La Tribune (Algiers)

Afrique du Nord: L'ensemble maghrébin au pied du mur euro-américain

Younes Hamidouche

30 Octobre 2003


L'UE et les Etats-Unis pressent les pays maghrébins à réaliser leur union

Pour les puissances économiques occidentales, seul un marché nord-africain intégré peut attirer des investissements conséquents et aider le Maghreb à nouer avec la croissance et le développement

Du Traité de Marrakech, fondateur en 1989 de l'Union maghrébine, au jour automnal d'aujourd'hui de l'an 2003, cette organisation sous-régionale se morfond dans ses anachronismes et se limite, au mieux, à un club de dirigeants qui se rencontrent de temps à autre sans que les mécanismes de fonctionnement de l'Union à divers niveaux et dans les secteurs de coopération interne à cet ensemble soient opérationnels.Bientôt quinze années d'existence mais sous constante perfusion hormis peut-être l'intermède illusoire des premières années. La dernière décennie a clairement mis en évidence la difficulté des cinq pays membres de cet espace à la traîne par rapport à d'autres ensembles du continent africain. De multiples épisodes en vue de relancer l'UMA ont été enregistrés depuis la cassure du milieu des années 1990. La plus significative d'entre ces tentatives de faire redémarrer l'Union en question reste le projet de refondation passé en revue par les ministres des Affaires étrangères des 5 lors de leur réunion à Alger. Mais depuis, et alors que l'opinion publique s'attendait à un sommet des chefs d'Etat -qui devait avoir lieu à Alger également-, un retour à la case départ s'imposait de nouveau. Des relations inter-membres n'ont certes jamais cessé entre ce groupe des 5 mais rares sont les activités faites dans le cadre de l'UMA. La visite du chef de la diplomatie tunisienne, Habib Benyahia, hier en Algérie rappelle encore une fois l'insistance à aller vers la concrétisation de l'union du Maghreb.

Le ministre tunisien a d'ailleurs relevé à son arrivée à Alger que sa visite entre dans le cadre de la coordination et de la concertation maghrébines sur les questions d'actualité et en préparation du prochain sommet du groupe 5+5 (membres de l'UMA et pays du sud-ouest de l'Europe) prévu pour les 6 et 7 décembre prochain à Tunis.Est-il ainsi possible de voir les dirigeants des pays de l'UMA se concerter à l'heure actuelle (mercredi soir et aujourd'hui) à l'occasion d'une réunion extraordinaire de la conférence euro-méditerranéenne des 5+5 abritée présentement par la France (ouest de Paris) à l'échelle des ministres des Affaires étrangères. Le ministre algérien a, à ce propos, souligné hier la nécessité de la concertation entre l'Algérie et la Tunisie pour l'unification des positions sur les questions qui seront soumises au sommet de Tunis. Mais l'éventualité de la tenue d'une réunion inter-maghrébine en marge de la conférence des 5+5 ne résout point la problématique de la question de l'UMA et de son devenir. Pourtant, les principaux partenaires de la sous-région, à savoir l'Union européenne et les Etats-Unis d'Amérique, n'ont jamais cessé tout au long de la décennie écoulée d'inciter les pays membres de l'UMA à régler leurs différends et à oeuvrer à la construction d'un ensemble politico-économique détenteur d'un marché estimé à quelque 80 millions de consommateurs. C'est pourquoi les Etats-Unis, par exemple, ont toujours lié leur soutien à la mise sur pied de ce cadre unifié d'au moins les trois pays que sont l'Algérie, la Tunisie et le Maroc.

Le plan Eizenstat le rappelle si bien comme le réitèrent également les propos tenus cette semaine par William Burns, secrétaire d'Etat américain adjoint chargé de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, à l'occasion de ses visites à Alger, Tunis et Rabat. Annexé en 1975 par le Maroc, le territoire du Sahara occidental, une ancienne colonie espagnole, reste au centre de la non-concrétisation réelle de l'union du Maghreb. Le plan onusien de James Baker qui prévoit notamment un référendum d'autodétermination après 5 ans d'autonomie a été rejeté par Rabat. «Les Etats-Unis n'appuient aucune solution imposée au Maroc ou à aucune autre partie», a déclaré William Burns en prenant le soin de relever que son pays «exhorte les parties concernées à travailler de manière constructive avec l'ONU, et l'une avec l'autre, pour trouver les moyens d'avancer».Les Etats-Unis souhaitent que «les nations du Maghreb construisent une paix réelle et durable pour assurer la prospérité de tous les citoyens» de cet ensemble, souligne le responsable américain dont le pays appuie «une solution politique et non la solution de telle ou telle partie». «Un travail considérable attend les pays de la région pour résoudre la question du Sahara occidental pour les générations futures», résume-t-il à ce sujet. Selon Burns, Washington «encourage» les contacts entre l'Algérie et le Maroc afin de parvenir à une issue, «sans chercher à imposer de solution à qui que ce soit». De son côté, l'Union européenne, bien que ses structures aient eu à parapher des accords d'association distincts avec les pays du Maghreb, reste attachée à un ensemble nord-africain représenté en marché commun. En somme, l'ensemble maghrébin est mis au pied du mur par le duo euro-américain. Un ensemble plus que jamais condamné à s'édifier sur du solide.

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