Karine Orsi(stagiaire)
7 Novembre 2003
Cette rencontre est un peu un bilan. Où en est-on de l'accès à l'eau potable au Sénégal ? A l'issue des travaux, un plan d'action sera élaboré afin d'éviter que les plus pauvres soient aussi les plus mal lotis dans le domaine de l'eau.
La rencontre nationale des acteurs de l'eau et de l'assainissement du Sénégal se tient à Dakar depuis mardi. C'est un effort d'ouverture de la part des organisateurs, puisque société civile, représentants des pouvoirs publics, mais également associations de consommateurs participent au débat. L'objectif principal de cette rencontre est de renforcer le pouvoir des usagers pour leur accès à l'eau et à l'assainissement. Concrètement, depuis 1995 et la signature d'un contrat de dix ans entre l'Etat et les sociétés de distribution et de gestion de l'eau, dont la Sénégalaise des eaux (Sde), une étude a été réalisée.
Menée par l'Association de défense des usagers de l'eau, de l'électricité, des télécommunications et des services (Adeetels), elle fait office de premier bilan quant aux progrès réalisés depuis lors en matière d'accès à l'eau. Les résultats donnèrent lieu à des recommandations en vue de venir en aide aux consommateurs les plus modestes. Car il faut savoir que, comme un peu partout, ce sont les populations marginalisées par la pauvreté qui ne bénéficient pas d'un accès à l'eau satisfaisant. La présente réunion basera ses travaux sur les résultats de cette étude. Le but étant d'aboutir à la formulation d'un plan d'action. Il appartiendra ensuite aux décideurs politiques de les mettre en oeuvre.
Mais déjà, il est possible de faire un état des lieux concernant la qualité de l'eau dans les robinets sénégalais. L'eau en Afrique, en général, n'est pas vraiment renommée pour sa haute qualité. Nombre de troubles et autres soucis digestifs découlent de la consommation de cette eau. Par ailleurs, l'eau boueuse ainsi que les coupures d'eau sont encore trop souvent le quotidien des consommateurs sénégalais. "Il ne faut quand même pas exagérer, la situation s'est significativement améliorée. Avant, les coupures étaient vraiment fréquentes. Et puis nombre d'autres pays africains envient notre réseau et la qualité de notre eau", souligne Ousmane Camara, ancien président de la Cour suprême. Quand bien même, faut-il rappeler à M. Camara qu'une comparaison avec les pays européens dont la situation est bien meilleure serait peut-être plus porteuse.
"De manière pratique, certaines populations sont tout simplement exclues des réseaux d'eau potable. C'est le cas de Thiaroye. Il faut améliorer la situation des zones périurbaines", s'insurge Dr Ahmadou Abdoulaye Aïdara, directeur de l'Adeetels. Et d'ajouter : "Il convient, ensuite, de réfléchir sérieusement à la régulation de l'approvisionnement en eau potable. Par qui ? Comment ? sont des questions essentielles pour une distribution équitable." Mais il faut aussi que les associations de consommateurs se préoccupent du système de subvention mis en place. En effet, en fonction de critères sociaux, les familles les plus démunies reçoivent des subventions sur une consommation estimée à 20m3 d'eau par foyer. Or ces critères sont défaillants, car la quantité d'eau est bien inférieure aux besoins de ces familles. Il ne faut, en effet, pas oublier que les familles les plus pauvres sont aussi les plus larges. Les personnes vivent en groupe dans un petit espace et ont besoin de bien plus de 20m3 d'eau.
"En zone rurale, des forages ont été mis en place. Les maraîchers sénégalais sont donc les premiers bénéficiaires de ce progrès. Mais si les légumes produits sont tous exportés, c'est un peu dommage. Les consommateurs sénégalais doivent eux aussi profiter de cette évolution", explique Amadou C. Kanouté, directeur régional du Bureau pour l'Afrique de l'Organisation internationale des consommateurs (Oic). Ainsi, les objectifs de cette rencontre sont multiples. Mais tous les participants soulignent que l'heure est à la conciliation des intérêts et non à la confrontation pouvoirs publics-consommateurs qui appartient désormais au passé.
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