Fraternité Matin (Abidjan)
Franck A. Zagbayou
3 Novembre 2003
Abidjan — Les populations du département de Daloa, comprenant les Bété, les Gnanboua et les Gouro étaient vendredi au Palais présidentiel, pour traduire leur compassion et témoigner leur soutien au Chef de l'Etat.
Par la voix de leur porte-parole, M. Lourougnon Jules, sous-directeur chargé des partis politiques au ministère d'Etat, ministère de l'Administration du territoire, elles ont formulé leurs nouvelles en un cri du cœur, qui traduit une exaspération : "Pourquoi tant de haine contre vous et, à travers votre personne, contre la Côte d'Ivoire ? Pourquoi cette irrésistible fascination du crime et de la violence qui, chaque année, depuis votre élection à la magistrature suprême, nous vaut cette succession inexplicable de coups et d'actions terroristes, attentatoires à la vie des hommes, à la sécurité des biens et à la stabilité des institutions de la République ? Enfin, pourquoi cette persistante volonté de rendre ce pays ingouvernable comme certains politiciens l'avaient promis, ce qui se traduit aujourd'hui par ces différents complots et attentats qu'on ne compte plus ?"
Puis, avant de décliner le nombre des attentats et complots, le porte-parole du département de la Cité des Antilopes de se risquer à une arithmétique : "Au total, sur trois années consécutives, 7 tentatives de déstabilisation . Parmi celles-ci, la dernière, les rebelles et leurs commanditaires la voulaient déterminante, parce qu'elle devait attenter à votre vie, afin d'abattre la République et ses institutions, produits de tant d'années d'histoire de notre peuple".
Et en analysant le procès en xénophobie fait aux Ivoiriens y compris les populations originaires du département de Daloa et qui justifierait l'attaque du 19 septembre et toutes celles antérieures, il a plu à M. Lourougnon Jules de noter : "On nous a appris très tôt que Bhètiyi ni zêré"; autrement dit le Bété, auteur d'un bienfait, ne doit le mentionner. Il en va ainsi dans nos différentes communautés autochtones. Ce serait un manquement grave à notre ethique de générosité". Il apportera davantage de lumière sur ce fait culturel. Qu'il suffise de rappeler que " le Bété, plus que l'avoir, c'est la renommée qui est recherchée". Il a souligné que l'étranger est un envoyé par lequel Dieu éprouve l'hospitalité des humains. Aussi était-il courant, dans beaucoup de familles renommées, de voir les chefs de clan aller chercher des fétiches pour avoir des étrangers qui seraient les véhicules de leur réputation de par le monde. Il a cependant regretté que dans la modernité, "l'étranger ne vient plus pour partir avec le nom mais pour s'établir. Il devient alors un voisin ordinaire, prompt à entrer dans les querelles ordinaires de voisinage".
Les populations du département de Daloa sont persuadées que si la communauté internationale veut que cette guerre prenne fin, elle prendra fin. Elle en a , à la fois, l'audience et les moyens. Il lui faut maintenant la volonté. Elles l'ont interpellée en ces termes "La question n'est pas de choisir entre Laurent Gbagbo et les rebelles. La question est de choisir entre d'une part, le droit, la légalité et la sauvegarde des Institutions démocratiques d'un Etat souverain et de l'autre, la violence, les meurtres et les assassinats érigés en méthodes d'accession au pouvoir. C'est ça qui est la vérité qu'on veut masquer en personnalisant le débat".
Les partis politiques ont été invités à se ressaisir et à ne pas mettre leur intérêt partisan au-dessus de l'intérêt national : "Aux partis politiques, les populations de Daloa affirment que l'heure n'est pas à la politique politicienne. Ceux qui tergiversent sur les valeurs et les principes, ceux qui opposent la paix à la patrie et à la liberté, se trompent de combat et se constituent en alliés objectifs des rebelles. Ils les encouragent à persévérer dans l'erreur au lieu de les inviter à sortir de l'impasse dans laquelle ils veulent maintenir la Côte d'Ivoire".
Le Président Laurent Gbagbo en phase avec ses hôtes, les a chargés de deux messages. Il les a exhortés à rappeler à la communauté internationale que c'est la Côte d'Ivoire qui a été attaquée et non l'Etat de Côte d'Ivoire qui a attaqué les rebelles. Et qu'il est dans son devoir comme il est dans la nature de toute chose de se défendre quand il est attaqué. Le bon sens, selon le Président Gbagbo, commande donc après tous les efforts faits et les sacrifices consentis par lui et le peuple de Côte d'Ivoire, que la communauté, plutôt que de s'enticher des rebelles, les interpelle pour les inviter à la raison. Avant de lancer cet appel aux populations de Daloa : "Dites à la communauté internationale de ne pas remplacer le droit par les combinaisons. Dites à la communauté internationale de donner au droit la place qui est la sienne. Dites enfin à la communauté internationale de ne pas faire suppléer le droit par la combine".
Concernant les mouvements de la rébellion qui ont suspendu leur participation aux activités du gouvernement et du comité de réunification du pays, il a eu cette adresse à l'intention de ses hôtes : "Si vous les rencontrez, dites-leur que je les attends pour préparer ensemble les conditions des élections. Et quand ils seront battus, on pourra travailler tranquillement".
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