Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Artisanat : Les vanniers investissent les trottoirs . Les abords des routes constituent un espace de vente très prisé par ces artisans

Pascal E. Dang

29 Octobre 2003


Son torse nu ruisselant de sueur, de temps en temps, du revers de la main, le jeune Roger Bélibi Ayissi essuie de grosses gouttes qui perlent sur son front et son crâne un peu dégarni.

Le petit hangar de fortune sous lequel il a établi " ses bureaux ", près du lieu dit " Scierie Ndogbat ", non loin de l'entrée Camrail au quartier Bassa à Douala, ne semble pas avoir d'effets adoucissants sur les intempéries. Cela ne semble cependant pas gêner outre mesure Roger, dans son travail, en cette matinée de jeudi qui s'annonce particulièrement chaude. Il continue de mesurer, de tracer à l'aide d'un crayon ordinaire, et de couper avec dextérité les lianes de rotin dont il se sert pour fabriquer ses produits. Depuis 14 ans, il a quitté la menuiserie, son métier d'origine, pour s'établir dans la vannerie, où il dit être " expert en toutes sortes d'accessoires faits à base de rotin ". Une activité qui a gagné l'ensemble des quartiers de la ville de Douala, et qui a pour base les trottoirs de certains axes les plus fréquentés. Comme au marché des fleurs et à l'ancienne poste de Bonanjo.

Ses marchandises sont exposées devant son hangar. Des fauteuils aux designs aussi fantaisistes que divers, des classeurs de toutes tailles, des berceaux, des couffins, des paniers à pain, des abats jours et beaucoup d'autres produits, tous faits à l'aide de rotin tressé. " Ces lianes viennent de Kribi, de Yabassi, d'Edéa et bien d'autres petites villes de la région. Ce sont les coupeurs qui les apportent ici à Douala, et c'est au niveau du marché Nkololoun que nous nous ravitaillons ", explique Roger. Un rouleau coûte 450 F Cfa au marché, alors qu'un paquet, fait de lianes plus grosses généralement utilisées dans la fabrication des meubles, revient à 4500 F Cfa. " Les prix varient de temps en temps, mais ne s'éloignent jamais trop de cette moyenne là ", souligne Roger. La matière première acquise, il s'en suit donc la fabrication puis la commercialisation des produits. Sur ce dernier point, Roger se montre très peu loquace. " Le prix que je peux fixer pour un objet lorsque j'ai passé une semaine sans vendre, et que les pleurs de mes enfants commencent à me faire fuir la case, change forcement lorsque la veille, j'ai vendu pour 100 ou 150 mille francs Cfa ". L'on sait tout de même que, si un petit classeur peut être acheté à 5000 F Cfa, certains fauteuils déjà habillés de coussins quant à eux, peuvent coûter jusqu'à 180.000 F Cfa.

Produit de luxe

Certains passants regardent avec attention les produits ainsi exposés, alors que d'autres ne le font que furtivement. " Ces gens sont devenus très chers. Il vaut mieux encore aller chez les menuisiers acheter des salons en bois. Le rotin n'est plus accessible, les rares fois qu'il est fait avec soin ", soutient Marlise Bémam. Le rotin, jadis reconnu comme matériau pour pauvre, migre de plus en plus vers le statut de matériau de luxe, ce que conteste évidemment Roger. " Nous sommes des fabricants-vendeurs. D'autres, cependant, viennent acheter chez nous pour revendre, et c'est ce qui rend parfois les produits chers ", soutient-il. Mais parmi les clients de ces artisans, il y a les propriétaires des cafés de luxe, de même que certains commerçants qui font de grosses commandes pour aller revendre à l'étranger. "Nous avons souvent ce type de commandes, mais ce n'est pas tout le temps. La dernière en date chez moi remonte à août 2003, et portait sur plus de 200 articles. Il s'agit d'un client qui vient souvent d'Afrique du Sud, et qui ne paie d'ailleurs guère mieux que ceux à qui nous vendons surplace ici ", clame-t-il. Certains fabricants multiplient les points de vente à travers la ville pour ainsi augmenter les chances de voir leurs produits s'écouler plus rapidement. Au risque d'irriter certaines autorités de la ville.

Liens Pertinents

" C'est surtout avec la voirie que nous connaissons le plus de tracasseries, explique Roger. Souvent, ils arrivent et portent tout, sous prétexte que nous encombrons le domaine public. Nous payons pourtant une taxe à ce sujet, l'Occupation temporaire de la Voie publique (Otvp), et nous sommes soumis à l'impôt libératoire. Je trouve donc que c'est à tord qu'ils s'acharnent sur nous, ce sont des raquetteurs, rien de plus ". Pour Roger, tout cela est dû à leur inorganisation. "En 1987, nous avons tenté0 de nous unir autour d'un Gic qui allait représenter les vanniers à la Chambre de Commerce. Cela n'avait pas marché, le responsable ayant disparu avec le fruit de la collecte. Aujourd'hui, tout le monde est réticent, parce que chacun ne pense qu'à son intérêt ", argue-t-il. Les vanniers évoluent donc toujours de manière individuelle, et la profession reste ouverte, accueillant tous les jours de nouveaux venus dans cet art de plus en plus valorisé dans la ville. Selon Bélibi, " tout le monde peut entrer, mais ce n'est pas évident d'y rester. Ce qui détermine la longévité dans ce métier, c'est le savoir faire, et les relations avec les clients. Certaines personnes sont entrées après moi et sont déjà parties, faute de pouvoir vendre. Il s'agit d'un art qui s'apprend, et qui demande même un certain don ".

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