Maïmouna GUEYE (Envoyée spéciale à Bamako)
29 Octobre 2003
Dans une belle ambiance festive, les enfants du Village d'enfants SOS de Sanankoroba, créé en 1987, ont accueilli l'équipe de journalistes de l'Afrique de l'Ouest, venue leur rendre visite. Une occasion pour s'imprégner de leur mode vie caractérisé par une recréation de la famille. Laquelle leur permet de laisser éclore leurs différents talents. Qu'il s'agisse de l'école, des activités théâtrales et/ou ludiques.
On le surnomme « M. le Maire ». Il est le chouchou du village SOS de Sanankoroba, à une trentaine de kilomètres de Bamako. De teint clair, habillé en T-shirt et en short, apparemment gai, s'amusant avec le directeur de l'école qui le tient par la main droite, tel un enfant sûr de lui-même. Voilà l'enfant séropositif âgé de 10 ans.
Pourtant, il ignore tout de son statut sérologique positif. A la limite, il se prend pour le garçon le plus important du village. D'ailleurs, Ibrahima Bane, directeur national des Villages d'enfants Sos (VESOS) confie qu'il est « l'un des plus dynamiques ».
Pour découvrir sa séropositivité, il a fallu tirer leçon de ses crises répétées pour lui faire subir un test de dépistage. La mauvaise nouvelle, une fois connue, la direction du village a pris la décision de gérer le cas de cet enfant séropositif. Encore que « M. Le Maire » n'est pas seul dans cette situation. Il vient s'ajouter aux deux autres cas d'enfants connus séropositifs dans le village.
Les droits de l'enfant
Malgré son statut clinique, rien ne le différencie des autres enfants du VESOS. Ainsi était-il parmi les centaines d'enfants qui nous ont accueillis avec chaleur et enthousiasme. Bref dans une ambiance festive bon enfant.
Mardi 21 octobre 2003. Il est environ 14 heures. De loin, on entend des cris de joie. Quelques pas faits et on se retrouve à l'entrée du VESOS de Sanankoroba. Là, une haie d'enfants qui s'étend sur environ 200 m jusqu'à la lisière de la grande salle de réception apprêtée pour la circonstance. « Bienvenue ! », chantent-ils en choeur. Un beau spectacle qui invite les visiteurs à s'installer dans la salle où sont accrochées différentes banderoles sur lesquelles on peut lire entre autres : « Les droits de l'homme commencent avec les droits de l'enfant », « Les enfants sont éduqués par ce qu'un adulte peut être et non par ce qu'il peut dire ».
Et ce n'est encore rien par rapport aux belles chorégraphies servies par les tout-petits du jardin d'enfants du VESOS. Danse peulh, danse zoulou en passant par une démonstration d'arts martiaux, le tout fait avec charme et élégance. Ces différentes prestations ont ainsi séduit le public qui a bien apprécié le talent de ces charmantes créatures coiffées et maquillées en fonction de la danse à exécuter.
L'intégration dans la société
Si les enfants du VESOS sont capables de s'épanouir, c'est parce qu'ils évoluent dans un environnement qui s'y prête. « Les fonctions de la famille naturelle sont reproduites », explique Mallé Cissé, directeur du village et « père » de tous les enfants.
Un tour fait dans quelques concessions permet de se rendre compte de leur parfaite intégration. Dans chaque unité familiale, on retrouve une mère, des frères et soeurs. La première doit amour, affection et sécurité à tous ses enfants. Les frères et soeurs sont garants du maintien de la fratrie. Cette option de recréation de l'ambiance familiale est faite car « ce n'est qu'en grandissant dans une famille que l'enfant devient apte à la vie », soutient Mallé Cissé.
Dans la cour d'une des maisons de style moderne du village, certains enfants sautillent, crient et échangent à qui mieux-mieux quelques plaisanteries. C'est le cas des petites triplées dont deux portent la même tenue, la troisième se précipitant alors pour se changer et les rejoindre avec un haut rouge et une jupe bleue. Pour créer une harmonie vestimentaire.
Un peu plus loin, d'autres enfants assis autour d'une petite table, savourent leur goûter.
