Asma Drissi
4 Novembre 2003
Avec sa guitare acoustique sur les genoux, son timbre pur et sa voix mélancolique, Souad Massi était attendue par des centaines de jeunes et de moins jeunes sur les marches du théâtre municipal.
Mais cette fois-ci, elle n'était pas seule, elle n'était pas recroquevillée sur sa guitare à nous chanter ces mêmes ballades nostalgiques qui lui ont valu le surnom de Joan Baez orientale ou encore la Tracy Chapman algérienne.
Souad Massi, aux allures d'une jeune collégienne, était accompagnée d'une guitare électrique, une basse, une batterie et une darbouka.
On l'a connue il y a deux ans, plus fragile, plus profonde à la sortie de son premier album «Raoui», mais samedi soir on l'a retrouvée différente, plus sûre d'elle-même, plus déterminée à réussir.
Souad Massi, dont le parcours ne remonte pas à très loin, a séduit l'Europe par sa voix, ses textes, ses compositions et sa présence, elle a fait chavirer les coeurs par les sonorités de sa guitare folk qui épousait avec aisance les rythmes arabo-andalous de son pays natal et les variations d'un jazz métissé et d'un country revisité.
Souad Massi a convaincu et a imposé sur la scène musicale un timbre exceptionnel mais surtout une identité, un cachet original puisé dans les répertoires du monde sans ressembler à aucun d'entre eux.
Surtout avec «les chansons» de son album «Raoui», on sentait que l'émotion était vraie et que les paroles étaient justes, poignantes, douces et à la fois graves, un ton qui redéfinit la musique engagée même si elle ne cesse de vouloir se défaire de cette «étiquette».
Mais là où le bât blesse, c'est quand on n'a rien retrouvé de tout cela ou très peu de ce qu'on aimait chez elle.
Souad Massi, sans contester son effort en matière de musique orchestrée et l'ambiance de fête entraînante qu'elle a réussi à installer sur les planches du théâtre municipal, a manifestement fait un nouveau choix artistique.
Ses paroles sont devenues plus légères et manquent de profondeur même lorsqu'elle chante la paix ; la musique et les solos délirants de la guitare et les improvisations de la batterie prennent le dessus sur l'âme des chansons qu'elle chantait.
En laissant de côté ce cachet si personnel et cette idée qui la rendait si différente, Souad Massi se perd dans un brouhaha et mêle ses cartes dans un système qui a ses règles du jeu. Ce qui cartonne en occident n'est pas souvent valable chez nous.
Les artistes maghrébins, en Europe, sont certes à la mode, mais sans personnalité précise, les pistes se brouillent.
Souad Massi porte par sa voix tout l'espoir de la femme algérienne, toute l'âme de son pays, pourvu qu'elle reprenne sérieusement sa guitare, et qu'elle redevienne cette chaleureuse voix avec ses mélodies simples et touchantes accompagnée de sa guitare si discrète. Pour qu'elle redevienne cette chanteuse à voix et à texte, cette image qui lui allait si bien.
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