Babacar Noël Ndoye
31 Octobre 2003
Derrière le rayonnement des combattants du Centre de sauvegarde de Pikine-Guédiawaye sur la scène internationale, il y a un homme : Me Bouna Ndao. Un passionné qui ne vit que pour les arts martiaux.
Perdu dans la lointaine banlieue, le Centre de sauvegarde de Pikine-Guédiawaye est en passe d'être l'une des places fortes du karaté... mondial. Sortir dans ses rangs, comme il l'a réussi, une championne du monde cadets, un champion du monde juniors et un vice-champion du monde seniors sans parler de la kyrielle de combattants de talent qui écument les tatamis du monde, ce n'est pas à la portée de n'importe quelle entité.
Le Centre de sauvegarde l'a réussi sous la houlette d'un homme : Me Bouna Ndao, 4e dan. Son "gourou". Cet enseignant a piqué le "virus" du karaté dans sa ville natale de Kaolack, en 1969, auprès de son maître, Cheikhou Oumar Tall, l'un des premiers budos à opter pour la décentralisation, en ouvrant une salle dans le bassin arachidier.
Très tôt, l'homme a compris que ce sport était dans son violon d'Ingres et qu'il se devait de l'apprendre dans ses moindres maï-gery avec ses aptitudes d'enseignant. D'où son option pour ce sport de combat. Un mariage d'amour et de raison venait d'être sceller entre Me Ndao et le karaté. Une option qui le conduira auprès de Me Zapata Samb à Dakar, à la faveur d'une affectation dans la capitale. Ce fut le début d'une formation de grande envergure pour celui qui est devenu le professeur de salle le plus comblé de l'histoire du karaté de compétition du Sénégal, voire de l'Afrique. "Au départ, je m'entraînais comme tout le monde, pour apprendre le karaté, sans savoir que je deviendrais un professeur de salle", rappelle celui qui assure les fonctions de directeur technique de la région de Dakar. Le secret de la réussir de ce budo de 59 ans à l'allure jeune réside dans sa soif de connaissances et sa passion. "Mes professeurs me disaient, surtout Me Fernand, que la meilleur façon de réussir en arts martiaux, c'est d'être constamment sur le tapis, de s'informer chaque fois des nouvelles tendances techniques qui évoluent", se souvient-il. "Je suis passionné et un passionné des arts martiaux. Ma passion est plus forte que tout cela", martèle Me Ndao. "Il me reste encore du travail à faire, parce que cette jeunesse a besoin encore d'être encadré, poursuit-il humblement. C'est un plaisir pour tout formateur de voir, dix ans après, un de ses élèves réussir une performance, fût-elle mondiale. Je me dis toujours que j'apprends. Face à un problème, je consulte mes notes ou les grands maîtres de karaté. Je travaille nuit et jour pour m'améliorer dans les nouvelles techniques de combat. De même que dans l'arbitrage qui est devenu une composante essentielle du karaté".
Chez ce "faiseur de champions", la vocation du karaté n'est seulement de former des champions, mais l'homme. A cet effet, il met beaucoup à contribution son esprit de pédagogue et surtout son esprit de responsable de famille pour "éduquer et former l'enfant pour en faire un homme dans toutes ses dimensions humaines", comme il aime à le répéter. "C'est de là que naît la motivation de l'enfant à vouloir faire le travail que vous lui demandez de faire, avec toute la rigueur, la spontanéité, l'intelligence et la passion pour réussir sa formation et être un modèle de sportif", se réjouit Senseï Ndao.
Dans son "labo", là-bas à Guédiawaye, Me Bouna Ndao abat un travail de fourmi pour détecter et former des champions. "Je dégage, au début de chaque saison, un groupe de performance de près de trente combattants, suite à un travail de détection et de suivi de trois mois, pour en faire les ambassadeurs du club dans les compétitions nationales et internationales", explique-t-il. "C'est généralement, enchaîne-t-il, des combattants rompus aux techniques de base, des pieds et ayant une bonne maîtrise des frappes de main, de compréhension et d'adaptation. Ce sont de grands stratèges comme Abdoulaye Diop". Le champion du monde juniors est le dernier spécimen de champion sorti d'un "labo" où ont été aussi "fabriqués" tant de tireurs d'élite aux hauts faits d'armes comme ses fils Aly Nar et Fodé Ndao. Et le processus vers l'excellence n'est pas prêt de s'interrompre.
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