Pape Diomaye THIARE
6 Novembre 2003
NOUAKCHOTT - A 24 heures du scrutin présidentiel de demain, vendredi 7 novembre, le ton monte entre le pouvoir et l'opposition mauritanienne. Le camp du président sortant, Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya déclare que le candidat, l'ancien président, Mohamed Khouna Ould Haïdallah, se prépare à prendre le pouvoir par la violence. La police a dispersé à coup de grenades lacrymogènes la marche de l'opposition. celle-ci soutient que toutes les accusations portées contre elle ne sont que des affabulations.
La campagne électorale qui, jusqu'ici, s'est déroulée sans anicroches a subitement pris une nouvelle tournure ces dernières 48 heures. Au fur et à mesure que la date du 07 novembre approche, le parti au pouvoir et la troïka de l'opposition (Mohamed Khouma Ould Haïdallah, Ahmed Ould Daddah et Messéoud Ould Boulkheir) se livrent une bataille sans merci par presse interposée. Hamoud Ould Mohamed, le directeur de campagne du candidat Ould Taya qui était face à la presse hier mercredi 05 novembre est formel. " Le candidat Ould Haïdallah prépare une prise du pouvoir par la violence et nous en avons les preuves ", dit-il. Pourquoi n'avez-vous pas averti la police ? interrogent les journalistes. " Je ne suis ni le gouvernement, ni l'autorité policière, mon rôle est d'aviser la presse parce que je suis directeur de campagne ", répond-il avant de brandir un document estampillé " plan Grab1 ". Selon notre interlocuteur, ce document est un plan " machiavélique " préparé par les adversaires de son candidat pour s'emparer du pouvoir au soir du scrutin 7 novembre. Dans ce " plan Grab1 ", il y a deux variables. Il s'agit d'abord de proclamer les résultats officiellement à 23h30, de prévoir de la nourriture avant d'appeler les populations à venir au lieu de la veillée électorale que devraient donner les candidats de l'opposition. En outre, le plan prévoit également que dès la proclamation des résultats, le gouvernement doit être formé. Un gouvernement dit de transition pacifique (Gtp) qui doit être protégé par une centaine de militants, une semaine durant. Dans le document, on peut lire aussi " seuls les ministres courageux et décidés à se maintenir longtemps seront choisis pour faire partie du gouvernement ". Mais, précise le " plan Grab1 ", " Ahmed Ould Daddah s'apprête aussi à former un gouvernement, l'opposition risque de se ridiculiser en proclamant 2 ou 3 présidents. Il faut donc que Ould Haïdallah coordonne avec lui et Messéoud Ould Boulkhéir pour former ensemble un gouvernement ". Cependant, en vue d'assurer sa reconnaissance au plan international, un ministre ira à l'étranger pour cette opération de charme. " Ils veulent à tout prix accéder au pouvoir mais cela ne passera pas ", avertit le directeur de campagne de Ould Taya.
D'ailleurs, la marche de protestation que voulaient organiser l'opposition hier, mercredi, a été dispersée par la police à coup de grenades lacrymogènes. Les forces de sécurité en nombre impressionnant ont quadrillé toute la matinée le secteur des banques d'où devaient partir les marcheurs. Face à toutes ces accusations, l'opposition a réagi. Pour elle, il ne s'agit là que d'une fabrication, d'une machination du pouvoir savamment orchestrée. " Nous sommes des légalistes. Nos seules armes, ce sont les voix de nos électeurs. C'est une stratégie que nous comprenons. Si on ne reporte pas les élections demain, nous les remporterons ", martèle Ismaël Ould Amar. Mais, le directeur de campagne de Ould Haidallah est catégorique. " Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya veut reporter le scrutin ou l'annuler parce qu'il sait qu'il sera battu ".
C'est dans cette ambiance agitée que les 6 candidats à la présidentielle de demain, vendredi 7 novembre, ont clôturé la campagne électorale après avoir sillonné deux semaines durant tous les 13 wilayas (Ndlr Régions) du pays. Le candidat Ould Taya a été le seul à organiser un méga meeting au stade de la capitale. Ce jeudi, c'est la veillée d'armes. Tout le matériel électoral est mis en place. Toutes les dispositions ont aussi été prises pour permettre aux électeurs qui sont au nombre d'1 million 150 mille d'aller aux urnes ce vendredi 07 novembre. Ils sont répartis dans 2326 bureaux de vote que compte la Mauritanie.
Par ailleurs, hier mercredi 5 novembre, un deuxième fils du candidat Mohamen Khouna Ould Haïdallah a été arrêté par la police mauritanienne. Cette arrestation fait suite à celle de son frère survenu la veille.
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