Fraternité Matin (Abidjan)
Michel Koffi
4 Novembre 2003
Abidjan — Ce n'est pas par des crimes qu'un peuple se met en situation fausse avec son destin, mais par des fautes. Son armée est forte, sa caisse abondante, ses poètes en plein fonctionnement.
Mais un jour, on ne sait pourquoi, du fait que ses citoyens coupent méchamment les arbres, que son prince enlève vilainement une femme, que ses enfants adoptent une mauvaise turbulence, il est perdu. Les nations, comme les hommes, meurent d'imperceptibles impolitesses. C'est à leur façon d'éternuer ou à éculés leurs talons que se reconnaissent les peuples condamnés... Vous avez sans doute mal enlevé Hélène... ". Ces mots, extraits de LA GUERRE DE TROIE N'AURA PAS LIEU, sont de Jean Giraudoux. Cet auteur génial, du siècle dernier, ne réfléchissait certainement pas sur notre société actuelle. Il est de la force des écrivains de talent, comme des artistes, de porter des réflexions qui transcendent les époques, les lieux, les situations. Pour être présentes à nos présents d'incertitudes. A la place de: " Vous avez sans doute mal enlevé Hélène" et si nous mettions: " Nous avons sans doute mal élevé nos enfants".Quittons- de grâce-, pour une fois, honnêtement, sincèrement, profondément, nos petites chapelles politiques, nos petites cathédrales de certitudes douteuses, nos petites mosquées des palabres futiles, nos écoles de toutes les terreurs, pour réfléchir, une bonne fois, pour toutes, à la Côte d'Ivoire. Pour penser à l'avenir de ces millions d'enfants, de cette jeunesse plurielle des villes, des campagnes, des forêts qui aspirent à la paix.
Arrêtons- de grâce- avec nos explications maladroites de nos élans maladroits vers la paix. Pour nous, enfants des Indépendances, qui avions connu au moins 29 ans, au plus 39 de paix, de stabilité, à l'ombre des chars et caterpillards creusant sillons du progrès, dans la sueur des dos unis au travail, même dans l'unanimisme triomphant du parti unique - de façade, certes-, nous désolent et nous attristent, pour nos enfants, nos hoquets présents. Hypothèques certaines sur l'avenir. Non, je ne joue pas au Cassandre. Mot, si commode de nos jours, qui distingue les Bons des Méchants, je ne suis qu'un patriote. Comme tous les autres. Peut-être, avons-nous des manières différentes d'aimer notre Patrie. Le chat, dit-on, aime la souris. Mais de quel amour? Celui qui donne la mort ou la vie? Depuis la crise que nous traversons, tout se passe comme si les "vieux", les "pères", à défaut de se culpabiliser ou de confesser publiquement leurs fautes, avaient choisi de pardonner et de tolérer, à certains de leurs "enfants", ce qu'ils font et de diaboliser d'autres. Sait-on ce que ces premiers "enfants" nous réserveront, demain? Cette indignation sélective est malsaine. Car le problème est entier. Il s'agit bel et bien, dans cette crise, de la gestion d'un nouveau type d' "enfants" que nous avons tous créé. Depuis que sont tombés sur nous, comme une "nuée de sauterelles sauvages" les soleils du multipartisme. Temps des violences ( verbale et physique) des "vieux". Temps d'apprentissage patient et bruyant des " enfants". Doit-on reprocher à nos enfants l'éducation qu'on leur a donnée? Tout le problème. Le reportage de notre confrère Russel Lohoré, sur une fameuse réunion de la Fesci et ses intentions, en Allemagne, est passé comme lettre à la poste. Noyé par le chorus ambiant des haines réciproques. Presque tous les "jeunes' acteurs actifs de notre crise y étaient présents. Même absents. Il nous donnait des pistes pour comprendre, en dehors de la complexité et de toutes les ramifications, cette crise. Au surplus, de voir comment se recomposera, demain, le paysage politique. Car, quelle grande différence y a-t-il entre ces deux enfants terribles de la politique ivoirienne, fils légitimes des années du multipartisme mal compris sous les Tropiques? Ce sont des " Parents". Un proverbe de chez nous: "les querelles de famille se règlent la nuit. Sous une pluie battante". Leur handicap aujourd'hui: trouver un "Parent" éligible, qui a 45 ans. L'âge pour être candidat aux présidentielles. Dans ce pays à très forte population jeune, quand ils l'auront trouvé, malgré ce temps des divergences superficielles, cette contradiction principale, pour un temps, se muera en secondaire. Aujourd'hui, le vote est à 18 ans. Quand la Fesci de Ahipeaud Martial, Soro Guillaume, Eugène Djué, Blé Goudé... trouvera son candidat, après avoir tué, au sens symbolique les pères... De grâce, pour demain, pour nos enfants, donnons à ce pays, plus qu'élans fièvreux, des valeurs neuves qui feront boutonner l'espoir.
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