Par : Pape GUEYE Concepteur réalisateur vidéo
29 Octobre 2003
Le monde de l'audiovisuel connaît une expansion spectaculaire. Les mass-media se livrent à une compétition ardue. Les enjeux sont tels que les Français projettent de lancer Cii pour faire face aux arabes Al Arabia et Al Jazira et aux anglo-saxons Cnn, Fox...
Face à ces télévisions dotées de moyens qui leur permettent de couvrir le globe terrestre, l'Etat doit prendre ses responsabilités. On ne peut pas empêcher les téléspectateurs déçus de leur télévision nationale de zapper. L'espace audiovisuel du pays doit s'ouvrir aux privés qui attendent une autorisation de diffusion. Ainsi, il y aura une concurrence qui sera bénéfique aux téléspectateurs. Ceux-ci auront enfin des produits faits par et pour eux qu'il s'agisse de documentaires, reportages, journaux d'informations...
L'échec de la Rts est sans conteste - Des centaines de personnes travaillent à la Rts et pourtant elle est incapable de satisfaire les contribuables. Le vieux format de la Rts est aujourd'hui dépassé. Le programme n'a pas changé depuis une génération : le mardi des théâtres et dramatiques, le jeudi des cérémonies religieuses, le samedi des variétés.
La Rts se rabat sur des productions qui sont en majorité d'origine étrangère. En fait, elle retransmet des productions diffusées par des chaînes qui arrosent le territoire national (Cfi, Arte...). Nous consommons des images venues d'ailleurs et qui véhiculent une autre culture. L'audiovisuel public contribue à occidentaliser la société. On se demande si la Rts joue son rôle de service public, protecteur de notre culture. Les téléspectateurs réclament des productions par rapport à leurs réalités propres. L'audiovisuel draine beaucoup d'argent. Y a-t-il une promotion de la pub sur les antennes de la Rts ? Avec le monopole, la Rts ne répond qu'à la demande. Les tarifs de la publicité sont si prohibitifs que certains annonceurs se tournent vers Cfi, Tv5, Canal qui proposent des prix beaucoup plus abordables. L'institution à gestion autonome qu'est la Rts continue de bénéficier de l'argent des contribuables alors qu'une manne financière devrait entrer dans la comptabilité s'il y avait une bonne politique de gestion. C'est que la gestion de l'industrie audiovisuelle diffère de celle apprise à l'Enam. L'audiovisuel est à la fois art et industrie. L'heure de dépôt du bilan n'est-elle pas arrivée ?
La pratique professionnelle de la Rts est rénovée. La Rts est lourde alors que l'heure est à la télévision légère. Les journalistes ne pratique pas le journalisme tel qu'ils l'ont appris c'est-à-dire essayer d'informer avec le maximum d'honnêteté et faire un journalisme large. Les techniciens dont certains ont fait le prestigieux Ina ont besoin de se mesurer pour se surpasser. Ils ont besoin d'une concurrence pour montrer leur savoir-faire. Il est grand temps que les canaux Vhf et Uhf s'ouvrent.
L'ouverture des fréquences Tv est inéluctable - L'Etat se glorifie souvent d'avoir libéralisé l'espace audiovisuel national avec le français Canal Satellite, l'anglais Multichoice Ltd au bouquet Dstv et les Sénégalais Excaf et Delta 2000 du bouquet Multicanal Multi system distribution service. Par conséquent, ce sont de nombreuses chaînes étrangères qui inondent le territoire national d'images. La présence envahissante de l'Occident est due à cela. Quelle tragédie ! Le peuple, les jeunes en particulier, subissent une colonisation rampante et efficace, une «colonisation de l'esprit» comme disent les rastas. De plus en plus, la société s'occidentalise. Les démocrates doivent sortir de l'ombre et exiger la libéralisation. Par libéralisation, nous entendons l'autorisation de diffusion qu'attendent depuis longtemps des nationaux comme Wal Fadjri, Sud Com, Excaf et d'autres privés. La Rts2S Origines n'est qu'une Rts-bis. En plein dans le 3e millénaire, il est inadmissible que des pays africains aient franchi le cap tandis que la Rts détient toujours le monopole. Au Gabon, un religieux tient une télévision privée dans un pays qui dépasse à peine le million d'habitants et se permet même de diffuser du blockbusters hollywoodiens. Plus près de nous au Bénin, la télévision privée Lc2 International étend ses tentacules : elle a obtenu les droits de diffusion de la prochaine Can à la place du géant sud-africain Tva. Partout en Afrique, Côte d'Ivoire, Burkina..., l'espace audiovisuel est ouvert. Pourquoi pas le Sénégal ? Maître Wade promettait de libéraliser la télévision au lendemain de sa prise de fonction présidentielle. Le libéralisme ne combat-il pas le monopole ? Aujourd'hui, il soutient que la télévision est un outil délicat, difficile à manipuler, nécessitant des moyens colossaux. L'échec de la Rts ne doit influencer sur les mentalités. La Tv aujourd'hui est différente de celle du siècle dernier (méthode Rts). La révolution de la communication que prophétisait Coppola a eu lieu : nous vivons l'aire digitale.
