Stéphane Saminaden
5 Novembre 2003
Port Louis — En trois semaines, le prix du coton a presque doublé. Cette hausse se répercute sur le prix du fil et des vêtements mais la confection est la seule à casquer .
L'industrie du textile-habillement file un mauvais coton et c'est le cas de le dire. Des déboires divers enregistrés par les principaux pays producteurs de coton à travers le monde occasionnent une pénurie sur le marché mondial. En trois semaines, les prix ont flambé passant de 45 US cents à 82 US cents le demi-kilo environ.
S'il est vrai que les prix des commodités, agricoles qui plus est, ont tendance à fluctuer, c'est une des rares fois où le prix du coton prend l'ascenseur en un si court laps de temps. Sur le marché des "futures", les contrats pour le coton ont atteint un niveau jamais vu ces huit dernières années.
Les conséquences pour les producteurs de textile-habillement sont graves. Le coton est la principale matière première pour produire le fil et le tissu. La hausse du prix de ce produit se répercute inéluctablement sur celui du fil et les produits finis.
La majoration du prix du fil avoisine les 30 % voire les 40 %. Elle se traduit par une hausse du prix des vêtements qui se situe dans une fourchette de 10 % à 15 %, selon les produits et les opérateurs.
Dans la conjoncture où la demande est plutôt molle sur le marché mondial alors que l'offre est excédentaire, les fabricants de vêtements sont les seuls à subir les frais de cette hausse. Les filateurs qui opèrent sur des marges étroites déclarent ne pas pouvoir absorber cette hausse de prix et ils la refilent donc automatiquement aux acheteurs, soit les fabricants de vêtements.
Mauvaise récolte en Chine
Mais ces derniers ne peuvent à leur tour répercuter cette hausse du prix du coton et du fil sur leurs clients, les chaînes de magasins et la grande distribution. Cela, non seulement parce que la demande est faible et la concurrence féroce mais aussi parce que les prix sont fixés par les contrats et ne sont pas renégociables. Même pour les contrats à négocier pour la saison hiver 2004, les acheteurs ne veulent pas entendre parler d'une hausse des prix des vêtements.
"C'est nous qui aurons à casquer en rognant encore dans nos marges", déplore François Woo, directeur de la Compagnie mauricienne de textile (CMT). "La crise du coton est mondiale et touche tout le monde mais les retailers comme les filateurs ne veulent rien entendre. Si nous n'arrivons pas à nous ajuster à la hausse, les pays producteurs à faibles coûts vont en profiter", renchérit François Eynaud, directeur de Tropic Knits, fabricant de t-shirts.
Officiellement, c'est l'annonce d'une mauvaise récolte de coton en Chine qui a mis le feu aux poudres. Mauvaise nouvelle précédent celle de la sécheresse et des incendies en Australie qui ont durement touché la récolte. Aux Etats-Unis, la production n'était, de son côté, pas terrible.
Ces facteurs négatifs accumulés expliquent officiellement la flambée des prix mais pour des spécialistes, la spéculation a grandement amplifié le phénomène.
L'Inde a "retardé" sa récolte à cause de la mousson, mais c'est grâce à ses pluies bénéfiques qu'elle s'attend à une production record cette année.
Les filateurs ont eu, eux, tendance à acheter plus de coton que d'habitude pour parer à toute pénurie. Tablant sur une hausse des prix, les planteurs et négociants en coton n'étaient pour leur part pas pressés de vendre. Ainsi, les positionnements des uns et des autres n'ont fait qu'accentuer l'escalade du prix du coton.
Les industriels du textile et de la confection ne peuvent qu'espérer une stabilisation du prix du coton. Une lueur d'espoir apparaît sur le New York Commodities Exchange. Des pressions à la baisse commencent à se faire sentir sur les prix des contrats "futures" pour le coton. La production record de 16,5 millions de "bales" attendue en Inde explique en grande partie cette tendance à la baisse. ( 1 "bale" équivaut à 550 livres de coton).
Néanmoins, la grande crainte est que cette baisse ne rétablisse pas les prix à leurs niveaux d'avant la hausse. Si malgré la correction les prix demeuraient à 20 %
plus cher qu'avant la flambée des prix, cela représenterait une majoration de 7 % des prix des vêtements que les producteurs auront à absorber seuls.
En attendant, certains industriels locaux s'organisent pour tenter d'ouvrir le dialogue avec les filateurs indiens afin de répartir plus équitablement la hausse du prix du coton. L'idée générale est que les filateurs acceptent une hausse plus faible du prix du coton quitte à ce que ce prix soit maintenu même lorsque le coton aura baissé sur le marché mondial.
En ce qui concerne le pays, le prix galopant du coton vient justifier une fois encore la nécessité d'avoir des filatures locales. Il faut toutefois s'assurer d'avoir des stocks suffisants pour pouvoir faire face à une crise de cet ordre.
C'est le calcul qu'a fait la CMT en construisant un entrepôt pouvant accueillir un stock de six mois de coton pour sa filature qui est en construction à La Tour Koenig. " Les producteurs et négociants de coton ne pourront pas spéculer pendant plus de six mois. Ils ont besoin de vendre eux aussi", commente François Woo.
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