La Presse (Tunis)

Tunisie: Galerie Yahia (Le Palmarium) - Exposition de photographies dédiées à la mer

Mounira Aouadi

1 Novembre 2003


Arrêt sur image. Arrêt sur émotion. La traversée d'un ponton pour prendre une pose muette, pourquoi pas grandiloquente pour que l'extase soit partagée par tous. La mer, dans toute sa splendeur, nous cerne, nous berce, nous bouleverse, nous bouscule.

C'est à la fois un gros plan, un zoom, un agrandissement : un concentré d'émotion offert par de jeunes photographes à la galerie d'art Yahia. Pêle-mêle : Bochra Bouneb, Nacef Snoussi, Hazar Bousdira et Karim Arous.

Dans la salle baignée de lumière, le temps semble comme suspendu, dilaté. Depuis la nuit des légendes, la mer fascine. Elle est là, mugissante, bouillonnante, en fureur, calme, chuchotante, humeur vagabonde, miroitante sous le soleil couchant.

Ces jeunes photographes se sont relayés pour subtiliser à la mer ses moments d'intimité, ses moments d'éternité. Ils la voulaient absolument déserte pour mieux jouir de son spectacle captivant, de ses caprices, de ses dérobades.

La tentation est grande : plonger vite dans les abysses pour quelques sensations fortes, pour ce «Vide» qui aspire, pour les illusions perdues, pour cette «Lampe d'Aladin» couchée sur le sable des profondeurs. Barques bercées par les flots ou échouées sur la grève, ancre rouillée pour dire le temps qui fuit, rocher majestueux, noir, luisant, malmené par les eaux tumultueuses, vagues gigantesques venant de briser sur des digues vaillantes, monnaies anciennes à l'effîgie d'une souveraine dont le regard est figé comme celui des statues, gisant depuis des éternités dans une mer glauque, rudoyées par la fureur des flots impitoyables comme toutes les vanités humaines.

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De-ci, de-là, la lumière de la ville et cette photo magnifique de tous ces jeunes assis sur le sable, formant comme un chaînon, une continuité avec des assises solides, plantées dans l'eau et s'étirant, rectilignes, à l'infini

Chacun son angle, sa prise de vue, sa conception de la vie, ces jeunes photographes ont décidé de dévoiler dans l'urgence un amour excessif, mais avec réserve pour ne pas tomber dans l'excès et l'extravagance et garder intacte la fraîcheur du regard comme la poésie de Mohamed Khaled Haddad qui les accompagne, lancinante, s'insérant au milieu des photos, ponctuant, argumentant, sublimant, s'interrogeant, se révoltant, mais toujours acclamant«le pouvoir magique de la mer éternelle» : «La lune et sa traînée / Se dessinent sur la mer / Comme une robe de mariée / Marée haute, marée basse / Tel est ce couple de mariés».

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