Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Abdoulaye Diop (Champion du monde de karaté) : confidences du monde de Karaté

Par : Propos recueillis par Babacar Noël NDOYE

30 Octobre 2003


Le titre de champion du monde des moins de 80 kg ne lui est pas monté à la tête. Le gaillard garde le sens des réalités. Avec une surprenante pointe d'humilité, marque des champions.

"Ce n'était pas une surprise pour moi, vu le parcours qui m'a conduit en finale. Je me disais qu'avec la présence de tous ces champions confirmés, le vainqueur de cette catégorie mériterait amplement son titre. C'est pourquoi, quand j'ai gagné mon premier combat, dans une partie d'enfer, face à un adversaire camerounais résidant en France, suivi d'un karatéka belge, ensuite un Koweïtien, puis un Iranien. Ce fut l'un de mes combats les plus durs et plus difficiles. D'ailleurs, c'est à chaudes larmes que mon adversaire a quitté le tapis, tellement la partie était éprouvante. On savait tous les deux que le vainqueur pouvait remporter la médaille d'or de la catégorie. Et ce fut l'apothéose devant un combattant allemand en finale. Tout y était. Il fallait être stratège et combatif pour s'en sortir. C'est ce que j'ai réalisé, en déjouant tous les pièges de mon adversaire pour le contraindre à la faute". Le nouveau champion du monde de karaté de la catégorie des -80 kg juniors parle de son triomphal parcours avec un brin de fierté.

Athlétique et reposant sur une masse musculaire, Abdoulaye Diop dit être encore en "apprentissage pour atteindre d'autres sommets" devant lui permettre de vivre de son art. Stagiaire en art décoratif après avoir quitté l'école classique en classe de 4e secondaire, le sociétaire du Centre sauvegarde de Guédiawaye n'en est pas moins un surdoué du karaté.

De son parcours depuis la plus petite catégorie des benjamins dans laquelle il a raflé tous les trophées, le cousin de Yaye Ami Seck, la championne du monde en 1996 a connu une progression rapide dans les arts martiaux. Champion du Sénégal cadets en 1998 et en 1999, vainqueur du tournoi national juniors en 2000 et en 2001, champion du Sénégal en 2002 et en 2003 en juniors et en seniors, avec à la clé le trophée de l'ambassadeur du Japon, trois fois champion du Sénégal par équipe juniors et seniors, l'élève de senseï Bouna Ndao est de la race des champions. Et quand l'hymne national du Sénégal a retenti dans cette grande salle de Marseille "c'est comme si la terre tournait autour de moi, avec des larmes de joie dédiées à mon peuple, à ma très chère mère qui m'a soutenu durant tout ce championnat avec des prières et conseils, mon professeur de père Me Bouna Ndao dont les recommandations furent palpables et les Sénégalais qui étaient à côté de moi pour savourer cette victoire du travail, de la rigueur et de l'abnégation", note le tout nouveau maître des -80 kg de karaté.

Un titre qui vient couronner les efforts d'un combattant de grande dimension et passionné de cet art martial. Un homme aussi d'une rare humilité qui verse dans la solidarité de groupe. "Il nous faut revenir à nous-mêmes et travailler davantage pour arriver au sommet de notre art, recommande-t-il. Personne dans les grands pays de karaté ne comprendrait que le nouveau champion du monde des -80 kg s'entraîne dans une salle sans tatami et non climatisée".

"Nous avons les compétences techniques, le courage et le fighting pour monter sur le toit du monde, nous karatékas sénégalais, poursuit-il. On y croit dur comme fer. Inch Allah, nous parviendront à faire d'autres avancées significatives pour porter encore haut le flambeau de notre pays sur les mâts les plus élevés de la planète". Abdoulaye Diop ne cesse de remercier sa maman qui n'a ménagé aucun effort pour le soutenir et son professeur de salle, Me Bouna Ndao, qu'il qualifie "d'homme de mesure, d'éducateur et formateur d'hommes qui a fait de moi un champion du monde et un karatéka respecté".

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"C'est ahurissant et inadmissible que l'Etat, au plus haut niveau, ne soit pas venu à l'accueil de la délégation des karatékas qui rentre avec, dans ses valises, un titre mondial. Sous d'autres cieux, le détenteur du titre serait reçu par le chef de l'Etat dans les minutes qui suivent son arrivée dans son pays. C'est quoi ce manque de respect et d'attention à l'endroit des karatékas ? C'est inconcevable et impardonnable", s'emportent des supporters venus de Pikine et de Guédiawaye pour accueillir leurs idoles à l'aéroport vers 21 h. Seul le maire de Sam Notaire était à l'accueil des budos.

Le karaté sénégalais, habitué aux places d'honneur, méritait mieux que ce black-out des autorités qui n'ont sans doute pas mesuré la portée du triomphe du jeune Abdoulaye Diop. Lequel se plaisait à raconter l'anecdote selon laquelle "quand j'ai battu l'Iranien en demi-finale, il pleurait à chaudes larmes. Il a fallu que ses compatriotes lui disent que son vainqueur est un musulman comme lui pour le voir afficher le sourire". Comme quoi le sport va au-delà de la simple compétition.

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