Anil Ramessur
7 Novembre 2003
Port Louis — Attaqué dans ses derniers retranchements pendant trois ans, Cehl Meeah n'a jamais craqué. En bon théologien, il a toujours clamé son innocence en invoquant "la volonté divine".
Cehl Meeah apparaît sur la scène politique en avril 1990 avec la création du Hizbullah, le parti de Dieu. Depuis, il n'a jamais dissocié politique et religion. Il ne peut ou ne le veut pas, parce que son grand intérêt pour l'islam remonte à son jeune âge.
En effet, les longues années d'éducation laïque à l'école Villiers René et aux collèges Royal et John Kennedy n'ont jamais pris le dessus sur "l'homme de Dieu". Déjà en tant qu'adolescent, il insiste et obtient de la direction du collège Kennedy l'autorisation d'utiliser, avec ses amis musulmans, une salle de classe pour la prière du vendredi.
Ce sera sans surprise que sa famille accueille sa décision de mettre le cap sur l'Inde, précisément Lucknow, Uttar Pradesh, en 1982, pour des études de science coranique. Cehl Meeah retourne au pays après avoir décroché un diplôme de l'université Nadra-T-Ul, Ulemah. Il passe ensuite cinq ans en Arabie saoudite où il enrichira sa connaissance sur la doctrine de l'islam. Tout cela, sans pour autant couper contact avec son pays. Il effectue ainsi plusieurs visites au pays pendant cette période.
Cehl Meeah revient définitivement au bercail en 1990, muni d'un diplôme supérieur en jurisprudence islamique. Il débute alors l'enseignement de l'islam à Maurice, pas dans des écoles coraniques, mais en tant que missionnaire. Son frère, Ahmad Fakeemeah, disait que son frère était un "fou de la religion" et que son dévouement envers Allah l'éloignait même de ses parents et proches. "Cehl Meeah ne passe que quelques moments avec ses parents et ses proches. Il n'a jamais le temps de s'arrêter pour partager une tasse de thé avec nous. Je trouve cela dommage", confie son frère à la presse le 24 décembre 2000.
Ayant l'élocution facile et convaincante, le quinquagénaire fait vite grossir les rangs du Hizbullah. Il se dit confiant d'avoir atteint ses objectifs : la création d'une formation politique "pour défendre les droits des musulmans".
Très vite, "l'homme de Dieu" étend ses tentacules : on lui cède à Plaine-Verte, un local où se tenait autrefois le "Goon". Il recrute ainsi des jeunes de 15 à 18 ans en vue de leur assurer une formation dans un centre à Montagne-Ory. En l'espace de cinq mois, son réseau est doté d'une soixantaine de centres éducatifs. Il ouvre parallèlement un centre de désintoxication au domaine de Mont-Blanc, qui se niche en pleine forêt et loin du regard des curieux.
Cehl Meeah commencera à nager en eaux troubles lorsqu'on s'interroge sur le mode de financement de son "petit parti" avec des moyens faramineux. Il se défend en affirmant que l'argent représente la contribution de quelque 500 membres du parti et du zakkat (aumône) offert par de généreux Saoudiens.
Le Hizbullah n'est plus dès lors perçu uniquement comme un parti défendant les intérêts des musulmans. Ses tendances extrêmement partisanes font peur. Swaleha Joomun, veuve d'une des victimes dans le triple assassinat de la rue Gorah-Issac, allègue même qu'il prépare une "milice" pour défendre les musulmans opprimés.
Les accusations contre le "parti de Dieu" dans des meurtres, vols et agressions en série pleuvent. Le Hizbullah commence à s'effriter, mais Cehl Meeah reste l'homme du parti. Il renouvelle son équipe, mais le parti est associé à certains membres de "l'escadron de la mort".
Depuis 1993, le rêve de Cehl Meeah, devenir l'élu du peuple, est demeuré inachevé. Après trois ans derrière les barreaux, qui ont suscité des manifestations de rue de ses partisans, il revient requinqué. Pour se lancer une nouvelle fois peut-être à la conquête de Plaine-Verte.
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