Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire:Gbagbo redonne vie à Marcoussis

Zagbayoufranck@yahoo.fr (franck A. Zagbayou)

5 Novembre 2003


Abidjan — Le Président de la République a instruit de façon expresse mais ferme le Premier ministre pour que tous les textes fondamentaux de l'accord de Linas-Marcoussis soient mis au rôle au conseil de gouvernement, au conseil des ministres pour ensuite être soumis au plus vite au parlement.

" C'est la recommandation essentielle du dernier conseil des ministres tenu jeudi dernier. Le Président Laurent Gbagbo, redonne ainsi espoir à l'accord de Marcoussis et à la Communauté internationale alors que la France, réduite au rôle d'arbitre impuissant dans le face-à-face hostile entre l'ancienne rébellion et le régime, lorgnait vers l'Onu pour garder son honneur sauf en Côte d'Ivoire. Elle ne serait nullement gênée de voir ses 4000 soldats être sous tutelle des casques bleus de l'Onu. Le Président Laurent Gbagbo, logique jusqu'au bout avec lui - même, est resté partisan d'une application intelligente et souple de l'accord de Linas-Marcoussis. Il avait pensé trouver auprès des signataires et des parrains dudit accord, une oreille favorable, en préconisant l'application du compromis politique dans son esprit. A charge pour lui de faire des adaptations pour une mise en œuvre de la lettre. Que non, il avait été voué aux gémonies. De l'intérieur comme à l'extérieur, il était dépeint comme un anti-Marcoussiste, opposé à la paix et au bonheur de son peuple.

Et pourtant, c'est à travers chacun des actes qu'il a posés dans l'exécution de la fiche de Marcoussis que l'on a pu entrevoir l'éclaircie. Entre édulcorer les privilèges que lui donne la Constitution, la façon de soulager les souffrances du peuple et respecter les engagements pris vis-à-vis de la Communauté internationale, il a dû jouer d'astuces, d'arguties politiques et de diplomatie pour trouver le juste milieu. Et ces nombreux actes d'engagement en faveur d'une solution de sortie de crise ont été soulignés par la France, l'U.E et le Conseil de sécurité de l'Onu. Au regard du retard pris depuis la signature de l'Accord en janvier 2003, on comprend aisément que la France qui avait monté la table ronde de Marcoussis et la conférence des Chefs d'Etat de Paris-Kléber, tenait à régler le sort d'un pouvoir jugé récalcitrant et difficilement aux ordres que d'apporter des solutions durables et politiquement acceptables. De ce fait, trop persuadée de son bon droit et du succès de son opération, la France qui voulait en finir avec le pouvoir FPI, à travers Marcoussis et Kléber, n'a pas prévu d'alternative en cas de blocage. Elle s'est militairement interposée, mais sa présence n'a été que dissuasive car elle n'a pas redonné au pouvoir légal toute sa personnalité. Et quand les rebelles ont décidé de suspendre leur participation aux activités du gouvernement et du comité de réunification du pays, la France encore moins la Communauté internationale n'ont pas eu cette volonté suffisante pour mettre leur veto. Au contraire, ils se payent des tournées africaines pour chanter la même rengaine : plus de pouvoirs au Premier ministre, de nouvelles personnalités aux postes de la défense et de la Sécurité intérieure. Le temps passe et on a de plus en plus le sentiment que pour la Communauté internationale, qui ne maîtrise vraiment plus les rebelles à l'image du Comité de suivi et de son président dont le parti pris est avéré, la résolution de la crise ivoirienne peut attendre. " C'est d'abord aux Ivoiriens de s'aider eux-mêmes ", écrivait Dominique de Villepin, dans Libération du 29 octobre dernier. Puis de poursuivre : " Au-delà du désarmement des combattants, c'est le désarmement des esprits qu'il faut désormais mettre en oeuvre. La réconciliation se gagne d'abord dans les cœurs... Aujourd'hui, il faut que la Côte d'Ivoire se donne les moyens de retrouver son unité et sa cohésion ". La France qui hier disputait l'autorité de Marcoussis au Président Gbagbo, tout en confessant son impuissance à réaliser le désarmement des rebelles, renvoie les Ivoiriens à leur propre destin. Et c'est ce destin que le Président Laurent Gbagbo a décidé d'assumer résolument, en s'attaquant aux engagements pris à Marcoussis.

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