Propos recueillis par Didier Kéi
7 Novembre 2003
interview
Enseignant à l'UFR criminologie de l'Université d'Abidjan-Cocody, le Dr. Henry Yebouet a fait sa thèse de doctorat unique en sciences politiques en France en 1995. Dans le cadre de ses études, ce criminologue s'est imprégné des réalités dans les services de police français. Dans l'entretien qui suit, le Dr. Henry Yebouet parle des bavures commises par les policiers français et jette un regard sur le comportement des policiers ivoiriens.
Comment expliquez-vous ces bavures qui sont commises en ce moment à Abidjan ?
A l'origine, la bavure est un comportement, une action involontaire, c'est une action incontrôlée de la part d'un agent de police. C'est comme cela qu'il faut comprendre la notion de bavure. donc, en clair, la notion de bavure est à distinguer de toute action volontaire posée par un policier de manière délibérée. Plus tard, la notion de bavure a été employée dans d'autres domaines en l'occurrence, dans le domaine médical, en parlant de bavure médicale, lorsqu'une opération est mal exécutée etc.
Pour revenir maintenant à la question que vous me posez de manière précise, depuis quelque temps, nous constatons une recrudescence des bavures ou du moins les bavures policières sont devenues récurrentes. Elles sont devenues récurrentes parce qu'il faut le dire, le contrôle d'état qui devait être exercé au niveau de la police n'est plus fait assez rigoureusement, la formation continue des policiers qui leur permettrait d'avoir une maîtrise totale des armes à feu, des armes de pointe, des pistolets automatiques qu'ils ont, n'est plus faite, et il y a un certain esprit western qui s'installe à la police. Et ce problème n'est pas propre à la Côte d'Ivoire. Nous l'avons assisté dans le cadre de la France. Et je vais vous donner des exemples. J'ai eu à faire une thèse là-dessus de 75 à 95. Il y a eu un problème de policiers cow-boy qui pensent qu'ils ont une arme, il faut l'utiliser. Voilà ce qu'on peut dire dans un premier temps sur le problème des bavures policières.
Pourquoi les policiers sont-ils les plus incriminés ?
Il faut dire que dans l'organisation de la sécurité dans un pays, la police gère les villes et la gendarmerie gère les agglomérations d'au moins 5000 habitants. Partant de là, la gendarmerie est amenée à rencontrer moins de personnes. A voir des contacts plus familiers avec les populations que les policiers qui ont en face d'eux un monde impersonnel. Un monde d'individus où il leur est pratiquement impossible d'apposer un nom. Contrairement à ceux qui travaillent dans de petites agglomérations où presque tout le monde se connaît. A partir de ce moment-là, lorsqu'on pose un acte, on ne réfléchit pas par deux fois. On agit avant de réfléchir. C'est l'une des causes qui peut expliquer cette récurrence des bavures policières. Au détriment des bavures des gendarmes. Mais quand je fais une étude comparative entre le cas de la Côte d'Ivoire et de la France, c'est le même phénomène. Il y a très peu de bavures au niveau de la gendarmerie en France que des agents de police à proprement parler. Donc pour revenir au cas de la Côte d'Ivoire, je vous dis que c'est un problème de formation continue. En principe, un policier doit chaque 6 mois au maximum retourner au camp d'entraînement pour apprendre à tirer. Mais quant au cas de la Côte d'Ivoire, c'est une mesure de police judiciaire, en principe ceux de la police administrative ne le font pas, ou le font très peu, donc ils perdent le contrôle des armes et lorsqu'ils sont amenés à des tueries, là où on devait tirer sur les pieds ou en l'air, ils tirent juste devant eux. Et c'est là une cause des bavures policières.
Vous qui avez fait une étude sur les homicides commis par les policiers en France, qu'est-ce que l'on peut retenir de ces agents ?
Les affaires policières que j'ai eues à étudier dans le cas de la France de 75 à 95 et là je préparais ma thèse de doctorat unique en sciences politiques, les infractions que nous avons connues en France ne sont pas différentes de celles commises par nos policiers. Seulement là-bas, l'IGPN est plus efficace qu'ici d'une part. Et d'autre part, le problème de racket policier n'est pas aussi récurrent. Ce sont des bavures racistes. Dans les commissariats, dans les rues. Des journaux français, le Figaro, Le Monde, Libération, ont évoqué ces cas-là. Donc il n'y a pas de différences entre les bavures commises par la police ivoirienne et celles de la France. Toutes les polices au monde commettent les mêmes infractions. Les morts d'hommes sont très peu en Côte d'Ivoire. N'exagérons pas. En France, des fois c'est pratiquement 1 mort chaque mois. Seulement, ils ne font pas de publicité et on sanctionne l'agent en douce et ça reste comme ça. La police française va pratiquement à l'extrême droite. C'est une police qui est raciste. Je parle en connaissance de cause. J'ai été évalué par des professeurs qui sont spécialistes en sécurité en France. Donc le problème de la Côte d'Ivoire, c'est la presse qui joue à un jeu diabolique. Vouloir à tout prix diaboliser, culpabiliser le régime en place, c'est cynique et diabolique. Parce que lorsqu'on a des autorités en place, on doit faire bloc derrière ces autorités. Parce que le pouvoir du peuple est un pouvoir divin. Et c'est pourquoi je dis que l'action des patriotes, jeunes, vieux, femmes, est une très bonne action. Ceux qui s'écartent de cette voie-là n'aiment pas la Côte d'Ivoire.
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