Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Espace livres : Tout... Le Monde en parle.

Martial Ongono, à Paris

30 Octobre 2003


Daniel Schneidermann aura vécu un vrai cauchemar avec la parution de son dernier livre Le cauchemar médiatique.

Cela aurait pu être un livre banal de la rentrée, quoique écrit par Daniel Schneidermann dont on connaît par ailleurs l'esprit " provoc ", frondeur et iconoclaste. Ce sera la parution la plus médiatisée de ce mois d'octobre, se hissant dès la première semaine dans le top ten des livres les plus courus en librairie. C'est qu'à la vérité, l'auteur referme ses pensées sur un crime de lèse majesté. Il a osé consacrer un chapitre à son quotidien : Le Monde. Le chapitre de trop ? En tout cas, intolérable et inacceptable pour sa hiérarchie. Et tout le destin du livre se joue là, finalement celui du journaliste aussi, renvoyé quelques jours plus tard de la rue Claude Bernard où se trouve le siège du journal. La lettre de licenciement est sans équivoque, "L'entreprise de dénigrement à laquelle vous vous êtes livré, tout au long du chapitre de votre livre consacré au Monde, et dont vous ne pouvez bien évidemment pas ignorer le tort qu'elle cause au journal, constitue une cause réelle et sérieuse justifiant votre licenciement". Voilà tout.

Mais qu'a-t-il donc fait de si grave? Le journaliste estime notamment que la direction du Monde n'avait pas su répondre aux accusations de Pierre Péan et Philippe Cohen dans La Face cachée du Mond,e paru en mars dernier avec tout le retentissement spectaculaire dont on se souvient. Tout en prenant des pincettes, le chroniqueur, dans sa posture d'écrivain, égratigne le mythe Edwy Plenel et Jean-Marie Colombani. "Même si le livre suintait la volonté de détruire, et était truffé derreurs flagrantes, écrit M. Schneidermann, il me semble que Le Monde, plutôt que de répondre comme un clan sicilien offensé par la provocation d'un clan rival (mutisme majestueux, chagrin insondable, bordée d'insultes et préparation minutieuse du bain de sang des représailles) devait répondre comme un journal dans une démocratie développée au 19e siècle : en ouvrant ses bouches, ses comptes et ses archives, je crois que les médias ont une telle puissance dans le fonctionnement démocratique d'aujourd'hui qu'ils n'ont d'autre choix que d'être le plus transparent possible sur leurs secrets de cuisine ".

C'est d'ailleurs la trame de fond de ce prématurément best-seller. L'ouvrage démonte le mécanisme d'un phénomène infernal qu'il nomme "l'emballement médiatique", cette fuite en avant de l'information, où l'on voit à la télévision n'importe qui dire n'importe quoi, et la plupart des téléspectateurs prendre cette imposture pour vérité. Daniel Scheidermann s'appuie, pour illustrer son propos, sur quatre exemples : l'exploitation à la télévision du thème de l'insécurité durant la campagne présidentielle 2002, les approximations, des investigations et des commentaires relatifs aux affaires de pédophilie, le charlatanisme d'un invité qui vint contester sur le plateau de Tout le monde en parle, talk show hebdo sur la chaîne publique française France 2, l'authenticité de l'attentat du 11 septembre, et enfin l'écho rencontré par l'émission Loft Story. Quatre échantillons emblématiques de ces dérèglements qui menacent la machine médiatique, ou plutôt qui menacent à travers la machine médiatique la vérité et la raison.

Liens Pertinents

Un livre assez convenu. Car à force d'avoir été alertés depuis des années sur ce sujet, tarte à la crème des temps modernes, par une cohorte de penseurs, nous n'ignorons plus rien des ravages opérés sur les esprits par les médias et qui menacent autant la France que le Cameroun en cette veille d'élection où des commentateurs de tout bord retrouveraient une divine inspiration pour tuer. Mais en analysant la manière dont nous recevons les nouvelles du monde, l'auteur dresse le portrait de l'individualité démocratique d'aujourdhui, il souligne cette subjectivation croissante qui désormais instruit notre manière de considérer la société. Car en fait, les distinctions entre le privé et le public, entre l'intime et le social, entre la fiction et la réalité sont abolies. Daniel Schneidermann dit le mot juste : " Le monde ressemble à un cauchemar". Et dans les dernières lignes de son livre, il nous propose cette définition du journalisme : " plonger assez profondément dans l'emballement du monde pour saisir ses ressorts, tout en restant assez dehors pour ne pas être emporté par les remous. " C'est trop tard, il était dedans. Il a été licencié du Monde pour avoir publié ce livre.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2003 Le Quotidien Mutations. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Cameroun

Rubriques