Propos Recueillis Par Ansoumana Sambou
30 Octobre 2003
Président, la Coupe d'Afrique des clubs champions s'ouvre aujourd'hui (Ndlr : hier) à Maputo sans le Duc forfait. Et compte tenu de la mauvaise prestation de Duchesses il y a deux ans lors de la dernière édition d'Abidjan, la présente édition aurait dû être celle du rachat. Dès lors, on peut penser que l'heure est au regret au Duc ?
Absolument ! Nous sommes au regret, d'autant plus que nous l'avons préparée depuis longtemps. Et à un certain moment, nous avions cru que le destin jouait à notre faveur après plusieurs reports. Il y en avait au total cinq. Et pendant tout ce temps, on courait derrière un gap de 15 millions qu'on n'a pas pu combler malheureusement. C'est déplorable, nous sommes vraiment un peu déçus par cet état de fait. En 2001 à Abidjan, le Duc n'avait pas répondu à nos attentes, simplement parce que, quelque temps avant l'échéance, nous avions perdu la plupart de nos filles qui étaient parties à l'extérieur. Mais cette année, nous avons une équipe performante, vraiment motivée qui voulait reconquérir son titre, et surtout aller en Coupe du Monde des clubs qui est institutionnalisé à partir de cette année. C'est vraiment le véritable objectif du Duc. Gagner pour la première fois le titre à l'étranger et aller en Coupe du Monde, c'était notre objectif. Malheureusement
Vous avez parlé d'un gap de 15 millions. En réalité le budget était fixé à combien ?
À 21 millions de francs. Au début, il était d'une quinzaine de millions. Mais compte tenu du changement du site d'accueil de la compétition, il a été revu à la hausse. En effet, dans un premier temps, on devait aller à Lagos puis on nous a dit que ce serait à Abuja ; et c'est en définitive Maputo qui accueille ces compétitions. Donc le budget a augmenté d'une dizaine de millions.
Et d'où devaient provenir les moyens de combler ce gap ?
Mais de l'État d'abord et ensuite de nos fonds propres ! En fait, il faut dire que nous n'avons rien. Nous sommes un club amateur, nous n'avons rien à l'image des autres clubs du pays. Qui plus est, nous sommes un club qui encadre deux sections donc, soumis à des charges incommensurables. Vers la fin de la saison, nous nous sommes retrouvés sans un sous dans les caisses. Et n'eussent été quelques bonnes volontés, on n'aurait pas pu faire une bonne préparation hivernale. Honnêtement, on attendait de l'État un geste pour nous aider à boucler le budget. Nous pensions que les autorités, en particulier le président de la République qui nous a toujours aidés allait réagir à notre demande de soutien. De même que le Premier ministre et certains ministres qui sont proches de l'Université Cheikh Anta Diop. Mais toutes nos correspondances n'ont trouvé aucun écho favorable. Et c'est regrettable. Toutes nos lettres sont restées sans réponse
Par le passé c'est l'État qui finançait vos campagnes africaines ?
Oui, l'État nous a toujours soutenus entièrement. C'est la première fois qu'on rate une Coupe d'Afrique des clubs. Pour notre première participation à cette compétition en 1989 au Zaïre (ex-RDC), c'est le président de la République à l'époque (Abdou Diouf) qui avait mis à notre disposition l'avion présidentiel. Et ce, tant à l'aller qu'au retour.
Et dans tout cela, quelle est la réaction de la Fédération sénégalaise de basket qui est l'intermédiaire entre vous et l'État. ?
Nous n'avons senti aucunement son assistance. Franchement, et cela je le dis haut et fort, la Fédération ne nous a été d'aucun soutien. Les responsables fédéraux ont fait le service minimum et c'est tout. Le Coud non plus ne nous a pas aidés. Nous n'avons reçu aucun franc de cette structure. Seul le rectorat a réagi en nous promettant une aide qu'on n'a malheureusement pas encore reçue Mais les lenteurs, c'est au niveau de l'Agence comptable.
Cette dépendance des clubs de l'État relance en fait la question de la viabilité même des clubs sénégalais. Pensez vous que le contexte est favorable pour une promotion des clubs vers une autonomie ?
C'est une question fort intéressante, à mon avis. Mais pour y répondre, il faut d'abord se demander s'il y a vraiment une politique sportive au Sénégal. C'est toute la problématique du sport au Sénégal. Je pense que les clubs sénégalais étant démunis, il faut que l'État les prenne en charge dans les compétitions africaines. Il faut les budgétiser comme il le fait pour le football. En d'autres termes, budgétiser les Coupes d'Afrique des clubs. Or au niveau du basket, le plan de relance est d'un montant de 20 millions. Que peut-on faire avec une telle somme ? Moi je crois qu'il faut revoir toute la politique sportive. Sinon, on ne s'en sortira pas. Il faut donc revoir la politique sportive de fond en comble.
Vous avez tantôt déploré le manque de réaction du Coud. Cela voudrait-il dire qu'en dépit des bons résultats du Duc, chez les dames en particulier, les autorités du Coud sont restées indifférentes Et cette situation ne risque-t-elle pas de déteindre dans le moral de l'équipe ?
Il faut dire que jusque-là, qui parlait du Duc parlait du Coud. Il y avait un lien ombilical. Mais on a l'impression que depuis trois à quatre ans, ce lien ombilical s'est distendu. Il devient de plus en plus élastique. Et c'est dommage. Parce que nous espérions qu'avec la venue de Matabara Diop, les choses allaient se développer. Malheureusement, c'est une régression qu'on ressent. Nous tenons quand même à le rencontrer et j'espère que les choses iront mieux.
Et vos sponsors ont-ils réagi à vos appels ?
Non, nos sponsors c'est tout simplement pour le championnat. Mais en fait peut-on réellement parler de sponsors ? Non ! Moi je préfère plutôt parler de mécènes, disons d'amis qui nous aident. Ce sont de bonnes volontés qui nous soutiennent sans aucun intérêt particulier en retour.
Votre cas peut être perçu comme un précédent qui peut avoir un impact négatif dans le moral des clubs qualifiés pour représenter le Sénégal en compétition internationale
Absolument ! C'est pourquoi je disais tout à l'heure qu'il faut une révision globale de la politique sportive du pays. Depuis que le Duc a déclaré forfait, je reçois toutes les deux heures au moins des coups de fil. Et le malheur est que, ces gens savaient bien que j'allais droit vers un forfait mais ils ont attendu au dernier moment pour appeler pour dire que j'aurais dû écrire, j'aurai dû me rapprocher d'eux. Or, on a écrit à qui de droit, normalement. Mais les gens n'ont pas réagi. C'est un précédent très, très grave. Encore une fois nous réitérons notre voeu pour une révision de la politique sportive ".
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 Le Soleil. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.