Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Politique-spectacle : Youssouf Sylla

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7 Novembre 2003


Abidjan — La tension est encore montée d'un cran dans la crise ivoirienne. Après les Forces nouvelles, c'est au tour du vieux parti, le PDCI, de menacer de suspendre sa participation au gouvernement de réconciliation nationale. Quand on sait que le RDR de Alassane Ouattara est au rebond, il faut craindre un arrêt brutal du processus de retour à la paix déjà sérieusement fragilisé. C'est donc peu dire que la Côte d'Ivoire ne baigne pas dans l'optimisme.

A qui la faute, diantre ? Bien sûr, à tous ceux qui parlent et disent agir au nom du peuple. Disons, à la classe politique pour faire court. Une classe politique empêtrée dans un pugilat dont on ne comprend pas toujours l'opportunité au moment où, la patrie en danger a besoin d'unité et de cohésion. Pour parler comme à Treichville, l'observateur averti dirait que "c'est son comme ça". La logique est simple qui recommande que si l'on donne des coups de cornes, qu'on les donne au moins à ceux qui ont des cornes. Toute la semaine durant, le discours s'est fait plus menaçant, plus accusateur, plus défiant aussi. Du côté de l'opposition, l'on crie à la violation récurrente des droits de l'homme, à la terreur érigée en méthode de gouvernement. De l'autre côté, le pouvoir, lui, dénonce le chantage politique et le complot permanent dans sa nouvelle donne qui est, selon lui, l'assassinat ciblé de personnalités. Impensable ? Impossible ? C'est à croire que notre classe politique a le dialogue en berne. Et qu'elle n'a désormais cure des règles élémentaires régissant son "métier". A savoir que l'on ne peut pas toujours dire n'importe quoi, n'importe où et n'importe comment. La non observance de ces règles est en train de forger sous nos yeux des stars de la politique-spectacle. Populistes certes, mais certainement pas des plus efficaces. Le combat se résumant alors à la multiplication des conférences de presse et autres déclarations qui charrient haines, peurs et préjugés.

Nos acteurs politiques ont par ailleurs tendance à oublier le passage biblique (livre des proverbes) qui enseigne que "mieux vaut un plat de légumes là où il y a l'amour qu'un bœuf gras assaisonné de haine". C'est donc dans cette ambiance qui n'éveille évidemment pas d'échos euphorisants que se prépare la prochaine rencontre d'Accra, au Ghana. Une rencontre de plus ? Tout de même pas ! Mais à la seule condition cependant qu'aucun des protagonistes ne veuille en imposer aux autres. Que chacun joue franc-jeu. Car il est dit que la réalité, on ne crache pas dessus, on la transforme. Or qui dit transformation, dit étapes, concessions, patience et disponibilité. A Accra, selon les informations en notre possession, le collège des Chefs d'Etat de la sous-région ouest-africaine sera au grand complet. Ainsi que les principaux leaders des principales formations politiques ivoiriennes. Et des membres du gouvernement, nous l'espérons, pour faire plus légal. Il est seulement à souhaiter que le communiqué final, cette fois-ci, soit plus explicite, plus consensuel et plus pratique. D'autant plus que rien ne mesure mieux la profondeur du changement que le changement du vocabulaire. Il y a besoin d'insister sur cette appréhension car l'on a déjà eu Marcoussis, Accra I et Accra II. Des accords ont été signés et si l'on est encore comme à la case départ, c'est que leur application a engendré beaucoup plus de problèmes qu'elle n'a apporté de solutions.

A quoi sert-il donc de dépenser tant de salive, d'énergie et de temps, quand on est convaincu de l'échec ? Si ce n'est, à notre humble avis, que de faire du show oratoire. Aussi, avons-nous, quelque part, le pressentiment qu'il n'y aura pas de solutions tant qu'il ne sera pas accepté par tous que l'avenir des Ivoiriens ne peut être décidé ailleurs qu'en Côte d'Ivoire. Mais le problème, car il y en a un, et un très gros, c'est que le mot confiance a déserté le vocabulaire de nos acteurs politiques. Pourtant champions des "poignées de main historiques" et autres accolades de circonstance. Toujours devant les caméras de télévision et sous les flashs des reporters photographes. Pour endormir le peuple.

Au demeurant, il faut s'inquiéter sérieusement de la menace pédécéiste de claquer la porte du gouvernent. C'est en effet l'implosion qu'il ne faut pas. Sinon, plus de gouvernement de réconciliation nationale. Et plus de gouvernement de réconciliation nationale, c'est la porte ouverte à toutes les incertitudes. Qu'adviendra-t-il alors de ce beau pays, en droit de rêver à la réunification, à la relance économique et à la normalisation sociale après environ 14 mois de crise politico-militaire qui a consacré sa partition ? Tous les pays ont des lois, mais l'inconvénient dans l'affaire, c'est qu'il n'y a pas une loi qui assure l'application des lois. Alors, on tourne en rond et on donne le pays en spectacle au monde entier.

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