Le Patriote (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Marché du livre : Les libraires rencontrent des difficultés d'approvisionnement

Cissé Cheick (stagiaire)

31 Octobre 2003


En période de rentrée des classes, les libraires enregistrent d'importantes commandes de manuels scolaires en vue de faire face à la forte demande. Mais, cette année certains ouvrages se font rares dans les rayons. Les libraires accusent les maisons d'édition.

Sur les étagères, les livres sont rangés selon les classes. Au premier coup d'oeil, l'on constate que les «rayons» du second cycle sont presque vides.

Nous sommes à la librairie de France sise au grand carrefour de Koumassi. M. Kouadio, Fiéni l'un des employés de la maison de leur choix discute avec des clients et les oriente vers les manuels qu'ils recherchent. Selon lui, «Cette présence timide des clients est en partie due au manque de moyens». En outre, constate-t'il, les parents dont les enfants au second cycle repartent très souvent insatisfaits. «En dehors des livres de Mathématiques, les ouvrages d'Histoire-géographie, les manuels de Biologie et de Philosophie (niveaux première et terminale) se font rares», confie Kouadio. «Tous ces ouvrages, poursuit-il sont édités en France. Et la pénurie qui sévit actuellement est due au fait que certaines maisons d'édition exigent le paiement, comptant, avant toute livraison de la commande». La librairie «Sodiya» située sur la rue 38 à Treichville n'a pas échappé à cette dure réalité. Son gérant, M. Diallo Ibrahim, explique qu'en plus d'exiger du «cash», les fournisseurs ne respectent pas souvent les délais de livraison. Ce qui en rajoute aux peines des parents d'élèves.

«La garantie COFACE» retirée à la Côte d'Ivoire

La COFACE est une assurance qui couvre les risques d'importation, moyennant, le paiement d'une certaine «commission». Outre, l'assurance-crédit, cette société publique française garantit les investissements. Pour M. Dramane Bouaré, Directeur de la distribution au Centre d'édition et de diffusion africaines (CEDA), cette garantie a été retirée à la Côte d'Ivoire pour cause de guerre. «Les fournisseurs français, qui sont pour la plupart des éditeurs privés, préfèrent amoindrir les risques à l'exportation. Ils imposent donc des mesures difficiles, comme le règlement du coût totale de nos commandes à l'avance», explique-t-il. Selon lui, il est possible de contourner le problème en trouvant d'autres partenaires français qui ont des conditions plus souples. «Le CEDA arrive à importer des ouvrages à hauteur de 50 % des frais de commande. L'autre partie faisant l'objet d'un règlement ultérieur ;après que nous ayons fini de vendre la dotation», affirme t-il. Avant de plaider pour que les fournisseurs Français songent à assouplir leurs conditions. «C'est un problème qui risque de paralyser la distribution de certains ouvrages importants», craint-il.

M.Dramane a par ailleurs fait remarquer que les maisons d'éditions ne jouissent pas toujours des facilités qui leur sont offertes au Port, lors du débarquement des ouvrages. «Les livres ne sont pas taxés ,cela devrait rendre plus souple les formalités douanières à remplir avant le retrait des arrivages. Malheureusement tel n'est pas le cas . Nous rencontrons beaucoup de difficultés pour retirer les livres», s'offusque Dramane. Les maisons d'édition soutiennent avoir saisi les autorités compétentes plusieurs fois, mais, leur «calvaire» continue.

NEI, un cas particulier

Concernant les Nouvelles éditions ivoiriennes (NEI) tout se fait pratiquement au plan local. Tous les livres sont édités sur place, sauf les cas de co-édition. Ainsi, les manuels de NEI sont disponibles dans les rayons. A la différence de CEDA, les NEI ne font pas la diffusion à grande échelle. Selon M. Gozé Roger, Directeur de la recherche et du développement, les NEI ont connu des ruptures de stocks suite aux mouvements de déplacement des populations vers Abidjan pour cause de guerre. Dans le cadre de la politique de gratuité de l'école, le gouvernement avait demandé à NEI de fabriquer un très grand nombre d'ouvrages pour satisfaire à la forte demande .A propos de ce contrat, M. Gozé a dénoncé la présence de certains ouvrages sur la liste publiée par l'Etat, alors qu'ils ne sont plus édités.

«Même dans les librairies, ces livres retirés des programmes existent toujours», déplore t-il. Pour lui, l'Etat de Côte d'Ivoire n'a pas les mêmes moyens que la France qui procède à des innovations pratiquement tous les deux ans. Il se réjouit, par contre, de la politique de toilettage des manuels entamée par le ministère de l'Education. «Car, il est inconcevable que, pour un même niveau et pour une même discipline, on puisse proposer plus de quatre oeuvres au choix». Selon lui, les maisons d'édition doivent «compétir» sur la qualité et non sur le contenu des livres

Tout comme les NEI, les Editions «livre Sud» (Edilis) quant à elles n'éditent que les livres d'éducation civique et morale qui sont aussi présents dans les rayons.

La gratuité, une autre source des problèmes

Selon le Directeur de la recherche des NEI, la gratuité des manuels doit absolument tenir compte des intérêts de tous ceux qui forment la chaîne du livre. Ce qui ne semble pas être le cas. Certains libraires affirment qu'ils attendent toujours d'être reglés par l'Etat après la livraison des manuels gratuits. «Depuis l'année dernière, nos mandataires, avec qui nous avons fait la distribution, nous doivent encore de l'argent», précise-t-il. Pour justifier le fait qu'ils aient limité leurs commandes cette année. Par ailleurs,M Diallo, l'un des libraires fustige le comportement des «librairies par terre». Ces derniers, selon lui, viennent acheter des livres à bas prix et les revendent plus cher. «Contrairement à eux, nous tirons 50 % de notre chiffre d'affaires dans la vente des manuels scolaires. Et nous ne pouvons pas les laisser perturber le marché», ajoute-t-il. Pour faire face aux nombreuses difficultés, un Groupement d'intérêt économique (GIE) a été mis en place pour défendre les intérêts des professionnels du secteur. Cette structure devrait selon M.Diallo négocier avec l'Etat pour que celui-ci mette à la disposition des élèves concernés par la gratuité des livres, des bons infalsifiables. Il appartiendra à ces élèves d'aller s'approvisionner dans les librairies de leur choix. Les autorités se chargeront, à terme, du paiement des bons.

«Notre demande n'a pas encore été mise en application. Mais, nous continuons de nous battre pour que les librairies puissent jouer pleinement leur rôle dans l'activité économique du pays», conclut-il.

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