La Presse (Tunis)

Tunisie: Recherche et développement : technopoles : est-ce le décollage ?

M. Missaoui

31 Octobre 2003


Organisé par le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Technologie pour promouvoir le programme national des technopoles auprès des opérateurs nationaux et internationaux, le colloque tenu à Hammamet a largement tenu ses promesses.

D'abord par une participation diversifiée et de qualité. Une vingtaine de représentants de grandes firmes, d'institutions internationales et de certaines technopoles étrangères mais aussi d'un nombre fort représentatif de la communauté scientifique et de la recherche en Tunisie et d'hommes d'affaires tunisiens.

Ensuite par la qualité de la matière présentée. L'ensemble des parties impliquées dans ce processus ont, tour à tour, essayé de présenter une réponse à la question : pourquoi investir dans l'intelligence en Tunisie ?

Enfin par une organisation judicieuse. Le programme a comporté des conférences, des témoignages, une exposition et un débat en salle ainsi que des visites aux technopoles, notamment à Borj-Cédria, Sidi Thabet et à Al Ghazala.

Résumant le bilan de ce colloque, M. Sadok Korbi, secrétaire d'Etat à la recherche et à la formation auprès du ministre de l'Enseignement supérieur, l'a qualifié de «grand rendez-vous de décollage» pour les technopoles en Tunisie. Le message semble avoir passé.

La Tunisie a acquis une expérience. «Nous ne partons pas de zéro», a ajouté M. Korbi qui a animé le séminaire. Effectivement, la technopole Al-Ghazala est classée aujourd'hui 16e sur 40 technopoles spécialisées en informatique et techniques de l'information à travers le monde. Aujourd'hui, la Tunisie se rapproche des indicateurs européens en matière de diplômés en sciences, sciences de l'information et techniques. En 2010, 13‰ des jeunes tunisiens (24-29 ans) auront ces qualifications, donc dépassant les taux des pays européens. «Ce ne sont pas des prévisions, mais des réalités», souligne encore le secrétaire d'Etat.

L'objectif premier du séminaire - le deuxième du genre - était de réaliser une opération de «marketing» fondée sur les réalités présentes de la Tunisie et ses projections objectives futures en vue de créer une nouvelle génération d'entreprises basée sur l'innovation. Quand on sait que 23% des étudiants suivent aujourd'hui des filières courtes, et que 10.450 chercheurs en équivalent plein-temps répartis sur 28 centres de recherche, 109 laboratoires et 384 unités de recherche, on mesure l'importance de ce potentiel humain et les garanties à ce niveau pour les investisseurs. Quand on sait également que 1% du PIB est alloué à la recherche soit 350 milliards, on se rend compte de la volonté déterminée au niveau politique, à cet égard, concrétisée à ce jour par six technopoles implantées dans différentes régions du pays, celles-ci seront suivies par six autres dans les années à venir. Les participants étrangers qui ont eu à connaître des compétences tunisiennes soit en Tunisie ou à l'étranger n'ont pas cherché davantage d'arguments pour témoigner, de leur côté, de la grande valeur scientifique des diplômés tunisiens. Cette opération de marketing a touché tout le monde, y compris les résidents tunisiens à l'étranger.

La vision tunisienne en matière de technopoles a fait l'objet d'un échange de vues très instructif au cours du séminaire. Rappelons que les technopoles ont vu le jour outre-atlantique bien avant l'Europe où la première technopole a été lancée il y a une quarantaine d'années. «Technopoles, parcs technologiques, cités technologiques» quelle que soit la désignation, le plus important, souligne le Dr. Korbi, est qu'ils doivent contenir les composantes essentielles de toute technopole viable. Elles sont les suivantes: la composante formation, la composante recherche et la composante production. Cette dernière comporte des étapes qui commencent par les incubateurs, la pépinière, et des centres de veille technologique. Une technopole est, toujours, un projet ouvert et évolutif. C'est dans ce cadre et en vue de faire cette vision que des visites sont de temps à autre programmées aux pays les plus avancés dans le secteur, notamment les Etats-Unis et l'Europe.

Y-a-t-il une réponse à toutes ces initiatives ? «Oui, absolument» assure-t-on au secrétariat d'Etat à la Recherche et à la formation. Al Ghazala, la doyenne des technopoles, fournit des services appréciés à certains pays arabes et l'un de ses chercheurs a réussi à monter avec un industriel une entreprise innovante. La technopole Borj Cédria (énergie renouvelable, eau et environnement) serait, prochainement, reliée à des partenaires du Japon, la technopole de Sidi Thabet (biotechnologie, industrie pharmaceutique, application civile des technologies nucléaires) est inscrite dans le cadre du partenariat avec la France et avec une entreprise du Canada, la technopole de Sousse (mécanique, électronique, informatique) est en partenariat avec des entreprises allemandes, celle de Sfax (informatique et multimédia) avec des partenaires américains, Bizerte (agroalimentaire) avec des italiens et la technopole de Monastir a des relations avec des partenaires espagnols.

«N'est-ce pas la meilleure démonstration à l'adhésion à la vision du Président Ben Ali et à la politique de la Tunisie dans ce domaine?», s'interroge M. Korbi.

Toujours est-il que l'organisation de ces technopoles reste souple et ouverte à d'autres formes de partenariat et d'initiatives.

Au niveau national, la présence du secrétaire d'Etat à l'industrie témoigne de l'importance accordée à la jonction entre la recherche et l'entreprise, notamment industrielle.

Toujours est-il que beaucoup reste à faire pour parvenir à réaliser les mutations nécessaires en vue d'asseoir la «culture entrepreneuriale» c'est-à-dire orientée vers l'innovation et l'esprit d'entreprise. Ainsi, la communauté scientifique qui était totalement isolée de l'économie en sera la locomotive. Un exemple sera bientôt donné par l'installation à Borj-Cédria de la première pépinière d'entreprises innovantes. L'économie immatérielle commence à devenir une réalité tunisienne.

Le séminaire de Hammamet a été également l'occasion d'informer les participants sur les performances économiques tunisiennes et les opportunités d'investissement dans le cadre d'une législation où les encouragements et les améliorations successives ne manquent pas. La Tunisie peut non seulement se prévaloir de son dynamisme économique et de la compétitivité de ses entreprises, mais aussi prétendre disposer d'une législation en avance. La constitution d'une société anonyme, grâce au guichet unique, ne dépasse plus les 72 heures; les autres formes de sociétés nécessitent pour être établies 48 heures de démarches au maximum.

«La Tunisie est le pionnier de l'ouverture économique ce qui a produit des résultats excellents» a noté, au cours du séminaire, un représentant de la Commission européenne. Des témoignages similaires ont été également faits au cours de ce séminaire par des représentants de firmes multinationales, loin d'être complaisantes.

Les technopoles représentent, à coup sûr, l'une des principales promesses de cette nouvelle ouverture de la Tunisie sur les enjeux du troisième millénaire.

Le colloque de Hammamet qui sera suivi par d'autres actions d'information a été ainsi, et à tous les égards, un réel succès.

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