Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Au nom de la mondialisation de la solidarité

Par : Issakha DIOUF Sociologue

31 Octobre 2003


opinion

La misère et la pauvreté d'une partie du monde exigent aujourd'hui une prise de conscience de toute l'humanité sur la question. Comme si cela ne suffisait pas les guerres et les conflits viennent s'y ajouter aggravant ainsi les catastrophes mondiales.

Pire, ces guerres et ces conflits envahissent les zones les plus atteintes par la pauvreté et la misère. Alors une question importante se pose. La pauvreté qui fut longtemps source de solidarité au sens durkhéimien du terme est-elle aujourd'hui source de conflit ? Cela provient-il de l'incroyable convoitise des richesses de ces zones dites pauvres et du mauvais partage interne du gâteau empoisonnée par leurs propres fils ? Supprimer ces fléaux demande une internationalisation de la solidarité des hommes. En d'autres termes glisser des enjeux économiques vers les préoccupations sociales constitue un gage pour la réussite de la gestion des affaires humaines du monde.

Je suis de ceux qui croient que la mondialisation économique passe inévitablement par la mondialisation de la solidarité dans tous les sens. Cette nouvelle forme de solidarité a une exigence : un équilibrage culturel : la tolérance, l'existence et l'acceptation de la pluralité des cultures. A la place du «choc des cultures» qui revêt un caractère dominateur d'une culture sur les autres, on oeuvrera pour une convergence, un dialogue, un brassage une rencontre des cultures dans leur diversité. Ce qui va droit vers «l'homme du monde» dont parlait l'espagnol Federico Garcia Lorca et la «civilisation universelle prônée par l'Africain Léopold Sédar Senghor. Donc tout faire pour éviter une culture des riches et une culture des pauvres alors que toutes les cultures se valent.

Si le mot mondialisation dés le départ privilégié l'aspect économique, il faut se convaincre définitivement que d'autres aspects ont droit de citer dans l'actuel bouillonnement planétaire. Le monde ne connaîtra pas la paix sans la conjugaison des efforts de solidarité. Par ailleurs, le règlement des conflits politiques internationaux passe obligatoirement par le règlement des problèmes sociaux : réduction maximale de la pauvreté; suppression des inquiétudes et des angoisses que sous-tend le sous-développement. La solution de la paix mondiale transcende donc la dimension économique et refuse de s'enfermer dans une logique existentiellement unilatérale mettant d'un côté les nantis et de l'autre les démunis. La marchandisation de l'économie ne doit en aucun cas entraîner la marchandisation des sociétés. La fierté et la dignité et d'une nation ne s'achètent pas. D'où nécessité d'imposition de la diversité des cultures dans une programmation culturelle internationale. Dit autrement, le dialogue interculturel et la convergence des cultures ne veulent pas du tout dire disparition de certaines d'entre elles et domination et hégémonie d'une autre soit-elle occidentale voulue par certains sur fonds de mépris et d'infériorisation installe incontestablement certaines sociétés humaines dans une situation de révolte mêlée de haine et d'antipathie etc. Et voilà ce qui donne naissance au mot qui hante aujourd'hui le monde entier le terrorisme sous toutes ses formes.

En plus donc d'une prétendue supériorité d'une civilisation. les pays épris de justice, victimes d'humiliation et de déconsidération accouchent des fils ne se suffisant plus à être acteurs deviennent des actants des mouvements terroristes. Ainsi la généralisation du terrorisme a plusieurs causes : la pauvreté, la misère, l'injustice, la xénophobie, le manque de respect de la plus élémentaire des règles humaines.

Et la standardisation de l'économie sur la planète dans sa force libérale n'arrange pas les choses car la vraie question sans réponse aujourd'hui est l'équilibrage du monde entre pays développés et pays sous-développés. Ce qui explique par ailleurs deux faits majeurs : le déplacement géographique des conflits et tensions de l'Occident vers les pays démunis et inversement l'installation de la violence (terrorisme) en Occident comme réponse à un désespoir généralisé. On n'apprend à personne que la culture de la haine et de la vengeance est de toute évidence sécrétée par la pauvreté et la misère qui provoquent un malaise social permanent volontairement installé par ceux qui défendent la philosophie du déséquilibre économique et social.

Voilà que le siècle naissant démarre hélas par la généralisation de la violence des hommes : attentats injustifiés par ci, terrorisme par là, envahissement de pays au nom d'égoïsmes nationaux et de suprématie militaire. L'aveuglement et l'obstination de certains grands de ce monde s'affirment dans leur conviction de leurs croyance à la logique de guerre pour entraîner un simulacre de paix mondiale médiatisée par de faux idéaux démocratiques. La démocratie s'acquiert mais ne s'impose pas.

