Mohamadou Sagne
7 Novembre 2003
NOUAKCHOTT - C'est ce vendredi 7 novembre 2003 que les Mauritaniens sont appelés aux urnes pour élire de nouveau un président de la République. En prélude, la campagne électorale qui a été ouverte depuis le 22 octobre dernier et qui a été clôturée avant-hier mercredi à zéro heure, sur fond de violence verbale. Eu égard au fait que l'opposition, ayant constaté des anomalies sur le fichier électoral, a élevé la voix de la protestation.
Les différents candidats, six (6) au total dont une femme, Aïcha Mint Jeddan ont fini de sillonner tout le territoire d'une superficie de 1 030 700 km2 pour une population totale de 2,6 millions d'habitants. Soit 2,5 habitants au km2. Une densité à juste titre qui révèle le caractère désertique d'un pays habité essentiellement par des Maures, mais également d'une minorité de négro-mauritaniens appelés "Harratines". Et c'est justement une partie de cette population: 1 107 400 citoyens inscrits officiellement sur le fichier électoral et dont les listes sont publiées par le ministère mauritanien de l'Intérieur, des postes et télécommunications qui auront à coeur joie de choisir l'un de ces six candidats que sont le président sortant, Maaouya Ould Sid Ahmeth Taya du PRDS, l'ancien président Khouna Ould Haidallah, candidat indépendant, Ahmeth Ould Daddah, frère du premier président de Mauritanie, Moctar Ould Daddah, Messaoud Ould Boulkheir de l'Alliance Populaire qui représente d'ailleurs les "Harratines" négro-mauritaniens, Moulaye Hacem Ould Jahed du Parti mauritanien pour la reconstruction et le renouveau et, enfin, Aïcha Mint Jeddan, la dame de fer. Tous ces candidats ont rivalisé de mobilisation pendant toute la durée de la campagne électorale et promis certainement monts et merveilles comme on a l'habitude de voir en de telles circonstances. C'est dire que tout le pays a été touché par les différents porte-voix, sinon par les couleurs des candidats. Les électeurs donc auront à faire le choix au niveau des 2258 bureaux de vote qui seront ouverts dans les 13 régions et 53 circonscriptions électorales, lesquelles correspondent aux départements.
CONCENTRATION DANS LA CAPITALE
Mais, il faut dire que la plus forte concentration d'électeurs se trouvent dans la capitale politique qu'est Nouakchott, avec 267 716 inscrits, ce qui ne semble pas être une surprise selon un de nos interlocuteurs. Suivent ensuite le Hodh oriental avec 130 296 inscrits, le Trarza: 114 714 inscrits, l'Assaba: 101 849 électeurs inscrits. Il y a également le Brakna 99 901, le Hodh occidental: 93 250 inscrits, le Gorghol,: 84 574, le Guidimakha: 63 985 inscrits, Dakhlet Nouadhibou 50 925 inscrits ; le Tagant: 34 024 inscrits, le Tiris Zemmour 22 725 inscrits et l'Inchir qui obtient le plus faible taux d'inscrits avec seulement 9 128. Au Ministère de l'Intérieur, toutes les dispositions sont prises pour une bonne organisation car le matériel électoral a été déjà acheminé dans toutes les régions du pays depuis lundi dernier. Notamment les urnes transparentes, l'encre indélébile, les feuilles de pointage, les imprimés des procès-verbaux, les lampes à gaz, etc. Reste alors le taux de participation pour lequel tout porte à croire qu'il est parti "pour être faible" de l'avis de la présidente de la commission des droits et libertés de l'Association mauritanienne des droits de l'Homme, Aïssatou Satigué Sy que nous avons rencontré avant-hier à notre arrivée à Nouakchott. Les informations qu'elle a bien voulu nous fournir en tout cas ne semblent pas, en tout cas, "garantir un bon taux de participation, encore moins une bonne transparence des élections". Car, selon elle, "l'opération de retrait des cartes électorales arrêtée depuis Samedi dernier date butoir sans que les gens soient informés, fait que beaucoup de citoyens n'ont pas pu retirer leurs cartes." Aujourd'hui, ils sont partagés entre les listes affichées au niveau des préfectures et celles au niveau du Ministère de l'Intérieur. "Et, figurez-vous! A chaque fois qu'un électeur arrive, on lui demande simplement de noter son numéro si son nom figure sur une liste et de se présenter le jour du vote. Ce qui semble paradoxal, car comment peut-on voter sans sa carte d'électeur, même si la carte nationale d'identité est exigée. Ici, comme vous le savez, la majorité est analphabète". Cela veut dire tout simplement, selon Aïssatou Satigué Sy, "que les gens risquent de ne pas aller voter".
