Mamadou B. Traore
30 Octobre 2003
Le karaté sénégalais peut dormir sur ses deux oreilles. La relève de la génération dorée qui collectionne les honneurs depuis une décennie se met déjà en place. Et elle a de la gueule. Mais a besoin d'un suivi afin de ne pas connaître des lendemains qui déchantent.
Tous ceux qui avaient des appréhensions sur l'après-génération dorée du karaté de ces dix dernières années ont dû se rassurer en voyant une vague de jeunes déferler sur les tatamis continentaux et mondiaux. La razzia effectuée aux championnats d'Afrique cadets-juniors de Gabarone (12 titres) en 2002, la percée aux Jeux africains d'Abuja de jeunes loups aux dents longues emmenés par Moustapha Guèye Ndiaye, double médaillé d'or en équipe et en open, la réconfortante participation aux récents championnats du monde cadets-juniors sanctionnée par une 7e place grâce au titre d'Abdoulaye Diop et à la médaille de bronze d'Anna Seck, sont autant d'indices montrant que la relève est déjà en place. Bien en place. La projection de cette nouvelle vague au-devant du tatami est une option de l'encadrement technique national désireux de mettre en place une relève de qualité à même de consolider le leadership continental du karaté sénégalais menacé par la montée en puissance de nombre pays africains. "C'est fait à dessein", reconnaît le Dtn Mamadou Diop, aux yeux de qui "la vieille garde est plus proche de la sortie qu'autre chose". C'est partant de ce constat que le patron technique du karaté sénégalais avait, à Abuja, taillé pour Mamadou Aly Ndiaye, Fodé Ndao et autre Diarra Alioune Guèye des kimonos d'encadreurs. Je leur avais dit qu'ils devaient jouer un rôle d'entraîneur auprès de leurs petits frères et soeurs", insiste Me Diop. Les conseils des maîtres ne sont apparemment pas tombés dans les oreilles de sourds. Et la nouvelle cuvée, constituée pour une bonne part de juniors, commence à prendre ses aises chez les "grands du tatami". "Les Sénégalais ont un don naturel pour le karaté. Se battre est en effet naturel chez les Sénégalais", analyse Mamadou Aly Ndiaye qui ne tarit pas d'éloges sur la qualité du matériau disponible. "Nous avons de très bons jeunes tireurs qui, mis dans de bonnes conditions, peuvent nous valoir de grandes satisfactions sur le plan mondial", avise le champion du monde des lourds. Lequel, dubitatif, ne manque cependant pas de s'interroger : "Est-ce qu'il y aura un suivi ?"
L'interrogation du pensionnaire du club Siq de Paris trouve sa pertinence dans le constat d'abandon dans lequel se trouvent les sportifs sénégalais. Il en veut pour preuve l'exemple de Yaye Ami Seck qui, privée de bourse, est réduite à se démêler comme elle peut pour poursuivre ses études au Canada, reléguant au second plan le karaté. D'où la déroute de l'ancienne championne du monde juniors aux récents Jeux africains. "Un champion ne doit avoir de souci que faire de la compétition et la gagne", fait remarquer le porte-drapeau de la délégation sénégalaise aux joutes d'Abuja.
Ce suivi est d'autant crucial aux yeux de Fodé Ndao que les rangs de la relève gagneraient à être plus étoffé. Pour la consolidation d'un leadership continental de plus en plus menacé.
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