Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Marche du cpc : le ministre d'Etat et les acteurs se prononcent

Abdoulaye Seye & Joseph Senbe

7 Novembre 2003


MACKY SALL, MINISTRE DE L'INTERIEUR ET DES COLLECTIVITES LOCALES « La République vous a permis d'exercer un droit constitutionnel »

Je pense qu'aujourd'hui, le Gouvernement de la République vous a permis d'exercer un droit constitutionnel : le droit de marche. Lequel droit, je le rappelle a été proposé par le président de la République lui-même, dans la Constitution, votée par référendum en 2001. Il est heureux que votre démarche soit une démarche républicaine. Il est tout aussi heureux que la démarche du gouvernement soit également républicaine. C'est par cette conjonction que cette marche a pu se dérouler dans les meilleures conditions. Je crois qu'aucune grenade n'a été entendue. Nous avons pris toutes les dispositions que la loi nous permet pour vous encadrer et vous permettre de réaliser cette marche dans les conditions optimales de sécurité. C'est cela aussi les valeurs de la République. Je vous remercie de cette pétition et je vous demande de bien vouloir rentrer comme vous êtes venus dans le calme et la discipline.

DJIBO KA, LEADER DE L'UNION DU RENOUVEAU DEMOCRATIQUE, (URD)

« Un nouvel espoir est né » La passivité de cette marche, son caractère massif et son caractère inédit, en termes de popularité dans les annales politiques de ce pays signifie une chose : il y a une alternative démocratique crédible dans ce pays qui est décidée de faire du Sénégal un Etat de droit. C'est un message fort. Parce que si nous nous élevons contre la violence politique qui a gangrené notre vie intérieure, contre l'impunité que nous n'avons jamais connue à cette échelle, contre l'accaparement des médias publics, notamment la télévision, c'est pour prouver que demain, il sera vraiment jour, ce sera différent. C'est la raison pour laquelle nous avons tenu à ce que ça soit une marche pacifique. Elle a été massive, nous avons été débordés de tous côtés. Ce qui veut dire que c'est un nouvel espoir qui est né.

MOUSSA TINE, N°2 DU JËF JËL « Nous défendons les libertés individuelles » Les Sénégalais, c'est de haute lutte qu'ils ont arraché l'affirmation d'abord et la défense des libertés individuelles dans ce pays. Ce n'est pas né ex-nihilo. C'est le fruit de multiples arrestations, de multiples jets de gaz lacrymogènes lancés sur les gens. On ne peut pas accepter aujourd'hui que la liberté d'opinion et la liberté d'expression puissent être remises en cause. C'est au nom de cela que nous sommes descendus dans la rue. Il y a lieu de noter une différence dans la perception de la tolérance. Nous sommes descendus pour réclamer la défense des libertés individuelles. Aucune boutique n'a fermé aujourd'hui. Les vitriers, les vendeurs de miroirs etc, ont pu vaquer paisiblement à leurs occupations. Cela est important. C'est la première fois que ça se passe dans notre pays. Dans le temps, quand il y avait une manifestation, tous les boutiquiers baissaient leurs rideaux, personne n'osait vendre dans la rue. Aujourd'hui, les taximen, les vendeurs à la criée etc, chacun a osé mener son activité dans le champ républicain comme il l'entend. En cours de route, nous avons même vu des gens qui sont sortis pour manifester leur soutien à Me Abdoulaye Wade. Ils n'étaient pas nombreux, mais les marcheurs ont accepté qu'ils puissent décliner un discours contraire au nôtre. C'est ça la culture de la tolérance, le partage du champ médiatique et politique. Avec la mobilisation d'aujourd'hui, on a comme l'impression que l'alternance est en train d'être jugée à sa juste valeur. Je puis dire que les Sénégalais ont commencé à percevoir la déception. Ils ont commencé à savoir que ce n'est pas pour cela qu'ils ont élus les dirigeants actuels de notre pays

OUSMANE TANOR DIENG, PREMIER SECRETAIRE DU PARTI SOCIALISTE (PS) « Nous ne sommes pas des pyromanes ! »

Toutes les boutiques ont fonctionné sur l'avenue Blaise Diagne. Leurs tenanciers ont dit qu'ils ont confiance en nous. Ils savent que nous ne sommes pas des pyromanes encore moins de lanceurs de pierres. Nous sommes des responsables. Nous montrons à ces gens-là (NDLR : les autorités politiques) comment on procède à une marche dans une République. Les couacs qu'on a notés sont dus à l'affluence et à l'excitation des jeunes qui étaient aux côtés de leurs leaders. Il faut aussi noter que c'est une première, mais dans l'ensemble, tout s'est bien passé.

AHMETH DANSOKHO, LEADER DU PARTI DE L'INDEPENDANCE ET DU TRAVAIL (PIT) « Trop c'est trop ! » Nous avons tenu à battre massivement le macadam pour signifier au président de la République qu'il a des obligations qu'il tient à la fois du suffrage universel et du serment qu'il a prononcé le jour de son investiture : respecter la Constitution, faire respecter la Constitution. Le peuple a parlé. C'est la première fois que nous appelons, sur des questions aussi fondamentales, le peuple à descendre dans la rue. La prochaine fois, le président de la République verra dix fois que cela. Alors, j'espère qu'il a encore quelques ressources pour se ressaisir, pour travailler enfin pour satisfaire le mandat qu'il tient du peuple. Savoir résoudre les problèmes les plus difficiles auxquels le pays se trouve confronté. Je voudrais lui faire savoir que trop c'est trop et la signification de cette manifestation en atteste.

ALIOUNE TINE, SECRETAIRE GENERAL DE LA RADDHO « Que la lumière soit faite sur l'agression de Talla Sylla »

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Nous sommes là pour dire non à la violence politique. Nous sommes là également pour dire aux autorités de faire tout pour que la lumière soit faite sur cette affaire (NDLR : l'agression contre talla Sylla) qui est extrêmement grave pour la démocratie sénégalaise, que les auteurs et les commanditaires soient arrêtés, jugés et mis hors d'état de nuire. Il y va de la crédibilité mais aussi de l'autorité et je pèse bien mes mots, de la sûreté de l'Etat. C'est ça la sûreté de l'Etat, la protection de l'intégrité physique et la protection de la vie des gens en République.

Me DEMBA CIRE BATHILY, PRESIDENT AMNESTY INTERNATIONAL (SENEGAL) « Nous ne voulons plus de l'impunité » Nous sommes venus à côté des partis de l'opposition pour réaffirmer notre soutien à cette initiative qui participe de la défense des droits et des libertés démocratiques. Toutes les organisations des droits de l'homme étaient ici et aujourd'hui, ils n'y avaient que des militants des droits de l'homme. C'est cet aspect que nous mettons en avant. Et je pense que dans le cadre de notre participation à cette marche, nous affirmons une fois de plus que nous ne voulons plus de l'impunité. Nous voulons qu'il y ait de la sécurité, que la justice soit rendue dans toutes les affaires non classées.

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