Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Emigration vers l'europe : ces Sénégalais qui vont mourir sur les côtes espagnoles

3 Novembre 2003


Les bilans des naufrages de clandestins au large de l'Espagne ne parlent souvent que de «ressortissants africains». Aucun détail sur la nationalité de ces aventuriers anonymes emportés par le chavirement de leurs frêles esquifs. Il y a deux mois, des Sénégalais en faisaient partie.

Les difficultés éprouvées par les Sénégalais pour l'obtention de visas d'entrée en Espagne poussent beaucoup d'entre eux, plus particulièrement les jeunes, à explorer les voies risquées de l'émigration clandestine à partir des côtes marocaines, encouragés en cela par des réseaux bien organisés de passeurs. «Ces dernières années, nous assistons dans les sept îles de l'archipel des Canaries à un afflux massif d'émigrés clandestins venant principalement d'Afrique et parmi eux, nous comptons aussi des sénégalais», explique le consul du Sénégal dans les îles Canaries, Alberto Van Voockel, pour qui «ces clandestins courent tous les risques en tentant d'entrer en Espagne par la mer». «Pas plus tard qu'il y a trois mois, deux Sénégalais ont péri noyés à la suite du chavirement de l'embarcation dans laquelle ils avaient pris place pour rejoindre une des îles de l'archipel», indique-t-il, expliquant que «les candidats à l'émigration voyagent la nuit à bord de pirogues accompagnés par des passeurs incapables de s'orienter en pleine mer dans l'obscurité la plus totale».

Les cadavres des deux sénégalais ont été identifiés par des proches installés en Espagne qui étaient probablement informés du voyage périlleux de leurs parents, poursuit-il, signalant que «généralement les corps des noyés ne sont jamais identifiés». Payés entre un et deux millions de francs par personne, les passeurs recrutent leurs candidats à partir des côtes marocaines et les entassent dans des pirogues exiguës ou de grands bateaux et sont prêts à les lâcher en pleine mer, au moindre pépin. «La plupart des candidats à l'émigration ne savent pas nager et sont ainsi exposés à la noyade», signale-t-il, ajoutant que certains aussi peuvent se retrouver sans le savoir dans une île éloignée de leur destination initiale. «De nos jours, c'est surtout dans l'île canarienne de Fuerteventura, pas très éloignée de la ville marocaine de Al Ayoun où débarquent les émigrés clandestins, mais ils sont vite repérés par la police locale à cause de leur accoutrement», signale Alberto Van Voockel, précisant qu'avant les évènements du 11 septembre, il leur était facile de s'envoler vers les autres pays européens ; ce qui n'est plus le cas à cause des nombreux contrôles dans les aéroports.

L'importance de l'émigration clandestine dans les îles Canaries est telle que beaucoup de trafiquants de drogues se sont tournés vers cette activité jugée «plus rentable et moins risquée». Estimés officiellement à quatre mille Sénégalais immatriculés dans les registres du consul honoraire de l'archipel des îles Canaries, ceux-ci établis dans cette partie de l'Espagne s'activent pour la majorité d'entre eux dans le secteur informel (commerce ambulant). Le nombre des Sénégalais non immatriculés est «incomptable», selon le Consul honoraire du Sénégal dans les îles Canaries, Alberto Van Voockel, soulignant que la carte d'immatriculation est valable cinq ans et coûte 2 000 F Cfa.

«Les Sénégalais ne viennent pas pour se faire immatriculer mais pensent à moi seulement lorsqu'ils ont besoin de papiers pour un emploi par exemple», fulmine M. Van Voockel, nommé à ce poste depuis fin 1996. Généralement, ils travaillent dans des secteurs aussi variés que la construction, le commerce, le tourisme et les entreprises. Mais depuis quelques années, nous assistons à une nouvelle forme d'émigration constituée de jeunes qui préfèrent s'adonner au trafic de drogue plutôt que d'aller chercher du travail, signale-t-il, expliquant que ces jeunes sont éblouis par la richesse de jeunes anglophones connus et fichés comme de grands trafiquants de drogue dure. «Les prisons Canariennes comptent maintenant beaucoup de jeunes sénégalais arrêtés pour trafic de drogue», révèle M. Van Voockel, rappelant au passage le récent arraisonnement d'un bateau battant pavillon sénégalais avec un tonnage très important de drogue. Région touristique par excellence, les îles Canaris exercent un grand attrait auprès des «bana bana»sénégalais qui passent l'essentiel de leur temps à sillonner les marchés hebdomadaires de l'archipel ou à fréquenter les nombreux hôtels implantés dans la partie Sud de Tenerife. Ainsi, de juin à septembre, ils investissent les îles balnéaires avant de poursuivre la saison touristique dans les îles Canaries entre les mois octobre et décembre. On les rencontre aussi dans les rues de Santa Cruz, traînant des chariots surchargés de marchandises diverses (statuettes, masques, colliers, perles, montres, etc.).

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