Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Côte d'Ivoire: Abidjan se déporte au bord du Wouri

Pascal E. Dang

5 Novembre 2003


Ils s'étaient déjà signalés dans la ville depuis le mois d'avril, et c'est finalement le 29 octobre 2003, que " Voodoo communication ", une agence conseil en communication venue de Côte d'Ivoire, a ouvert officiellement son bureau de Douala. Le cérémonial un peu empreint de mystères, organisé dans les jardins de l'hôtel Le Méridien à cette occasion a fait foule.

L'entreprise est désormais installée à Douala, ville choisie comme base, " pour la conquête de la sous-région d'Afrique Centrale ", soulignait Fabrice Sawegnon, son directeur général. De nombreuses autres entreprises, ainsi que des opérateurs économiques jadis basés en Côte d'Ivoire, ont ainsi élu domicile dans la ville de Douala d'où ils souhaitent désormais développer leurs affaires. Certes, nombreux sont ceux qui avouent n'être là que dans le cadre dune extension de leurs structures. D'autres par contre, n'hésitent pas à faire un lien avec l'insécurité grandissante dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, et la position stratégique qu'occupe la ville de Douala en Afrique Centrale, rôle que joue Abidjan en Afrique de l'Ouest. L'on pourrait donc voir dans ces migrations, une sorte de transfert de compétences entre les deux régions.

Depuis un peu plus d'un an, l'Africa Project Development Facility (Apdf), une structure commise dans l'appui au financement, au développement et à la création des entreprises, opère à Douala. Une bonne partie du bureau régional couvrant l'Afrique sub-saharienne francophone basé à Abidjan en Côte d'Ivoire, se trouve actuellement logée à l'immeuble City Bank au quartier Bonanjo. Sans pour autant rendre officielle son existence comme c'est déjà le cas pour Voodoo communication ou d'autres sociétés venues de la même région. "Nous ne pouvons rien vous dire pour l'instant au sujet de notre présence au Cameroun, parce quelle na encore rien d'officielle", avait expliqué David Ashiagbor, le responsable de cette sorte " d'annexe " ouverte à Douala. L'on aurait ainsi pu penser à un déploiement de la structure, mais le bureau de Douala est entièrement piloté par des cadres de la représentation régionale d'Abidjan, qui font la navette entre les deux villes. Ce qui fait plutôt penser à une sorte de délocalisation, que l'on ne manque pas d'observer dans d'autres secteurs d'activité dans la ville de Douala.

Libanais

Logé dans un coin du boulevard de la liberté à Akwa, le quartier des affaires de la ville de Douala, le magasin Vlisco ne laisse personne indifférent. La somptueuse décoration qui orne sa façade principale et son intérieur bondé de pagnes reconnus " de qualité exceptionnelle ", font de ce nouvel espace commercial venu tout droit de la Côte d'Ivoire, une curiosité qui force les regards. Une installation qui, dit-on, a bousculé les habitudes du côté de la Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam), entreprise textile locale, spécialisée dans la fabrication des pagnes et autres tissus à base de coton. Depuis quelques temps, la Cicam a elle aussi ouvert une boutique de luxe sur le même boulevard, à quelques mètres seulement de celle tenue par Vlisco. Une réaction qui semble fort bien avoir été dictée par cet encrage de l'entreprise ivoirienne, dont les produits déjà commercialisés au Cameroun, forçaient la Cicam au partage du marché. " Notre installation ici à Douala participe de la politique de proximité que toute entreprise sérieuse, et qui a un souci de développement, devrait mettre en place ", nous a-t-on expliqué à Vlisco. Pour le reste, " il n'y a encore rien à dire, on explore tout simplement le marché ".

C'est aussi lavis de Ahmed Shlouri, un libanais qui, comme de nombreux autres, a abandonné la Côte d'Ivoire, et compte bien s'installer à Douala. " Les villes de Douala et d'Abidjan sont en plusieurs points pareilles, à quelque chose près. Il y a un grand port, un aéroport, et les activités industrielles et commerciales sont aussi très intenses. Seulement, actuellement, Douala offre plus de stabilité et c'est pour cela que je suis ici ". Ahmed et deux autres compatriotes viennent drouvrir à Akwa, un petit magasin dans lequel on trouve un peu de tout. " J'espère que ça va marcher ici, parce que nous avons presque tout perdu en Afrique de l'Ouest ", lance t-il, l'air stoïque. Si ce petit groupe de libanais compte prendre un nouvel envol en s'installant à Douala dans le cadre de ses affaires, d'autres cependant semblent agir sans bruits et par prudence. C'est le cas de la compagnie fruitière de Marseille, une firme agricole qui compte d'importants investissements en Côte d'Ivoire depuis des dizaines d'années, et qui opère aussi au Cameroun. Depuis peu, l'on parle de plus en plus de l'extension des exploitations de cette structure basée dans le département du Moungo. La firme y est représentée à travers la Société des plantations nouvelles de Penja (Spnp), les plantations du Haut Penja (Php), et la Société des bananeraies de la Mbomé (Sbm). Elle vient de gonfler son portefeuille des immobilisations corporelles en acquérant, dans la province du Sud-Ouest du Cameroun, quelques centaines d'hectares de terrain pour ses activités agricoles.

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