Et voilà une stratégie hallucinante qui partirait d'une analyse arbitraire et unidimensionnelle de la situation du monde qui occulte une bonne partie de la condition humaine. La question de ce qu'on appelle terrorisme international ne se réglera pas par la violence la guerre mais plutôt par une volonté sans équivoque de remplacer le déséquilibre mondial sur toutes ses facettes par une solidarité non complaisante résolue à supprimer les inquiétudes économiques et sociales de certains citoyens du monde disséminés dans certains pays du globe. A y regarder de prés, l'on se rend compte que les problèmes politiques et économiques sont suspendus aux problèmes sociaux et culturels qu'ils créent et recréent avec mépris et désintéressement parce que ne cherchant pas à y apporter remède. Et cela gagne du terrain parce qu'existant partout.

Et cela justifie à bien des égards la prolifération des conditions de pauvreté qui ont mis en place la généralisation des réseaux de résistance d'individus conscients de l'oppression dont ils sont victimes et la remise en cause de leur dignité qu'ils peuvent retrouver dans cette résistance contre les créateurs de leur situation d'humiliés constitue leur source. Et puisqu'on ne vit et meurt qu'une fois autant servir une cause légitime même si s'en suit la mort.

Ainsi la vie n'a de sens pour eux que quand la substance donnée aux mots égalité, liberté, justice etc. est la même pour toutes les créatures humaines ; cela justifie grandement à légitimer la violence au non d'un idéal d'humanisme mondialisé ; oui que le bonheur ne soit pas une exclusivité pour une partie de l'humanité et l'enfer terrestre pour l'autre.

Malheur à celui qui réclamera la paternité économique de la mondialisation car autant on a mis en place les mécanismes de la réalisation autant on a bâti le processus de réalisation de la mondialisation de la violence. Ceci a entraîné cela, faisant hélas abstraction de la globalisation des efforts de paix pour un monde meilleur, plus équilibré au profit de l'humanité toute entière. La recherche inlassable de dicter des règles de conduite avec utilisation des armes dans un monde qu'on croyait humanisé et civilisé après les nombreux et fracassants tumultes du siècle passé pour dompter les indisciplinés n'est que le reflet de la résurgence d'une velléité dominatrice de certains dirigeants de la planète. Dans tous les cas de figure la parcellisation du schéma international de la violence d'un endroit à un autre sert d'ancrage et de détermination pour ceux qui l'exécutent. Comme l'a dit le chef de l'Etat français la guerre doit être le dernier recours car avec elle il n'y a ni vainqueurs ni vaincus étant donné que chaque camp aura son cortège de malheurs dont l'expression éclatante est la victimisation des populations innocentes. L'Organisation des Nations unies est une instance internationale où se retrouvent l'ensemble des pays du monde. A ce titre elle a connu tâche primordiale de repenser sa dimension humanisante et socialisante.

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Sa mission des années 50 et complètement dépassée. Le monde a beaucoup évolué entre-temps, et la détention du pouvoir de décider de l'avenir du monde par un groupuscule de pays paraît injuste aujourd'hui et semble être à l'origine du déséquilibre dans le sens englobant du terme surtout quand un pays membre de ce groupuscule jugeant l'institution inefficace, sort du lot pour s'arroger le droit de transformer ses lois. En tant que communauté internationale oeuvrant pour la paix mondiale l'Onu a fait naître dans le coeur de tous les pays membres l'idée de justice équitable pour tous avec une appréhension égalitaire des concepts de liberté, des Droits de l'homme de démocratie de paix etc. C'est pour dire que le vent de la liberté et de la démocratie dans un élan universel n'a pas attendu la conceptualisation d'une mondialisation plurielle pour souffler dans les coins et recoins du globe. Et aussi contradictoire que cela puisse paraître le triomphalisme capitaliste après la chute du Mur de Berlin (dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989) qui reprend les vieux dogmes de domination (exploitation, logique du profit) cherche par ailleurs à mettre à nu le devoir de tous les pays développés et sous-développés de converger vers un idéal social et culturel commun. Et l'existence de cet idéal commun noué dans un humanisme à hauteur d'homme est la clé de réussite de l'économie mondialisée qui ne peut faire fi de la standardisation culturelle dans la diversité des peuples qui la procède. ( )

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