Par Pius N. NJAWE
31 Octobre 2003
Le Malien qui descend à l'aéroport international de Douala, ou le Camerounais qui descend à celui de Bamako-Senou, est généralement surpris, lorsqu'il s'agit de son premier voyage dans ce pays, de constater la facilité avec laquelle la police des frontières lui ouvre les portes d'entrée : un simple cachet indiquant votre date d'arrivée, et vous pouvez vous évanouir dans les profondeurs du pays, pendant que les autres passagers étrangers doivent subir un contrôle minutieux des visas et autres conditions de séjour.
C'est sans doute cette facilité qui explique que de nombreux Maliens aient choisi de s'installer au Cameroun depuis de très nombreuses années, et que le Mali soit devenu depuis quelques temps déjà, l'une des destinations les plus prisées des Camerounais en quête d'aventure africaine. Plus de 10.000 Maliens vivent actuellement en terre camerounaise, à en croire certaines estimations qui prennent à contre-pied le chiffre de 7.000 recensés à la veille de la dernière élection présidentielle au Mali; mais ces deux estimations sont minimisées par le secrétaire général du Conseil des Maliens du Cameroun, M. Hadi Diakité, qui pense qu'il faut multiplier au moins par trois ce chiffre officiel pour être proche de la réalité.
Contrairement aux autres étrangers qui doivent produire un permis de séjour et obtenir un permis de travail pour exercer quel que activité que ce soit, ces Maliens du Cameroun travaillent librement dans tous les secteurs d'activités, au même titre que les Camerounais. On les retrouve ainsi dans les petits métiers de la débrouillardise comme le commerce ambulant, la cordonnerie ou la coiffure « porte-porte », la blanchisserie, le gardiennage, le métier de domestique, etc. Mais si dans leur grande majorité les Maliens du Cameroun exercent généralement dans ces petits métiers, ils sont tout aussi nombreux à faire du commerce général (import-export), la couture-broderie, la bijouterie, l'artisanat, etc. Mohamed Kome, bijoutier situé derrière l'hôtel Parfait Garden à Akwa, Abdoulaye Sylla et Mamadou Yattassaye qui font dans l'importation de produits asiatiques, sont quelques exemples de Maliens dont les affaires semblent prospérer à Douala. Mais la communauté malienne du Cameroun compte aussi dans ses rangs des fonctionnaires internationaux comme Madani Tall, le représentant-résident de la Banque mondiale, ou le Dr. Oumar Maïga de la Fao à Yaoundé.
Inversement, nous ne disposons pas de statistiques exactes sur les Camerounais vivant au Mali, la communauté camerounaise là-bas n'étant pas formellement organisée, et l'Etat se fichant, là-bas comme ailleurs, de ses ressortissants à l'étranger. Toutefois, on estime à au moins un millier, le nombre de Camerounais résidant au Mali ; ils sont pour la plupart des étudiants, dont au moins 300 inscrits aux facultés de médecine et de pharmacie de l'Université du Mali ; d'autres sont répartis dans d'autres filières de l'université (droit, sciences éco, etc.), tandis que d'autres encore sont dans des lycées et collèges, ou travaillent dans des sociétés - comme ce jeune homme qui, « venu en aventure » ainsi qu'il l'explique lui-même, est aujourd'hui employé à Ikatel, l'un des opérateurs maliens du téléphone portable, - ou institutions internationales. On dénombre ainsi trois Camerounais à la représentation Camair de Bamako, et un autre à l'Institut africain de Statistique (M. Balepa). Dr. Momo quant à lui aurait carrément pris la nationalité malienne, sans doute parce qu'il se plaît bien dans ce pays où il exerce depuis bien longtemps à l'Institut Ophtalmologique de l'Afrique. Un autre Médecin prénommé Alain exercerait à la Polyclinique Pasteur de Bamako. Mais il y en a aussi qui se débrouillent dans le petit commerce, comme celui qui tient ce petit restaurant qui fait le bonheur des étudiants en médecine et en pharmacie au Point G, quartier universitaire de Bamako. Il y a enfin ceux que les « Camers » là-bas appellent « western » ; il s'agit de ces Camerounais en mal d'aventure outre-Atlantique qui vont à la recherche de réseaux de papiers pour quitter le continent. Ils n'ont généralement pas de contact avec leurs compatriotes, et repartent dès qu'ils trouvent un « créneau ».
Au niveau des investissements, on peut citer au moins deux exemples connus de Camerounais ayant monté au Mali des affaires qui prospèrent : le Groupe Babemba que dirige le Komam Doumbia, et auquel est fortement associé le groupe Fotso Victor ; ce groupe compte au moins trois unités industrielles à Bamako : la Somapil (fabrication de piles électriques), la Prodimal pour la production des insecticides, et la Camafra qui produit de la matière première pour Prodimal. Il faut ajouter à ces unités industrielles un complexe immobilier de haut standing, le « complexe Babemba » qui dispose en plus des appartements et des bureaux, de deux salles de cinéma et d'une boîte de nuit qui fait bouger les adeptes du Bamako by night. Il y a ensuite Cacoco (Compagnie africaine de Conception et de Construction en Bâtiments et Travaux publics), filière malienne de Cacoco Cameroun de M. Mukam connu des Camerounais pour la construction des écoles japonaises à Douala et Yaoundé. A Bamako Cacoco a à son actif la construction du Complexe Babemba, celle partielle du Centre culturel islamique, et la résidence de Komam Doumbia.
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