L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Logistique : transformer Port-Louis en "hub" de pêche

Stéphane Saminaden

29 Octobre 2003


Port Louis — Avec ses 1,9 million de kilomètres carrés de zone économique exclusive, Maurice dispose d'un atout important pour devenir un port de pêche d'envergure.

Le secteur privé remet sur le tapis le dossier de l'industrie de la pêche. Le Joint Economic Council (JEC) a soumis lundi au Premier ministre, Paul Bérenger, un papier résumant le point de vue du secteur privé sur le potentiel de ce secteur et sur la marche à suivre pour faire de Port-Louis un "world class seafood hub".

L'approche préconisée n'est pas tant de développer l'industrie de la pêche elle-même mais plutôt la logistique pour la manutention, la transformation et l'exportation des produits de pêche.

Pour le JEC ce créneau recèle un grand potentiel et Maurice a des avantages compétitifs qui peuvent l'aider à transformer le secteur artisanal des pêcheries en une activité industrielle à part entière.

Le Premier ministre accueille l'initiative du secteur privé favorablement mais estime que le potentiel véritable de ce secteur reste à être établi. "Au départ le secteur privé avait approché le gouvernement pour faire de Port-Louis un regional fishing hub. Je constate que maintenant , le secteur privé parle de world class sea food hub. Donc l'ambition est de créer un port de pêche ainsi qu'un centre de traitement. Pour l'instant je n'ai pas la conviction que cette industrie a un potentiel énorme mais je crois que it is worth trying. Je salue le dynamisme du secteur privé en termes d'idées nouvelles. Je prends bonne note de ses propositions pour l'industrie de la pêche. Le gouvernement a demandé au secteur privé de préciser ses projets pour ce secteur", déclare Paul Bérenger.

Selon les statistiques de la Mauritius Ports Authority (MPA), quelque 93 000 tonnes de poisson ont été manutentionnées dans le port durant l'année financière 2002-2003. De ce volume, 37 000 tonnes étaient destinées à la conserverie de thon Princes Tuna et 6 000 tonnes au marché local.

Le volume de poisson manutentionné peut être amené à croître rapidement. Les stocks de poisson des pays industrialisés s'amenuisent et atteignent des niveaux alarmants. Des quotas stricts de pêche sont imposés. De ce fait, les pays en développement comme Maurice, qui disposent encore d'importantes réserves de poisson, seront appelés à fournir de plus en plus de poisson, estime le JEC.

Dans cette optique, Maurice a une belle carte à jouer pour devenir un port de pêche de premier plan au niveau mondial. La manutention, le stockage, la transformation des produits de pêche peuvent générer des revenus importants. Le Chief Executive de Mauritius Freeport development, Maurice Vigier de La Tour, rappelle que le Sénégal exporte pour $ 300 millions de poisson par an, soit autant que nos exportations de vêtements sur le marché américain. Les eaux mauriciennes sont encore plus riches que celles du Sénégal. De plus, les activités portuaires liées aux produits de pêche génèrent des emplois importants pour les populations des faubourgs de la capitale. Parmi les atouts du pays figure en premier lieu une vaste zone économique exclusive (ZEE) de 1,9 million de kilomètres carrés qui est riche en poisson pélagique et en espèces des eaux profondes.

Pas de "one-stop shop"

Le pays dispose aussi d'un accès préférentiel sur les marchés européen et américain grâce aux accords de Cotonou et de l'Africa Growth and Opportunity Act (AGOA) notamment. De plus, Maurice pratique une politique ouverte en ce qui concerne l'octroi des permis de pêche aux bateaux étrangers. Le pays dispose aussi d'infrastructures portuaires modernes et de chambres froides sophistiquées dans le port franc. Ces nombreux atouts sont malheureusement contrebalancés par de multiples contraintes.

Pour le JEC, le manque de reconnaissance de l'impact économique potentiel que ce secteur peut avoir est la première lacune. Une stratégie intégrée pour le développement de l'industrie de la pêche fait défaut. Ainsi, il n'y a pas un environnement propice à attirer les investissements tant locaux qu'étrangers dans ce domaine. Il n'y a pas de promotion du pays en tant que hub de pêche contrairement aux Seychelles et à la Namibie qui se positionnent comme tel.

Les procédures administratives sont contraignantes. Il semble manquer de coordination entre les diverses autorités chargées de délivrer les permis. Certains opérateurs jugent l'utilisation de Port-Louis comme base d'opération prohibitive en raison du système d'octroi des permis et des frais qui y sont associés.

Les désavantages sont nombreux par rapport aux incitations. Il n'y a pas de one-stop shop pour les bateaux arrivant au port. Avant de débarquer leurs marchandises ils doivent se mettre en contact avec les autorités portuaires, les douanes, le ministère de la Pêche et le ministère de la Santé.

De plus, le poisson destiné à être réexporté vers l'Union européenne (UE) doit être accompagné d'un certificat vétérinaire qui est délivré par le ministère de la Santé. Néanmoins, l'obtention de ce permis peut prendre jusqu'à une semaine après l'arrivée du bateau à Port-Louis. Ce délai est nuisible car les bateaux ont des frais additionnels pour chaque jour passé dans le port. Cela affecte leur rentabilité et rend aussi impossible l'exportation de produits de pêche frais.

Contrôle difficile

Par ailleurs, le JEC déplore qu'il n'y ait pas de données à jour sur les stocks de poisson, le nombre de permis accordés aux bateaux étrangers et le volume de poisson pêché par ces derniers. Ceci rend le contrôle difficile. De même, il semble qu'il n'y ait pas de mécanisme de contrôle sur le transbordement du poisson en pleine mer ou dans d'autres ports de la région.

Pour contourner ce problème, il faudrait créer un encadrement régulatoire veillant à ce que tout le poisson pêché dans la ZEE de Maurice soit effectivement débarqué à Port-Louis. Le JEC propose aussi l'adoption d'une tarification plus compétitive pour l'octroi des permis de pêche. Au niveau opérationnel, l'environnement devrait faciliter la ré-exportation vers l'Europe et les Etats-Unis. Le secteur privé préconise aussi l'élimination des contraintes administratives mentionnées plus haut.

A l'issue de la réunion de lundi entre le JEC et Paul Bérenger il a été décidé qu'un comité conjoint gouvernement-secteur privé se penchera sur ce dossier afin de dégager un plan d'action pour ce secteur.

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