Les enfants du VESOS fréquentent l'école du village ouverte d'ailleurs à d'autres enfants des quartiers environnants. Un peu comme pour leur permettre une meilleure intégration dans la société où ils sont appelés à vivre. Et parmi les 750 élèves qu'accueille l'école fondamentale Hermann Gmeiner, seuls les 10 % sont du village SOS. Ceux-ci mènent des activités ludiques, mangent à leur faim Bref, ils sont comme tous les autres enfants qui vivent avec leurs parents « normaux ». Mieux, ils bénéficient même d'un traitement de faveur par rapport à certains enfants évoluant dans leurs familles naturelles.
DES MERES ET TANTES SOS POUR RECREER L'AMBIANCE FAMILIALE
« Tout enfant a droit à l'amour et à l'affection dans un cadre familial approprié ». Telle est la philosophie du village SOS de Sanankoroba, où la recréation de l'ambiance familiale relève d'un sacerdoce.
Pour coller à cet esprit, des mères et tantes sont recrutées. Elles sont chargées d'assurer aux enfants une éducation. A ce titre, la mère SOS se consacre entièrement aux enfants qui doivent recevoir son affection et vice-versa.
Selon des critères bien définis, le choix est porté sur des femmes libres de tout engagement social ou professionnel. Il s'agit principalement des femmes célibataires, veuves ou divorcées. De l'avis du directeur du village SOS, « l'amour, l'affection et la sécurité sont des éléments clés dans la présélection des mères et tantes SOS ». Ces trois conditions, une fois réunies, celles qui sont sélectionnées sont soumises à une période d'essai de 21 mois. Si le test se révèle concluant, elles deviennent mères et tantes titulaires. Et c'est à 45 ans que ces dames qui assurent l'éducation et l'élévation des enfants SOS prennent leur retraite. Ce qui pousse le directeur du VESOS à dire que les mères et tantes SOS bénéficient d'une retraite particulière. D'ailleurs, elles sont affiliées à l'Institut national de prévoyance sociale (INPS) du Mali.
Il faut signaler que le rôle des mères est différent de celui des tantes. Alors que les premières s'occupent de l'éducation familiale des enfants, les secondes ont comme tâche d'assurer leur encadrement notamment au niveau du jardin d'enfants sis dans le village. Mais, elles se partagent la responsabilité de préparer les enfants à la scolarisation avec un esprit de groupe, nécessaire à leur future insertion sociale. En effet, les enfants du village SOS de Sanankoroba bénéficient d'une instruction et d'une éducation comme s'ils étaient dans leur propre famille.
Evoquant l'engagement des mères et des tantes SOS qui ne ménagent aucun effort pour la réussite de « leurs enfants », Mallé Cissé déclare que récemment cinq mères ont été élevées au rang de chevalières pour avoir bien exercé leur profession. Cette décoration est, pour le directeur du VESOS de Sanankoroba, une marque de considération et d'encouragement à l'égard de ces femmes qui ne se soucient que du bien-être des enfants SOS. Signe d'une récompense exceptionnelle, l'élévation des mères SOS au rang de chevalière s'est faite dans chaque village d'enfants SOS international. Et c'est fières qu'elles se sont montrées au public, sourire aux lèvres. Les tantes et mères jouent, à n'en pas douter, un rôle primordial.
C'est ainsi que pour leur permettre de mieux faire face à l'éducation des enfants, surtout à la prise en charge psychosociale, des sessions de formation leur sont destinées. D'ailleurs, notre visite du VESOS a coïncidé avec le démarrage d'une formation continue pour les mères SOS. Parmi les modules figurent : VIH/SDA et Séropositivité. Pour le directeur du VESOS, « il faut donner aux mères toutes les informations sur cette maladie, faire connaître les mesures préventives, les voies de transmission, etc. ». D'autres modules liés à la santé seront aussi développés. C'est le cas de la connaissance du Programme élargi de vaccination (PEV) et de la nécessité de mieux maîtriser certains accidents dont les enfants peuvent être victimes.
Aujourd'hui, le VESOS de Sanankoroba compte 13 maisons pour une capacité de 130 enfants. Quant au jardin d'enfants, il compte 160 enfants dont 30 seulement du village, les autres élèves proviennent des villages environnants. Quatre charrettes assurent le ramassage de ces élèves de leurs propres familles à l'école.
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