Bakayoko Youssouf
30 Octobre 2003
Tous contre un, le Président Ould Taya est en roue libre pour remporter la présidentielle du 07 novembre prochain. En vue de cette présidentielle, l'opposition mauritanienne a décidé de faire front commun contre Maaouiya Ould Taya.
Elle avait formé un front hostile au pouvoir en place en Mauritanie à travers le «Cadre unitaire de l'opposition» (CUO) qui comprend tous les partis significatifs du pays. Notamment le Rassemblement des Forces démocratiques (RFD) d'Ahmed Ould Daddah et la Convention pour le changement conduite par Messaoud Belkheir. Six autres formations politiques, non négligeables, sont déterminées à mener la vie dure à «l'homme fort» de Nouakchott. Les partis signataires veulent, en tout cas, forcer la main au Colonel-Président pour qu'il souscrive à un jeu démocratique franc et ouvert. Ils avaient compris certainement la nécessité de conjuguer leurs efforts. Cette nouvelle démarche de l'opposition avec Messaoud aujourd'hui esseulé par la mort de Daddah, se veut pragmatique. Le CUO, si tôt né, avait mis l'accent sur l'adoption d'un nouveau Code électoral. Un apport juridique qui devrait couper l'herbe sous les pieds de Ould Taya. Ils voulaient en vain «décourager l'instrumentalisation du prestige et de la force de l'Etat» par le candidat sortant. Selon l'opposition, l'instrumentalisation du pouvoir a toujours fermé la porte au dialogue démocratique. L'opposition demande aujourd'hui des réformes. Le pouvoir de Nouakchott, perpétuation du régime militaire en place depuis le putsch de 1978, ayant renversé Moktar Ould Daddah (décédé le 14 octobre dernier à Paris à 79 ans et enterré à Boutilimit, sa ville natale le samedi 18 octobre), n'est pas en difficulté.
Avec le vent de démocratie qui a soufflé sur le pays, en 1992, l'opposition a transféré ses actions en France. La lutte est plus concertée. Pour les opposants, loin de la «dictature du désert», la déstabilisation du régime passe par un «modus vivendi» des forces politiques présentes en France. Une fois le «modus vivendi» trouvé, le «modus operanda» ne devrait qu'être une question de procédures. Ce front commun contre le locataire du Palais de Nouakchott ne semble pas toujours porter ses fruits. Ould Taya semble plus fort devant autant d'adversaires. Le dernier putsch déjoué du 09 juin a permis de resserrer les rangs autour de Ould Taya. Après deux jours de combats, le chef de l'Etat est sorti vainqueur de cette épreuve. Il annonçait avoir mâté la rébellion menée par un ancien Colonel, Salah Ould Henena. En réplique à ces bruits de bottes, les autorités ont procédé à une vague d'arrestations. De nombreux militaires et des islamistes ont été interpellés. Considéré comme la grande victime, Ould Taya a reçu le soutien de la communauté internationale notamment la France, l'Union Européenne... «qui l'ont assuré de leur solidarité». La cerise sur le gâteau a été sa réception à l'Elysée par Jacques Chirac. Paris lui apporte sa caution, même si le Colonel dirige son pays d'une main de fer. Cette tentative de coup d'Etat a plutôt renforcé le pouvoir Ould Taya. Il domine les rouages de l'administration. Il peut utiliser, à volonté, les moyens de l'Etat pour mener sa campagne. Aujourd'hui, l'opposition qui s'est fondue dans la diaspora sous le vent de la répression se signale. Après dix ans passés en exil en France, l'opposant Mohammed Mahmoud Ould Maloum a décidé de garder l'arme au pied et de rentrer. Comme toujours Maaouiya Ould Taya se retrouve sur le terrain avec des hommes qui ont «été» et qui espèrent un jour le déboulonner.
Depuis l'ouverture de la campagne le 25 octobre dernier, le camp présidentiel essaie de donner des coups de pieds dans la fourmilière de l'opposition. Le Directeur de campagne de Ould Taya accuse ses adversaires de «tricherie». Pour lui, l'opposition a décidé de faire des tirs groupés au cours de leurs meetings pour «tromper l'opinion sur leur capacité réelle de mobilisation de masses». L'occasion est donc propice pour se décocher mutuellement des fléchettes. Le maître mot dans les meetings reste «la corruption». Cependant une inquiétude demeure après les discours de campagne. On s'achemine inévitablement vers des élections sans observateurs. Les autorités n'ayant pas sollicité la présence des observateurs dans les bureaux de vote. La Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme (RADDHO) a annulé récemment sa mission d'observation des élections du 07 novembre prochain. Tous les regards sont braqués sur la Mauritanie. Qui se dit «suffisamment mûre» pour assurer des élections libres et équitables.
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