M. L. Badji
31 Octobre 2003
Pape Seydi, photographe-reporter au quotidien «Scoop» du groupe de presse «Le Soleil», vient de remporter le Prix de l'Agence intergouvernementale de la Francophonie pour «la Recherche esthétique». Il lui a été attribué à l'occasion de la 5e biennale des Rencontres de la Photographie africaine, qui se déroule à Bamako au Mali, du 20 octobre au 20 novembre 2003 sous le signe : «Rites sacrés, rites profanes».
«C'est l'expression d'un rite profane qui a été récompensée», a indiqué, hier, Mame Fatim Guèye, ambassadeur secrétaire général de la Commission nationale du Sénégal pour la Francophonie, sous l'égide de laquelle les responsables de l'Exposition nationale ont tenu un point de presse, en présence du lauréat et de ses compagnons.
Présenté dans le cadre de l'Exposition nationale du Sénégal composée de sept photographes, le travail de Pape Seydi a été primé dans l'espace de la Semaine professionnelle qui, elle, a eu lieu du 19 au 26 octobre dernier. Le reporter-photographe a exposé un travail sur le rite estival de la baignade (à la plage) des jeunes dakarois. Un travail d'une «simplicité rafraîchissante par sa pureté et sa pudeur», commente la Commissaire à l'Exposition nationale Koyo Kouoh, par ailleurs présidente de l'Association africaine de culture contemporaine. Elle ajoute que le photographe primé a su rendre le thème des Rencontres : «Rites sacrés, rites profanes». Notamment à travers une «volonté d'écrire une autre histoire des jeunes africains», sur la base d'un travail de recherche esthétique. Car, à l'en croire, les jeunes gens sur ces photos ont l'air de vouloir dire au monde : «Regardez-nous, nous sommes jeunes, Africains, libres, nous avons la mer, la chaleur et il fait bon vivre chez nous».
Pour Pape Seydi, la «Mélodie» - titre de l'exposition - est une «expression de la tolérance au Sénégal» qui trouve à s'exprimer dans la rencontre entre des personnes de croyances différentes. «J'ai voulu montrer le côté positif du Sénégal», souligne le lauréat, convaincu que «le photographe baigne dans son environnement».
Le prix reçu par l'artiste photographe distingué consiste en une reconnaissance du travail et une enveloppe d'un million de Franc CFA. Le lauréat compte, entre autres projets, «animer pour les jeunes des ateliers de photographies artistiques et ainsi susciter cette sensibilité». Pape Seydi a, par ailleurs, suivi différents stages de formation, notamment au Centre Soleil d'Afrique à Bamako ainsi qu'au Centre d'Etudes des sciences et techniques de l'information (CESTI).
Son travail a déjà été vu dans le cadre de quelques expositions collectives dont «L'artiste et la ville» au Centre d'Art contemporain de Barcelone (2001) et «Un Saint dans la Cité» au Flower Museum de l'université de Californie, dédiée au guide mouride Cheikh Amadou Bamba. Lui et les six autres photographes, à dominante jeune, ont été sélectionnés au terme d'un appel à candidatures privilégiant la «photographie de niveau très élevé», a dit Koyo Kouoh. «Nous n'avons pas eu beaucoup de retours, car c'est une discipline artistique pas vraiment reconnue chez nous», a-t-elle expliqué. En outre, il fallait de nouveaux talents à présenter sur la scène internationale.
Nous étions partis «juste pour participer et non en compétition», a fait savoir Matar Ndour, photographe autodidacte, membre de l'Exposition nationale qui a fait le déplacement à Bamako. Il a exposé sur le «Vieux et le nouveau Rufisque». Alioune Mbaye, photographe à l'Agence Panapress, s'est dit «surpris» de se retrouver à Bamako, sélectionné à partir de ses photographies sur la lutte sénégalaise et ses rites (sacrés ou profanes?) publiées sur Internet. Fatou Kandé Senghor, jeune artiste réalisatrice, costumière et photographe a, quant à elle, fait le portrait de huit femmes dans des situations de la vie quotidienne. Les trois autres, Aliou Bâ dit Pécos, Ibrahim Guèye alias Boy Sorano et Mohamed Guèye dit Johnny, ont exposé au titre de «photographes ambulants»
«A travers la récompense de Pape Seydi, c'est aussi l'exposition nationale du Sénégal qui est récompensée parmi cinq autres pays de l'Afrique», a laissé entendre la commissaire Koyo Kouoh. Une suite dans la logique des Rencontres de Bamako que les photographes sénégalais ont marquées de leur empreinte depuis la première édition en 1994.
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