MARCHE DISPERSEE
Autres irrégularités constatées par l'opposition sur le fichier électoral du site Internet du Ministère de l'Intérieur, des postes et télécommunications: l'inscription de certains citoyens dans un lieu tel qui voient leurs noms figurer sur la liste d'une localité autre que celle où ils étaient inscrits. Ce qui a même incité avant-hier, ces opposants à organiser une marche de protestation contre la fraude qui, en fin de compte, a été dispersée par la police avec des gaz lacrymogènes. Il y a également l'arrestation d'un fils du candidat Khouna Ould Haidallah que l'opposition qualifie de tentative d'intimidation. Ces accusations, d'ailleurs, n'ont pas échappé au camp du président sortant, Maaouya Ould Sid Ahmet Taya, qui pense, selon le porte-parole de Taya, "que c'est une façon pour l'opposition d'anticiper la défaite. Car ils savent très bien que notre candidat passera au premier tour". Nombre de pronostiqueurs parient sur la victoire de Maaouya Ould Sid Ahmeth Taya au premier tour. C'est le cas de ce chauffeur du véhicule marque Mercedez de transport interurbain à bord duquel nos avons relié Rosso à Nouakchott, mercredi dernier. Lui qui n'avait cessé de nous dire le long du trajet que Taya gagnera à coup sûr. Car, selon lui, "ce qu'il a fait pour notre pays, aucun autre président ne l'a fait. Haidallah était là, mais rien, alors que Taya, lui au moins, ses réalisations sont visibles. Rien que cette route que nous empruntons en est une illustration. Il y a quelques années, il y avait que le sable du désert et les véhicules roulaient sur les pistes sableuses".
SCENARIO D'UN SECOND TOUR
En tous les cas, les temps ont changé. Tout peut basculer ici en faveur des trois candidats les plus sérieux. Le candidat sortant Maaouya Oul Sid Ahmet Taya étant considéré comme le principal favori, il reste que Khouna Haidallah aussi bénéficie d'un électorat qui semble bien adhérer à ses idéaux au vu des meetings qu'il a présidés et qui ont fortement mobilisé. On peut dire que c'est la deuxième force après Taya qui a mobilisé le plus de monde durant la campagne au vu des images et de la fréquentation des tentes. Des images visibles par rapport aux autres prétendants que sont Ahmeth Ould Daddah, Messaoud qu'on peut déjà qualifier d'arbitres entre Taya et Haidallah. Déjà, à Nouakchott les pronostics donnent au candidat sortant Ould Taya 46%, 21% pour Haidallah, 18% pour Ould Daddah et 10% à Messaoud. Le scénario d'un éventuel second tour s'est affiché ici tel qu'attendu par une bonne frange de la population mauritanienne qui exprime le souhait d'un remake comme ce fut le cas au Sénégal. Mais le Sénégal n'étant pas la Mauritanie, seul le secret des urnes aura le dernier mot sans observateurs étrangers si ce n'est l'Ambassade des Etats-Unis qui a demandé un renfort de son personnel en Mauritanie pour pouvoir superviser les opérations de vote de ce vendredi 7 novembre 2003. Les Mauritaniens ne demandent que la transparence et des élections apaisées pour que vive la démocratie dans leur pays. L'association mauritanienne des droits de l'homme lance un appel, selon Aïssata Satigué Sy, "pour des élections transparentes et apaisées".
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