monte sur scène à 23 heures, c'est pour l'entraîner à rythme infernal. Il jette d'abord au public un ruban blanc. Un môme de dix ans, à peine, fend la foule et lui tend, pour une autographe, une feuille et un stylo à bille. Il signe. C'est parti:" levez les mouchoirs!". Le public, déjà acquis à sa cause, s'exécute. Coup sur coup, l'artiste enchaîne seize morceaux. Du 100% au 700%: " les génies vous parlent", "Ayibébou", " Adibébé", " Vis-à-vis", etc. Morceau attendu: " Miss Lolo". Communion parfaite avec le public, ses danseuses s'en donnent à cœur joie, dans une chorégraphie parfaite; le "gang", également. Wompy, à la console, assure. Le public danse, exulte, chante avec l'artiste, qui l'invite à monter sur scène. Avec " Ma folie", l'artiste, à Ih du matin, arrête sa ... folie. Le public rêvait de le voir, il l'a vu et il l'a convaincu de son talent. "Ça ment pas!", comme on dit chez nous.
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