Le Soleil (Dakar)

Afrique: 3e congrès des ecrivains d'Afrique et de ses diasporas : conjuration des calamités politiques et économiques

Habib Demba Fall

31 Octobre 2003


L'écrivain, philosophe et critique littéraire sénégalais Hamidou Dia décompte 25 foyers de conflit et au moins 35 foyers de tension potentiels en Afrique.

Inquiétant. « Notre continent, aujourd'hui, est voué à toutes sortes de calamités. Les calamités naturelles, nous en avons l'habitude. Mais il y a les calamités politiques et économiques dont la guerre est l'expression la plus violente ». Ces propos justifient, à eux seuls, le thème « Guerres et paix » retenu pour ce Nouveau congrès des écrivains d'Afrique et de ses diasporas qui se déroule depuis lundi à Ndjaména, au Tchad. Sur la soixantaine d'auteurs, enseignants et critiques littéraires invités, pas moins de 35 participent aux débats.

Lorsqu'ils sont invités à parler de littérature, les écrivains donnent souvent raison à l'image caricaturale d'un esprit plus tourné vers la musicalité des mots que le sens de leur projet littéraire. Le nouveau congrès des écrivains d'Afrique et de ses diasporas s'est voulu autre. Il s'est voulu l'espace intellectuel d'un inventaire des projets littéraires antérieurs, d'analyse d'un présent lourd de fléaux comme la guerre, le sida, les dérives de la course au pouvoir, la pauvreté, etc. Ici, le langage des symboles n'a de sens que rapporté au vécu.

Sur ce plan, le choix de Ndjaména est le premier symbole fort. Capitale d'un pays meurtri par les dissensions régionales, et agressé par les luttes pour le partage ou le contrôle exclusif du pouvoir, Ndjaména s'est réveillée, vendredi 24 octobre dernier, avec un nouveau chant d'espoir : « Fest'Africa ! ». Il s'agit là du nom du festival thématique basé à Lille qui a choisi de décentraliser, pour une première fois, l'organisation d'un congrès d'écrivains en terre africaine. Le mot est, depuis cette date marquant l'ouverture du pré-congrès, repris dans les rues. On ne se doutait pas que les lettres pouvaient susciter, dans des pays où la lecture est l'activité des élites, une telle adhésion.

Il y a peut-être une explication affective d'abord. C'est Nocky Djedanoum, un enfant du pays, qui a tenté ce pari. Au début, racontait-il il y a quelques jours aux auteurs venus dans son pays, le pari ressemblait à un projet de fou. « Venir au Tchad ? Pour quoi faire ? », ironisaient ses confrères. Nocky Djedanoum, tenace, croyait en son projet. Faire venir des écrivains, sur des thèmes liés à « Guerres et paix », c'était, pour lui, la meilleure manière d'oublier la tragédie tchadienne. Cette tragédie, de l'avis de l'écrivain tchadien basé à Paris, Nimrod, a donné un coup de frein à la production littéraire en plus des blessures morales et physiques portées par tout un peuple.

De ce fait, pendant longtemps, le premier éditeur des auteurs du pays était Radio France Internationale à travers ses concours de nouvelles et de théâtre. Divisions entre le Nord et le Sud, dissensions politiques et sociales : le cocktail explosif était là pour que le désastre refuse de libérer les énergies créatrices. Sans infrastructures, sans maisons d'édition, les produits de l'esprit ne valaient pas mieux que des chefs d'oeuvres voués à l'oubli.

L'héritage de Joseph Brahim Saïd et Baba Moustapha était, dès lors, lourd à assumer. Pas parce que les talents n'existaient pas, mais parce que ces voix ne trouvaient pas l'écho amplificateur et salutaire. « Jusqu'à 30 ans, je n'ai pas rencontré un écrivain tchadien, révèle Nimrod. « La littérature tchadienne est caractérisée par l'errance », poursuit-il. Et maintenant ? Les leçons de la crise tchadienne seront bonnes à retenir par les peuples qui voudraient céder à la tentation d'aventurisme. C'est ce qui justifie le thème de ce congrès.

Il est considéré comme le troisième du genre - après ceux qui se sont tenus à Paris (1956) et à Rome (1959) - par les glorieux aînés comme Senghor, Alioune Diop, Jacques Rabemananjara, Aimé Césaire, etc. La nouvelle génération d'écrivains entend assumer cet héritage en l'interrogeant, la soumettant à la critique et en le plaçant dans le contexte politique, économique et social africain et des diasporas.

Fest'Africa, en collaboration avec l'Association Arts et Médias d'Afrique, a choisi de donner le nom de « Nouveau congrès des écrivains d'Afrique et de ses diasporas » à ces rencontres, à cause d'une querelle de « marque déposée » qui les aurait opposés aux dépositaires du legs de la Société africaine de culture, initiatrice des deux premiers congrès à Paris et Rome. Mais, soutiennent les organisateurs et participants, cette querelle de paternité n'est qu'un épiphénomène. Le principal, estiment-ils, est l'introspection sur les « identités meurtrières » (Amin Maalouf) africaines et les autres questions qui fâchent.

Ainsi, les luttes pour le pouvoir, le drame rwandais, l'Ivoirité, la course au contrôle des richesses, le sida comme forme de violence, les langues nationales ou maternelles sont autant de questions qui intéressent les écrivains. Boubacar Boris Diop et Hamidou Dia représentent le Sénégal. Ken Bugul et Cheikh Hamidou Kane, président du Comité scientifique n'ont pu rallier Ndjaména. Alain Mabancka de la République du Congo, Nimrod et Nocky Djedanoum du Tchad, Fatou Keïta et Véronique Tadjo de la Côte d'Ivoire, entre autres écrivains, prennent part à ce congrès.

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