La Tv de nos jours est ce que l'on appelle la "Tv légère". Le mariage du numérique et de l'image a changé les données. Les techniciens sont polyvalents voire polycompétents, les équipes sont réduites et plus efficaces, les productions se font à moindre coup.
Cependant, les productions privées jouent un rôle déterminant. Elles viennent en support aux Tv légères. Heureusement, on trouve des maisons de production très fortes qui font des chiffres d'affaires très élevés. D'ailleurs celles-ci travaillent en partenariat avec les Tv étrangères et timidement avec la chaîne nationale. L'avènement des technologies numériques facilite l'implantation de la Tv et des maisons de productions.
La Tv est la première fenêtre ouverte sur le monde. Nous devons valoriser nos images si nous voulons conserver et montrer notre culture au lieu de continuer de subir l'agression de Babylone. Prônons l'enracinement dans l'ouverture des valeurs qui nous serons bénéfiques et protégeons notre espace contre certaines pratiques véhiculées par les chaînes étrangères. "L'émotion d'une image a sa source dans le coeur et la culture de l'oeil à la caméra". Vive le libéralisme ! Sembène Ousmane disait qu' "un peuple absent du monde des images est appelé à mourir".
Le numérique dans l'audiovisuel - Lorsque Coppola pendant le tournage de Coup de foudre prophétisait une révolution de la communication qui ridiculiserait la révolution industrielle, on lui riait au nez. Sa prophétie s'est réalisée. Par l'apparition du numérique, il y eu bouleversement. Caméra divine, home studio, sont la preuve d'une démocratisation des outils de création. La production audiovisuelle privée s'est numérisée. Ainsi, le monde de l'audiovisuel a connu une expansion spectaculaire. La production privée bouillonne : clips, pub, doc, animations, fictions. Il est de plus en plus fréquent de rencontrer un créateur qui aménage un petit studio de montage chez lui. Un simple Pentium 2, 3 ou Mac G3 cadencé jusqu'à 500 Mhz et doté d'une mémoire et d'un disque dur suffisant, fait l'affaire si on cherche une solution d'entrée de gamme.
Il ne suffit pas de se doter d'un Pc pour se proclamer monteur, ni d'une caméra numérique pour être cadreur. Loin de là. La mission première est de déterminer le rythme et le tempo du projet tandis que le second doit veiller à l'équilibre de l'image, le tout sous les ordres du réalisateur. On est parfois choqué de suivre un produit d'une qualité de diffusion grand public sur la chaîne nationale. Lorsque l'espace audiovisuel de la Rts sera étendu à toutes les productions privées sans discrimination, l'avenir appartiendra aux professionnels au plus haut niveau de compétence exigée par la profession, à la fois maître de leurs outils et imprégnés de cultures artistiques.
En attendant l'inévitable ouverture des fréquences Tv aux nationaux, la Rts s'est ouverte à certaines productions privées qui démontrent leur savoir-faire tant leurs produits sont de hautes factures : Goorgoorlu de Msa/Africom, Souvenir Souvenir de Gtvs, Raconte un peu de Sen Vision, Senerap de Taf Taf et Mcd ... La chaîne nationale ne doit pas se limiter aux privées qui sont plus organisées. A côté il y a de jeunes free-lance, n'appartenant à aucune association de l'audiovisuel, ayant une large culture artistique et maîtrisant la grammaire du langage filmé qui souhaitent nouer des partenariats avec l'audiovisuel public. Les jeunes sont porteurs de projets de sitcom, séries, magazines. La Rts doit jouer son rôle de service public et soutenir ces jeunes sénégalais capables de faire des choses extraordinaires car abreuvés de télévision, nourris de cinéma, ils résonnent en clip.
