Idriss Ouchagour
31 Octobre 2003
Alors que la mise en vigueur des dispositions de la charte nationale de l'éducation et la formation entame, avec la présente session scolaire, sa quatrième année successive, le phénomène de l'abandon scolaire précoce chez les jeunes filles rurales admises au second cycle de l'enseignement fondamentale, suscite toujours de l'inquiétude dans la région de Tafraout.
En effet, une lecture des statistiques dont nous disposons, montre que le taux d'abandon précoce chez cette catégorie d'élèves, dans la totalité des six communes rurales du cercle de Tafraout, s'élève à 57% de l'effectif global des filles devant, principalement, accéder à la première année du second cycle de l'enseignement fondamental.
Un taux jugé alarmant par les observateurs, comparativement à la précédente année scolaire, où celui-ci, a, au contraire, positivement enregistré une baisse de 61%, en raison de l'ouverture du collège Idriss I dans la commune d'Aït Ouafka et d'une annexe du collège El Atlas dans celle de Tarswat, et, conjointement, d'une maison d'étudiante dans chacune de ces communes, connues pour leur forte concentration en population rurale. La même lecture relève, par ailleurs, que les deux communes ayant enregistré lors de la précédente session scolaire les plus hauts taux d'abandon chez les nouvelles collégiennes, en l'occurrence celle d'Afla Ighir et Tassrirt, caracolent toujours en tête de ces six communes affectées par ce phénomène avec respectivement, 32% et 19%.
Autrement dit, la totalité des filles relevant de ces communes et admises au second cycle du fondamental n'ont pas pu poursuivre leurs études à la première année du collège. Cet état de fait ne peut évidemment trouver son explication que, tout d'abord, dans l'éloignement des établissements scolaires hôtes des lieux de leurs résidences des nouvelles collégiennes, comme c'est le cas pour les communes rurales d'Alfa Ighir, Tassirt, Tahala et Ammelne.
Ce à quoi vient s'ajouter le fait que certains carcans de la tradition encore ancrés particulièrement dans la société rurale, agissent toujours malheureusement, pour empêcher les jeunes filles scolarisées de s'éloigner de leurs foyers familiaux pour continuer leur scolarité.
Stopper l'hémorragie
Il est donc, dommage voire aberrant qu'une telle situation "hémorragique" puisse perdurer au moment même où la charte nationale de l'éducation et la formation insiste explicitement sur l'encouragement à la scolarisation des filles du monde rural où l'analphabétisme atteint, justement, parmi la gente féminine des proportions des plus catastrophiques. Aussi, des efforts doivent-ils être entrepris, sans tarder, dans le but de la concrétisation de la généralisation du cycle secondaire de l'enseignement fondamental aux communes précitées qui en sont dépourvues par la construction des annexes des collèges; ainsi que de les doter de foyers d'hébergement (Dar talibates) pour les filles habitant dans les douars éloignés de ces communes.
Par ailleurs, il faut procéder à l'organisation, à l'approche de chaque rentrée scolaire des campagnes de sensibilisation auprès des familles de cette catégorie d'élèves afin de les convaincre pour que lurs filles puissent continuer leur scolarité loin du foyer familial. Et ceci, n'est réalisable, bien évidement, sans le concours, dans une approche participative et partenaire, de tous les intervenants, comme le stipule la Charte nationale de l'éducation et la formation, dans l'acte éducatif et formateur. A ce propos, les conseils de ces communes touchées pour ce fléau, leurs associations de développement local, celles de parents d'élèves et les autorités locales, entre autres, partenaires et protagonistes dans la chose éducative, sont appelés, désormais, à ne pas rester au-dessus de la mêlée, comme s'en est, malheureusement le cas. Ceux-ci se doivent, au contraire, d'agir dans un élan de mobilisation générale, pour juguler le développement de ce fléau qui continue, paradoxalement, à priver les jeunes filles scolarisées de pouvoir continuer leurs cursus scolaire au second cycle de l'enseignement fondamental, après que l'Etat, par le biais du ministère de tutelle, ait consenti des efforts considérables pour leur permettre d'accéder à l'Ecole.
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