Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Marche du cpc : mobilisation contre la violence et l'impunité

Mbaye Sarr Diakhate & Joseph Sene

7 Novembre 2003


Les partis membres du Cadre permanent de l'opposition (CPC) ont battu hier le macadam de la porte de la RTS au ministère de l'Intérieur. Une marche pacifique durant laquelle leaders politiques, syndicalistes et simples citoyens ont tenu à dire non à la violence sur la scène politique et prêché pour le respect des libertés individuelles.

Les principaux leaders de l'opposition se sont d'abord donné rendez-vous au siège du Psd-Jant Bi. Mamour Cissé a donc reçu Abdourahim Agne du Parti de la Réforme (Pr), Moustapha Niasse de l'Afp, Moussa Tine du Jëf Jël, Madior Diouf du Rdn, Amath Dansokho du Pit, Ousmane Tanor Dieng du Ps, Marième Ly Wone du Parena, Imam Mbaye Niang du Mrds. Des responsables de la société civile comme Alioune Tine, de la Radho, Demba Ciré Bathily, président de la section sénégalaise d'Amnesty International, Me Boucounta Diallo, président de l'ONDH.

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La place du Triangle Sud est noire de monde. Une foule bigarrée s'est massée entre le siège de la Bceao, le Cesag et la RTS.Tout ce beau monde est venu répondre à l'appel du Cadre permanent de concertation (CPC) de l'opposition qui marche en cette matinée suite à l'agression dont a été victime le leader du Jef Jel, Talla Sylla. Certains des marcheurs tiennent des pancartes, les autres des banderoles sur lesquels on peut lire ces messages : « Qui a tué Balla Gaye ? », « Qui a brûlé Walf ? » « Qui a brûlé la Bourse du travail ? » etc . À côté de ces interrogations pour lesquelles les manifestants attendent toujours des réponses, d'autres distillent les suggestions suivantes : « Libérez les médiats d'Etat ». De même, les marcheurs laissent savoir que « la violence tue la démocratie », ou bien que « l'impunité encourage la violence ». En somme des messages qui s'adressent aux tenants du régime de l'alternance. La foule avait l'air d'être pressé d'arpenter le macadam. Mais les dirigeants politiques de l'opposition se font désirer, au moment où on commence à ressentir la lassitude du ramadan accentuée par les foudres impitoyables des rayons solaires. Mais l'animation est au rendez-vous. Des percussionnistes animent la galerie en rivalisant d'ardeur. Tening Faye, une cantatrice Sérère montée sur une camionnette tient en haleine la foule avec ses envolées lyriques qui rappellent les nuitées du Sine. Des vendeurs à la criée, opportunistes en diable, écoulent leurs marchandises comme de petits pains. Tout cela sous le regard serein des forces de l'ordre, avec leurs bérets rouges bien vissés et les matraques en bandoulières. Prévue, à 10h, la marche n'aura démarré qu'à 11h passées de quelques minutes. Mais il convient de souligner que le début a été très cahoteux. Moustapha Niasse, Ousmane Tanor Dieng, Djibo Ka, Ahmet Dansokho et les autres leaders, longtemps attendus, ont du mal à se frayer un passage entre la foule compacte et excitée, pour se mettre devant. Le cortège s'est ébranlé devant les grilles de la RTS avec une rageuse bousculade, chacun voulant être devant. Et face à une telle situation, des jeunes volontaires, arborant des Tee shirts blancs avec ce message « Non à la violence politique », essaient de canaliser les marcheurs. En vain. « Attendez », lancent certains, « Avancez doucement », crient les autres. Les ordres et les contre-ordres se succèdent. Les forces de l'ordre laissent aux marcheurs le soin de canaliser la foule. Ils n'assurent que l'encadrement. La Marche est rythmée par des arrêts. Les leaders sont réclamés devant, mais cela semble impossible vue le chemin qu'ils doivent effectuer entre la masse compacte. Des badauds massés le long du trottoir regardent les yeux grands ouverts, le cortège. Quelques-uns sont perchés sur leurs balcons. Et ragaillardis par une telle curiosité des jeunes lancent les slogans « À bas la violence ! » « Halte aux agressions ! », entend-on çà et là. Un brin apeurés par ce discours engagé, et la forte mobilisation, des boutiquiers établis à l'avenue Blaise Diagne, commencent à baisser rideaux. Mais les marcheurs les rassurent en leur signifiant qu'ils peuvent bien continuer leurs activités, soulignant au passage qu'ils ne sont pas des bandits et qu'ils ne font que passer pour aller exprimer leurs doléances devant les autorités. Les marcheurs qui sont partis de la porte de la RTS, en passant par les avenues Malick Sy, Blaise Diagne et Jean Jaurès se sont vus arrêter à l'avenue Peytavin. C'est là que s'achève la marche pour la foule. Comme l'indique du reste le gros check point dressé par des policiers armés jusqu'aux dents. Et pour le franchir, il faut montrer patte blanche. Seuls quelques privilégiés dont les journalistes et les dirigeants politiques et syndicaux sont admis à entrer dans le carré ainsi formé par les barrières de la police. Sans tarder, les journalistes en profitent pour recueillir les avis des célébrités de la marche. Tel un seul homme, politiciens et syndicalistes, ou membres des ONG expriment leur satisfaction pour le « caractère massif et pacifique de la marche ».Moussa Tine, du Jef Jel explique que la marche a pris les contours de la tolérance, car selon lui, il y a quelques individus qui scandaient sopi, sopi, à leur passage mais ils les ont laissés faire. « Au début de l'alternance, dit-il, si nous critiquions, on nous demandait de laisser Gorgui, (Me Wade) travailler ». Pour sa part, Khalifa Sall explique les nombreux cafouillages qui ont ponctué la marche par le fait qu'ils sont des novices en la matière. Au moment où les autres se répandent sur la presse, Djibo plaisante avec Tanor en lui disant qu'il est arrivé bien avant lui. Et le premier secrétaire du Ps de répondre qu'il fait fréquemment du sport. Après les retrouvailles, les plaisanteries, et les interviews, leaders politiques et journalistes continuent la marche. La foule elle, est retenue derrière les barrages de la police. Et ce cortège restreint est arrivé au ministère de l'Intérieur vers 13 h. Bousculade, coups de coude, tiraillements sont notés avec une élite spéciale, la Brigade d'intervention polyvalente (Bip). Une fois à l'intérieur du ministère, tout le monde essaie d'entrer dans les locaux, mais ceux-ci semblent exigus. Macky Sall, arborant un costume sombre, l'air grave, et ceux qui étaient déjà entrés sortent sur le parvis du Ministère. Amath Dansokho, chef du PIT est choisi pour remettre leur pétition au ministre de l'Intérieur et des Collectivités Locales. Pour le leader du PIT, le CPC a fait une marche pacifique, mature rythmée par la volonté de pérenniser un dialogue politique convivial propice à la démocratie du Sénégal. Après avoir reçu les pétitions et la déclarations du CPC, le ministre d'État, ministre de l'Intérieur devait saluer la sagesse de Me Abdoulaye Wade, lui qui a inscrit la liberté de marche dans la Constitution du Sénégal. Tout en saluant l'esprit de maturité qui a structuré la marche, Macky Sall devait demander aux hommes politiques de maintenir l'acquis essentiel de notre pays qui est la démocratie.

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