La Tribune (Algiers)

Algérie: Le prix du jeûne

Saliha Aouès

30 Octobre 2003


Ramadhan est là ! Et avec lui ses travers liés à la consommation. De part et d'autre. Le citoyen se plaint mais ne fait rien pour décourager la voracité de ceux qui savent que si un consommateur rechigne, un autre le remplace aisément pour tout acheter à n'importe quel prix, même sans regarder à la qualité.

Car, là aussi, le vendeur véreux, très à l'aise dans son costume de pourvoyeur de nourriture, joue au seigneur et se fait roi à la place du client pour imposer ce qu'il dit être les règles du jeu. Inutile alors de marchander, de choisir son produit, de trier ses légumes et fruits, l'article retourne aussitôt dans son cageot. Surtout si vous n'achetez pas au moins un kilogramme. En dessous, c'est un blasphème et le service se fait presque charité comme si le client n'allait pas s'acquitter de son dû. Cela se transforme en un véritable gouffre pour la bourse, inutile de préciser petite parce que la moyenne il y a longtemps qu'elle a disparu avec les fluctuations du marché, le niveau de vie en éternelle descente et le budget qui subit les caprices des lois dont on ne voit que l'application sur le terrain. Et ce n'est là bien sûr que la loi est ferme, de rigueur. Et allez combattre avec ce millier d'agents de la DCP (direction du contrôle des prix) mis en circulation dans les points de vente. Auxquels le citoyen devrait ajouter des réactions comme dénoncer tel ou tel comportement dans son quartier. A défaut de pouvoir bouder les marchandises qui, en ces premiers jours de jeûne, ont triplé sinon quadruplé de prix. La responsabilité du consommateur est aussi engagée que celle du commerçant, alors qu'il lui est bien facile de se passer pour sa chorba de courgettes à 120 dinars le kilo, de consommer de la viande tous les jours comme si jeûner s'accompagnait de cet accompagnement concomitant.

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Pourtant en 1988, l'Algérien a su dans un réflexe qui a suivi les événements d'octobre faire ce qui a été appelé la grève du couffin, devant la hausse vertigineuse des prix pratiqués sur les légumes et les produits de première consommation. En face, les commerçants l'ont senti passer et se sont vus stocker leurs marchandises restées en rade, en pure perte. Ne suffit-il pas de recommencer, ne serait-ce que pour montrer du doigt ces pratiques scandaleuses aux pouvoirs publics qui gardent un silence complice. Il y a eu cette tentative du ministère du Commerce qui a mis en branle d'afficher la liste des prix des légumes et fruits officiels devant l'exagération de ceux qui détiennent les rênes du marché. Mais même là, lorsqu'on sait que la pomme de terre est cédée à 38 dinars, il n'y a plus rien à dire, comme si à côté les 50 dinars et plus pratiqués réellement sont loin du compte. Car à près de 40 dinars, ça reste inadmissible, d'autant que c'est le plat du pauvre qui se cuisine à toutes les sauces. Et ça parle de redressement économique. Et ce n'est certainement pas le couffin du ramadhan via la solidarité qui va arranger la situation, sachant qu'elle n'intervient que pour un mois, cela si les populations dans le besoin sont réellement identifiées et recensées Peu probable. Et on peut toujours dénoncer, interpeller et témoigner Les ramadhan se suivent et se ressemblent comme de vilains frères jumeaux !

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