Noé Ndjebet Massoussi
31 Octobre 2003
Ils ne s'étaient plus jamais retrouvés ensemble depuis 6 ans. Malgré les événements d'envergure qui ont secoué le Cameroun. A un an de l'élection présidentielle, Paul Biya réunit ses ministres et assimilés.
Pour la première fois depuis 1997, le président de la République Paul Biya a rencontré ses ministres. C'était à la faveur du premier conseil de ministres (élargi aux membres assimilés) de ces 6 dernières années. Le grand écart devenait si inquiétant que le 30 octobre, le prince a fini par réunir ses collaborateurs avec qu'il ne voit presque jamais. Plusieurs occasions auraient dû pourtant susciter la tenue régulière d'une telle rencontre afin que le président de la République et ses proches collaborateurs discutent de la marche de la nation. Il en est des élections couplées de juin 2002 tenues dans une cacophonie indescriptible où on a très vite trouvé des boucs émissaires sans pour autant solutionner le mal. Pire encore, les délestages qui ont plongé une grande partie du pays dans le noir; la position permanente du Cameroun parmi les pays les plus corrompus du monde; les accidents successifs sur les différents axes routiers; les exactions du Comman-dement opérationnel à Douala; la montée de l'insécurité dans le pays; les revendications régionalistes (le Scnc et le problème anglophone; le mémorandum du Grand Nord, etc.); les problèmes du système éducatif; la refonte du code de la famille; la poussée de l'urinothérapie qui pose un problème réel de santé publique La liste des événements de ces dernières années est loin d'être exhaustive.
A tous ces faits marquants qui à un moment ou à un autre pouvaient faire basculer le Cameroun, qu'y a-t-il eu de nouveau et de si grave pour que le conseil de ministres se tienne enfin? Cela ne saurait relever du miracle. Il ne se fait aucun doute que ce conseil des ministres improvisé marque la rentrée politique de Paul Biya. Comme un monarque, il a voulu reprendre son équipe en main à un an de l'élection présidentielle. Sa seule présence parmi eux a effet d'épée de Damoclès sur la carrière des uns et des autres qui avaient même du mal à le regarder dans les yeux au moment où ils subissaient ses instructions sur des situation que son laxisme a contribué à pourrir. Qu'il s'agisse de la lutte contre la corruption, la pauvreté, la crise énergétique ou qu'il s'agisse de la gestion du budget et de la sécurité routière. Des points inscrits à l'ordre du jour de l'ultime conseil de ministres.
Rien de concret
A quelques mois du point d'achèvement de l'initiative Ppte, Paul Biya dont le septennat se voulait social a le dos au mur. Ecartelé entre les pressions des bailleurs de fonds et la fièvre d'une nouvelle échéance, «l'homme-lion» a réuni ses affidés pour leur parler sans témoins, un peu comme «le laboureur à ses enfants, sentant sa mort prochaine». Avait-il à redouter des Camerounais dont il félicite la remise au travail après la mascarade électorale de juin 2002? Quant aux instructions passées au Premier ministre Peter Mafany Musonge, elles ont un relent du déjà entendu. L'invité à l'accélération du processus de la décentralisation et les promesses des sanctions contre les personnes dont la culpabilité est avérée dans la corruption relèvent simplement d'un vieux disque qui commence à se rayer. Sauf qu'une fois de plus, les boucs émissaires sont trouvés. Mounchipou Seydou et Cie; Titus Edzoa et Thiery Michel Atangana peuvent avaler leur dernière goutte de salive. Ils ne sortiront pas de si tôt de l'étau. Le message qui ressort du conseil des ministres de jeudi est clair.
Parmi les problèmes évoqués tout au long de ce mémorable conseil du 30 octobre il y a la crise énergétique qui a débouché sur la création d'un Comité national de pilotage de l'énergie électrique. Il avait été proposé au plus fort des délestages par le Manidem. Mais pourquoi ce n'est qu'aujourd'hui qu'on lui trouve une utilité? Est-ce pour mettre fin aux délestages et rendre bon marché l'électricité tel que l'a souhaité Paul Biya? Rien n'est sûr dans la mesure où les structures créées dans le flou finissent par être des coquilles vides : Onel, Conseil national de la communication, Conseil national de la publicité, etc. Dans tous les cas, force est de relever que la création du Comité national de pilotage de l'énergie électrique intervient 24 heures seulement après le tête-à-tête Biya-Rocard qui, au sortir du palais, a semblé beaucoup plus préoccupé par la crise énergétique au Cameroun, pays à fort potentiel électrique. Ce comité naît aussi après le retour de Paul Biya de la Chine avec dans ses valises des projets de construction de 2 barrages hydroélectriques dont le coût cumulé est de 30 milliards f cfa. Loin du discours alarmiste de Aes Sonel pour qui la construction d'un barrage hydroélectrique coûte les yeux de la tête. La création de ce comité au lendemain de la hausse des prix de consommation de l'énergie électrique n'est-elle pas une volonté du pouvoir de mettre désormais Aes Sonel entre parenthèse dans le processus de production, du transport et/ou de distribution du courant électrique? La définition des missions de ce comité en dira long. Surtout avec la rentrée parlementaire prévue le 11 novembre prochain. La session se voulant budgétaire, il se chuchote que lors du conseil du 30 octobre, il a été question de revoir le budget de l'Etat à la baisse. Mais en attendant de voir un peu plus clair dans les jours à venir, on peut bien se poser la question : à quand le prochain conseil des ministres? Bien malin qui pourrait répondre.
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