Sébastien Comparet
3 Novembre 2003
À l'heure où la question de l'eau se pose de plus belle, un projet belge apporte de sérieux espoirs pour les populations rurales du Sénégal. La réussite est sensible et surtout durable.
(Envoyé spécial) - Journée de visite à Ndiago et Keur Socé. Respectivement dans les régions de Fatick et Kaolack. Rien qu'à l'état de la route, on saisit les difficultés liées à l'éloignement de ces deux villages situés en milieu rural. Journée de visite «à la sénégalaise» également : deux heures de retard au départ, trois heures à la première étape, quatre à la seconde, pour un retour sur Dakar à 21 h au lieu de 16...
À Ndiago comme à Keur Socé, mais aussi dans tous les villages voisins, l'eau est une denrée rare. Ce qui ne va pas sans provoquer des problèmes pour l'alimentation, l'agriculture et l'élevage. Du côté de Ndiago, la création du forage en 1985 fut bien difficile. Et son utilisation sans doute encore plus. «Il y avait de fréquentes pannes au niveau de la pompe. Les réparations pouvaient prendre toute la nuit, et les agents du ministère (de l'Hydraulique) qui se déplaçaient de Dakar mettaient du temps à arriver», expliquent les habitants. Ici, les populations pouvaient parfois vivre jusqu'à trois semaines dans l'attente. Même son de cloche à Keur Socé, où il existe un forage depuis 1989. Il a donc fallu patienter jusqu'à la fin des années 1990 pour que le gouvernement prennent la mesure du problème, avec l'appui du Royaume de Belgique.
Depuis, les pompes fonctionnent. Unanimement, chacun des protagonistes semble penser que le projet est une réussite. Et les populations en premier. À Ndiago, une personne a été formée sur place pour l'entretien et la maintenance. Même un secrétaire de gestion a pu être embauché. Le forage suscite un grand d'enthousiasme. Pour les populations, «tout le monde y travaille, du haut de la hiérarchie jusqu'en bas, dans un grand sérieux». À Keur Socé, «le forage est bien équipé et en de bonnes mains». Il vaut mieux, dans la mesure où il doit couvrir cent dix-sept puits dans soixante onze villages, pour une population de plus de vingt mille habitants.
Car c'est sans doute là le plus important : la gestion des forages dans la durée. Cela nécessite une organisation rigoureuse. Des compteurs ont été mis en place pour chaque bénéficiaire. Tout est noté pour savoir quel est le niveau des fonds, comme pour éviter les gaspillages. Ce qui n'empêche pas les fréquents contrôles pour démasquer les rares fraudeurs. La gestion des forages doit, pour sa reconnaissance, être la plus démocratique possible. De fait, des comités de direction ont été nommés dans les deux villages. Ils ne laissent rien au hasard et décident dans la plus grande transparence possible. Et ce sont ces nouvelles habitudes qui ont rendu possibles quelques bénéfices, pour pallier aux difficultés sur l'ensemble de l'année : près de 23 millions de francs à Ndiago et 8 millions à Keur Socé, alors que l'eau est moins chère qu'avant. Le prix du mètre cube est passé, pour les habitants, de 200 francs à 40 ou 50 francs.
Ces nouvelles habitudes ont rejoint d'autres vertus : le développement d'une très forte solidarité intervillageoise autour de la gestion des forages. En effet, on sent les populations très participatives aux projets, notamment par leur présence aux réunions. Et ce sont toutes les populations qui se responsabilisent : les femmes, mais aussi les jeunes. Le tout permettant de créer de nouveaux emplois dans la maintenance et la gestion. Pour les représentants du ministère de l'Hydraulique, c'est à ce niveau que semble se situer tout l'intérêt de cette collaboration avec la Belgique, à travers le projet Pareba (voir encadré). Ainsi, le directeur de l'Hydraulique Diène Faye ne tarit pas d'éloges : «C'est une politique axée sur le principe de gestion partagée, puisqu'un point d'eau est partagé par plusieurs villages. La population est plus concernée, plus responsable et il y a plus de solidarité qui se développe. Des emplois sont créés, le tout dans un climat de bonne gestion». On sent cet épanouissement dans les travaux complémentaires réalisés dans les villages, sans intervention directe du ministère. L'autonomie est donc de plus en plus palpable. Clairement, il semble que «cette politique hydraulique soit celle de demain en milieu rural».
De nombreux bailleurs de fond se sont par ailleurs proposés pour la développer, entre autres la Banque mondiale et la Banque islamique mondiale. Car cette réussite peu contestable ne doit pas faire oublier les difficultés qui subsistent dans les villages voisins encore non concernés. De même, pour faire face à des besoins toujours plus importants, du fait de l'augmentation de la population et du bétail, la demande ne risque-t-elle pas de vite dépasser l'offre ? Il s'agit donc désormais de mettre en oeuvre de nouveaux forages, et de poursuivre cette politique encourageante, en gardant bien à l'esprit les mots du directeur de maintenance Hamadou Ndiaye : «L'eau est un bien social déterminant à partager pour l'avenir.»
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