Malick Rokhy Bâ
6 Novembre 2003
opinion
Le Parti démocratique sénégalais (Pds) a choisi le palais présidentiel pour tenir hier mercredi 5 novembre la réunion de sa direction politique nationale (Dpn).
A la place de sa permanence nationale située à Dakar, en face de la place de l'Obélisque et traditionnel lieu de rencontre pour la dernière née des instances de la formation libérale, il a débattu ses contradictions internes au palais présidentiel, dans un espace symbolisant la République et dont le propre, à travers les textes fondamentaux de l'Etat, est d'être en marge des considérations partisanes.
En tenant sa réunion sur cet espace symbolique situé sur l'avenue Léopold Sédar Senghor, le président de la République et son parti détournent volontairement le sens et le symbole des institutions dont il devrait pourtant être les premiers garants du fait de leur position hégémonique actuelle. Un parti politique, gère-t-il le pouvoir, n'en peut pour autant tout se permettre, allant jusqu'à une confusion avec l'Etat. Et avec ce qui s'est produit hier au palais, un pas de plus a été franchi dans " l'instrumentalisation " et la banalisation des institutions de l'Etat au profit d'une partie de la population sénégalaise, fût-elle la locomotive de la majorité. Pourtant, venant du chef de l'Etat, tout devrait aller non pas dans le sens de l'intérêt particulier comme c'est le cas avec la réunion de la direction politique nationale mais vers l'intérêt général.
Mais les choses semblent avoir pris un relief particulier depuis Me Abdoulaye Wade a implicitement accepté de présenter sa candidature à l'élection présidentielle de 2007, à la suite de la demande formulée par les jeunesses travaillistes libérales par la voix de leur responsable, Modou Diagne Fada.
Ce détournement des symboles de l'Etat à cause d'une logique partisane qui gomme la neutralité attendue du président de la République, obère l'esprit républicain au profit de l'esprit partisan.
En même, il constitue un danger pour l'équilibre de la nation et la viabilité des institutions. Hier, c'est le palais présidentiel qui a été transformé, l'espace d'une réunion, en lieu privé pour des intérêts privés. Demain, le risque est grand de voir ce même esprit partisan irradier d'autres cercles de l'Etat, d'une manière qui les dévoie ou les réduit à leur plus simple expression, excluant du coup des catégories substantielles de notre nation.
Avant l'alternance, l'opposition d'alors, aujourd'hui au pouvoir, s'était battue pour que le Parti socialiste (Ps) arrête de tenir ses réunions à l'Assemblée nationale. On se rappelle l'énergie qu'avait déployée le secrétaire général de la Convention des démocrates-patriotes-Garab Gui (Cdp-Garab Gui), le Professeur Iba Der Thiam, aboutissant à délocaliser les réunions du Bureau politique du Parti socialiste (Ps) de la place Soweto à la Maison du Parti socialiste.
Au surplus, Me Wade a, contrairement à une idée répandue, été favorable à une séparation des fonctions de chef d'Etat et de chef de parti, pour permettre au président de la République d'être au-dessus de la mêlée. Il citait quelques années après la création du Pds en 1974, en appui à son argumentation , l'exemple du président français Giscard D'Estaing . La traduction concrète des craintes alors exprimées se déploie aujourd'hui avec les dérives du genre de celles notées hier.
Le Parti démocratique sénégalais (Pds) est cependant bien placé pour valoriser la longue expérience acquise sur le terrain politique sénégalais et solidifier les institutions républicaines.
Parti de masse qui a très tôt acquis à sa cause des franges importantes du Sénégal, aidé en cela par un leader véritable bête politique en la personne de Me Wade, il n'en a pas moins accusé des coups inhérents au système politique sénégalais et inévitables pour tous ceux qui prennent le risque de s'engager en politique dans les rangs autres que ceux du prince. Ainsi, il a expérimenté à son corps défendant les interdictions de marches, le sectarisme, la politique du Parti-Etat des socialistes aussi bien sous Senghor que sous Abdou Diouf, les brimades entre autres violations et maquillages de toutes sortes. Que ne ferait-pas t-il pour mettre ce capital au profit de nos institutions et assainir nos moeurs politiques ? Mais on constate que les libéraux ont du mal à se départir de leurs habits partisans, le chef de l'Etat singulièrement, chaque fois que l'imposent les institutions et les circonstances. C'est une forme de violence, pernicieuse, que charrie le pouvoir et aux conséquences destructrices pour l'unité nationale. D'une manière qui est en train de brader un héritage historique acquis à la suite de hautes luttes, bien avant 1974, et dont le Pds s'est servi comme marche-pied pour monter au pouvoir. On ne saurait faire de fixation sur cela étant donné que tout doit être versé dans le patrimoine national commun mais l'impératif est de le gérer correctement.
Historiquement, les nations qui ont fait des pas de géant dans l'idéal démocratique sont passées par certaines étapes significatives de leur vie politique et qui peuvent se décliner en quatre périodes suivant l'état de leurs forces politiques. C'est ainsi que les luttes démocratiques ont ouvert la voie à des acquis démocratiques dont la longue observation a débouché sur une tradition démocratique qui, à terme, a donné une conscience politique . Avec l'alternance, le Sénégal était bien placé pour fructifier ce capital accumulé sur la longue durée. Mais l'ivresse du pouvoir, l'aveuglement, l'arrogance et le refus de prendre en compte les choses les plus élémentaires qui avaient perdu les socialistes constituent aujourd'hui quelques unes des caractéristiques principales des libéraux. Qui disait que le pouvoir aliène ?
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