4 Novembre 2003
analyse
Comme dans les traditions des démocraties, le pouvoir exécutif expose son programme devant le parlement, le Maroc ne fait pas exception à cette règle.
Ainsi, tout a commencé par une brillante déclaration de l'exécutif inscrite au calendrier du Gouvernement comme une nécessité de premier ordre. Mais, cette idée de regrouper tous les organes intervenant dans la promotion, ne date pas d'aujourd'hui, déjà en 1993 une proposition du Centre du Commerce International (CCI) et du PNUD portant sur le réaménagement du cadre institutionnel de la promotion commerciale a été soumis aux autorités marocaines compétentes. Par ailleurs, dans ce cadre et en partant d'une vision cherchant à répondre aux carences liées au dysfonctionnement des structures en présence et des moyens plutôt limités, il a été proposé par le CNCE en 1995, de regrouper au sein d'une même entité tous les intervenants dans la promotion économique du Maroc à l'internationale. Seulement à chaque appel les organismes n'ont pas tous répondu présents pour des considérations certainement de spécificité de leurs activités mais aussi de jalousie et du risque d'empiétement sur les domaines de compétence, sans parler des disparités et des disproportions des moyens octroyés. Les riches ne veulent pas être logés au même compartiment que les pauvres et ainsi de suite ... et les intérêts de la nation doivent attendre que tout le monde soit d'accord. L'échec de cette première tentative a laissé une sorte de resserrement dans la gorge des initiateurs et on a vu, sans vraiment faire un dessin, que la démocratie consistait à satisfaire plus les entités choyées que l'intérêt général. Et le scénario continue
Le rétrécissement de l'organe de promotion
L'on devait s'attendre à une initiative plus courageuse et plus convaincante avec une démarche participative. Il n'en est rien puisque la préparation d'un nouveau projet de texte de création de l'organe dit ONIX a été faite dans un cadre restreint, en se rabattant exclusivement sur la promotion des exportations et des investissements, sans consultation de tous les organismes concernés et dans un temps record. Le texte n'est devenu opérationnel et connaissable que suite à un réflexe de consulter le Conseil National du Commerce Extérieur (CNCE) car tout de même, il faut donner un soupçon de légitimité à cette histoire. Sinon pourquoi on a créé cet organisme qui logiquement devrait veiller sur le sort et l'avenir du commerce extérieur?
Si initialement l'idée était de regrouper tous les organes oeuvrant dans la promotion économique pour uniformiser la stratégie, aujourd'hui, il semble que la souveraineté s'arrête sur des seuils infranchissables.
Les termes de référence en panne
Le CNCE, lui n'est pas allé par les quatre chemins. Il a relevé que cette proposition se fait un peu à la hâte, que ça manque de cohérence, que la fédération se passe probablement en dehors des fédérés et que la gestion de l'image du Maroc n'est pas l'apanage d'un département au détriment de tous les autres notamment le département du commerce extérieur et celui des affaires étrangères et de la coopération. Le CNCE a eu tout de même le mérite et le courage d'exiger un cahier de charges pour plus de transparence et a soumis le rapport à ces membres y compris le CMPE qui ne participe dans cette compétition qu'en tant qu'observateur. Donc un travail en profonde lecture a été fait pour améliorer le contenu et le contenant du texte par un comité conçu à cet effet. Les remarques ont bien été transmises au département concerné et probablement à l'agence recrutée à cet effet.
Le recours à un bureau d'étude
La réaction des rédacteurs du projet ne se fait pas attendre. Plusieurs remarques ont été apparemment prises en considération et pour avoir le coeur net, l'on fait appel à un bureau spécialisé qui a survolé le cite et eu des contacts plus ou moins relâchés et sélectifs avec les responsables directement concernés par le projet et les opérateurs représentant des secteurs économiques. Evidemment, cette agence engagée qui est bien référencée internationalement devait dissiper les nuages et rattraper les anomalies commises au nom du savoir-faire. Elle a respecté ses engagements avec un retard, juste supportable pour faire durer le suspens et a accouché finalement d'un rapport que personne n'a vu jusqu'à présent, sauf ceux qui l'ont commandé. Il a été déclaré que les conclusions de ce fameux rapport allaient être soumises à l'appréciation du privé et du public avant de le mettre dans le circuit du Conseil de Gouvernement pour aller vers le Parlement. Il nous semble que les phases ont été raccourcies pour une considération de timing ou de l'inutilité de prendre l'avis de ceux qui sont concernés en premier chef.
Rétention de l'information
Cette situation nous interpelle tous pour se poser des questions sur la légitimité d'une telle démarche. Est-il question de nous imposer une vision unilatérale d'aménagement du cadre institutionnel sans tenir compte de la représentativité et des structures en charge de la promotion? A-t-on le droit de procéder à une rétention de l'information?
L'opacité qui a caractérisé cette affaire, réactualise en effet le débat sur la démocratie qui est certainement un exercice fastidieux, mais qui permet d'atteindre une vitesse de croisière réelle pour affronter les défis qui nous attendent tous. Le droit de savoir quel serait le sort réservé à cette problématique de la promotion nous est un droit acquis et garanti par la constitution. Mais tout se passe comme si les termes et les délais de création d'un organisme devenaient plus importants que l'objectif initial lui-même, soit celui de créer une structure répondant aux normes d'une optimisation des actions promotionnelles pour soulager la trésorerie.