La Rts doit se numériser - Pourquoi la Rts qui ne fait pas travailler 700 personnes ne peut satisfaire les téléspectateurs ? La Rts est lourde, sa méthode est archaïque. Elle doit aller à une Tv redimensionnée. L'analogique doit laisser la place au numérique et les techniciens doivent se recycler dans ce nouveau format. Il y a des stations de montage virtuel et des caméras numériques à la Rts mais le digital est nouveau pour les travailleurs d'où l'importance d'un recyclage ou carrément d'une formation. On ne discute plus de la qualité de diffusion broadcast que procure le format digital.
De nos jours, les caractéristiques de l'audiovisuel impliquent la polyvalence des techniciens qui se doivent d'évoluer avec de nouveaux outils chaque jour plus performants, avec l'omniprésence d'automates rendant les équipes plus réduites et plus efficaces . Les films tournés en vidéo numérique Pal, transférés directement sur disque dur et montés au cours du tournage, le tout début à la fin dans un seul et même studio sont moins coûteux, plus rapides. L'alliance du numérique et de l'audiovisuel est incontournable. Le numérique, alternatif du cinéma pauvre - Par sa créativité, sa diversité de genres et de sensibilités, le cinéma est un art du spectacle déterminant dans le monde. Il est leader. Malheureusement, le 7e art n'a jamais réussi à se développer dans certains pays pauvres car le cinéma coûte cher. Nos cinéastes sont obligés de courir derrières les institutions européennes pour obtenir un financement. Ces bailleurs, pour produire le projet film, mettent des conditions. Ils réécrivent le scénario à leur goût, imposent des assistants aux réalisateurs, ont le Final Cut. Les opérations de post production s'opèrent chez eux faute de laboratoires dans la majorité des pays en développement.
Le choix du numérique s'impose dans les pays pauvres - La production entièrement consacrée au format digital fait apparaître la perspective d'un essor créatif à moindre coût pouvant redistribuer les cartes dans les pays ignorés ou oubliés par l'industrie du spectacle. Le numérique fait contourner les circuits de financement classique et esquisser l'hypothèse d'une nouvelle géographie du cinéma. Par l'apparition du numérique, les outils de création se démocratisent. Les technologies digitales ont permis, grâce à la chute des coûts, l'éclosion de labels indépendants et le nombre de maisons de production est aujourd'hui impressionnant. L'avènement du numérique a bouleversé les modes de fonctionnement du montage et du trucage des images ainsi que leur transmission. Très rapidement se développent des langages, styles, genres et techniques.
La vidéo n'est pas l'école du laxisme - C'est dépassé le temps où l'on faisait une séparation vidéo-cinéma. Le numérique a réconcilié l'art vidéo et le cinéma. D'après le cinéma Ange Costa, la vidéo est "l'école du laxisme. Si on en reste à l'approche ludique du matériel. Mais on tourne en vidéo comme on tourne en film". Certains cinéastes tournent en 35 mm, les rushes sont transférés en vidéo et restent en négatifs. En studio, ils montent directement en vidéo numérique. Les logiciels de Adobe, Avid ont fait leurs preuves avec des méga-productions telles que Titanic, Terminator...
Certaines caméras numériques sont d'une haute définition dépassant même les 600 points-ligne. Des cinéastes reconnus adoptent le numérique dans toute la phase de création de leur film. Sembène Ousmane a franchi le cap avec son dernier court-métrage, Héroïsme quotidien, qui, comme il dit, lui «a servi de test». Quant à Moussa Touré, il fait des documentaires en Dvcam. Pour passer en support film, il suffit d'effectuer un kinéscopage qui consiste à transférer numériquement des images vidéo vers une pellicule 35 mm. François Truffaut avait vu sa vie de cinéphile «bouleversée» par la vidéo qui lui offrait une connaissance «beaucoup plus intime des films». Malheureusement, il est mort avant l'avènement du Dvd. Les images que restituent la caméra numérique sont plus fidèles avec la réalité et la possibilité de tourner en équipe légère permet d'aller au coeur des choses à raconter. Plus performante sera la technique, plus pratique en sera l'usage et plus riche en sera le produit. Mais il ne s'agit pas d'appuyer sur le bouton d'une caméra numérique (filmer en automatique) pour se considérer comme un créateur.
Pour sortir de l'ombre, il est fondamental que l'alliance entre le numérique et le cinéma des pays pauvres soit effective.
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