Un statut en forme de panaché
Cela fait exactement une année et plus que les responsables font attendre des personnels impatients dans leurs organismes respectifs, tout en se méfiant des articles délibérément confus proposés dans le projet texte de création dudit Onix concernant leur avenir. Nous pouvons recenser plusieurs idées qui nous sont proposées en tant que dogme notamment le fait de présenter un statut en forme de panaché pour lequel nous nous demandons si la discrimination entre les différents personnels concernés n'est pas l'échec d'une vision d'une entité qui mange à la carte. A aucun moment le citoyen n'est éclairé sur la chose publique et toute la cascade des articles et entretiens publiés par la presse nationale nous arrosent de bribes et de fragments d'informations un peu frappés d'incohérence.
A quoi sert l'avis des concernés?
Le droit à l'erreur est légitime mais pas pour deux fois de suite. Le CNCE a demandé une étude, celle-ci devrait être rendue publique et pour gagner du temps, qui semble aujourd'hui l'ennemi majeur du gouvernement actuel, on aurait pu penser remettre également la fameuse dernière mouture du texte, Car jusqu'à présent personne ne sait et ne connaît le contenu de cette dernière qui est sortie droit du département concerné pour atterrir au Secrétariat général du gouvernement. Autant féliciter le gouvernement pour son dynamisme et son efficacité, autant lui demander de ne pas heurter la tradition démocratique, car on ne peut être à la fois juge et partie.
L'état de «siège» de la promotion
Une autre idée qui consiste à proposer le nouveau siège de cet organe à Rabat en renvoyant dos à dos les tenants du principe d'une proximité du lieu du monde des affaires. Changer de siège n'est pas une question qui mériterait tant d'attention et les préjudices à subir par les intéressés ne sont pas vraiment à la hauteur des priorités nationales. Parler aux personnels des établissements concernés n'est pas primordial et ne représente aucun intérêt pour des raisons d'Etat. L'avis des opérateurs économiques qui n'ont cessé de rappeler dans les différentes «caravanes de l'exportation» que cette idée centriste en décalage par rapport au principe de décentralisation, que les moyens alloués à la promotion économique sont insuffisants pour une promotion concurrentielle à l'internationale et que transfert prévu des personnels ne doit en aucune manière ignorer les préjudices à subir.
En effet, nous avons eu droit à pas mal de dates, pas mal de discours optimistes, pas mal de formes de communication entre le gouvernement et les opérateurs économiques et enfin, à pas mal de rapports mais jamais à une argumentation sur les intentions du gouvernement sur la base d'une méthodologie appropriée qui institutionnaliserait une stratégie globale pour la gestion de l'image du Maroc à l'international.
Les améliorations des performances des prestations
Le souci de réunir des organes en charge de la promotion vise à améliorer les prestations, par ricochet, il s'agit d'améliorer les performances. Le CMPE a fonctionné faute de moyens, depuis une vingtaine d'années, grâce à ses efforts pour forcer le destin et être présents sur les meilleures plates formes internationales suppliant ainsi, aux imperfections des ses statuts sans antennes à l'étranger, aujourd'hui on a trouvé mieux, c'est de créer d'abord de nouvelles antennes (les Centres Régionaux d'Investissement); les faire dépendre du département de l'intérieur et tenter de tisser une matrice en un clin d'oeil en leur demandant de collaborer avec l'organe nouvellement créé. Ces chevauchements de compétences et ses réseaux horizontaux n'ont jamais fonctionné nulle part de par le monde. Toutes les entités font asseoir leur stratégie sur des structures totalement dépendantes de l'organe de promotion central. Il est pratiquement inconcevable de lier des structures conçues initialement pour des objectifs précis et qui restent heurtées et surdéterminées par les aléas des changements gouvernementaux. Nous avons l'originalité de trouver parfois des solutions qui nous font oublier le problème initial. Personne n'est à l'abri des erreurs mais il ne faut pas à notre sens, une fois constaté que nous ne nous sommes pas sur le bon chemin, aller jusqu'au bout.
L'office est-il une fatalité pour la taxe parafiscale?
Le texte de la nouvelle loi de finance ne mentionne nullement le nom de l'Onix et se contente de l'expression fusion du CMPE et de la Direction des Investissements Extérieurs. Il n'est plus question de la Maison de l'Artisan dans le nouveau jargon, c'est normal puisque le ministère de tutelle a déjà prononcé un non ferme. Au moment où les pays concurrents sont en train de réformer leur structure pour aller vers des formes de gestion moderne en remplaçant les offices par les agences, il nous est proposé de créer un autre office avec un profil bicéphale l'export et l'investissement. Au moment où les budgets alloués à la promotion soutiennent des stratégies colossales de communication, l'on se contente de se rabattre sur une taxe parafiscale pour résoudre définitivement la question de la promotion économique. Le privé n'a pas cessé de rappeler que la question n'est pas dans le remodelage des structures existantes mais dans les moyens que le gouvernement va mettre dans la compétition internationale. De quoi parlons-nous aujourd'hui? Nous sommes à 12% d'un véritable budget promotionnel comparativement aux pays concurrents.
Le problème n'est pas de réaliser des économies d'échelle parce qu'on se soucie des deniers publics, argument brandi à toute occasion basé sur un raisonnement tarte à la crème, il est vraiment dans la manière de régler à court terme le solde des initiatives mal parties, en se débarrassant d'une situation institutionnelle inscrite au passif du pouvoir exécutif. Il s'agit de la promotion du Maroc en tant que pays émergent dans le concert des nations. Il s'agit bel et bien de mettre l'investissement et l'exportation au service du développement économique et social. Il est exclu d'aborder la compétition économique internationale avec des structures composites qui campent sur plusieurs frontières départementales. Il est aussi inopportun de confectionner des structures derrière le dos des concernés à savoir les opérateurs économiques et les organes en charge du dossier de la promotion commerciale à l'international.
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